Au samedi 8 août 2026, la série hebdomadaire de l'Institut national de la statistique publiée par la Banque centrale du Congo donne 0,185 % de hausse des prix sur la semaine et 6,034 % depuis le 1er janvier, soit près de 6 % en sept mois. Le budget rectificatif promulgué ce mois-ci retient, pour l'année entière, " l'inflation demeure maîtrisée à 3,5 % en moyenne annuelle ". Les prix ont déjà progressé de près du double de cette cible annuelle.

Le chiffre le plus cité est pourtant rassurant : 3,222 % en glissement annuel. Il ne dit pas la même chose que le cumul. La banque centrale publie une troisième mesure qui tranche, le taux annualisé, projection du cumul observé sur l'année complète : 10,191 %. Dans son condensé statistique n° 31-2026, elle inscrit une estimation de 10,0 % pour l'inflation de fin de période 2026. Près du triple de ce que retient le gouvernement.

Le franc ne se stabilise pas comme on le dit

La prémisse mérite vérification avant tout le reste. Le communiqué du ministère du Budget accompagnant le collectif, en juin, affirme que " le franc congolais poursuit son appréciation face au dollar américain, soutenu notamment par la bonne tenue des cours du cuivre et du cobalt sur les marchés internationaux ". La banque centrale écrit l'inverse dans sa note de conjoncture du 7 août : " En rythme annuel, la monnaie nationale a enregistré des dépréciations de 3,95 % à l'interbancaire et de 0,41 % au parallèle. " La semaine écoulée, ajoute-t-elle, a été " caractérisée par une dépréciation de la monnaie nationale sur ses deux segments ".

Les niveaux confirment la banque centrale. Le cours interbancaire était à 2 181,31 francs pour un dollar au 31 décembre 2025, il est à 2 268,75 au 31 juillet 2026, soit une hausse de 4,0 % du dollar, calcul BETO sur les tableaux de la banque. Dès le 9 avril, le Comité de politique monétaire constatait que le franc " s'est légèrement apprécié de 0,04 % sur le segment parallèle et a subi une dépréciation de 3,08 % sur le marché officiel depuis le début de l'année ". Le franc ne s'apprécie pas en 2026. Il se déprécie lentement.

Ce qui s'est apprécié, c'est le franc de l'automne 2025, et cet épisode explique l'illusion d'optique. Le Fonds monétaire international relève que " le franc congolais s'apprécie de 21 % sur le marché officiel et de 22 % sur le marché parallèle entre fin août et fin octobre ". L'effet sur les prix fut immédiat : l'indice national est tombé de 492,390 en septembre 2025 à 470,982 en octobre, une chute de 4,348 % en un mois. Le glissement annuel de 2026 se compare donc à un indice écrasé, et il minore mécaniquement la hausse que les ménages subissent. L'appréciation de 2025 n'a pas installé une désinflation durable, elle a produit un choc ponctuel, et ce choc est passé.

Ce qui pousse les prix depuis janvier

La banque centrale nomme elle-même les causes. Son Comité de politique monétaire, le 17 juillet, attribue l'accélération du cumul " en raison notamment de l'augmentation des prix du carburant à la pompe, des coûts logistiques des produits importés et des anticipations des opérateurs économiques ". Sa note du 7 août ajoute que " cette dynamique des prix est imprimée par les contraintes logistiques liées notamment à la dégradation des infrastructures routières, ainsi que des tensions locales sur les produits pétroliers, conjuguées aux effets saisonniers pesant sur l'offre de certains produits ".

Une monnaie stable ne protège pas d'une hausse libellée en dollars. Au 6 août, la même note relève que " par rapport au 31 décembre 2025, ces prix ont enregistré des hausses de 43,1 % pour le riz, 24,6 % pour le blé et 4,8 % pour le maïs ". Le baril de pétrole, à 82,49 dollars, a pris 35,5 % sur la même période. Le Congo importe les trois.

Le carburant est le deuxième canal, et il est administré. Le 16 avril, le Comité de suivi des prix des produits pétroliers a fixé de nouvelles structures : " le prix du gasoil à la pompe passe de 2.430 Fc à 2.635 Fc le litre, tandis que celui de l'essence est ajusté de 2.440 Fc à 2.640 Fc le litre ". Dans la zone Est, le même litre d'essence est fixé à 4 400 francs, soit 66,7 % de plus qu'à Kinshasa selon le calcul de BETO, par le même arrêté et dans le même pays.

Le troisième canal est l'assiette. Les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées ont pesé 70,9 % de l'inflation de la première semaine d'août, le logement, l'eau, l'électricité et les combustibles 10,5 %. Radio Okapi relevait le 15 mai qu'" au marché Gambela par exemple, la mesure de Riz passe de 1500 franc congolais à 1800 franc congolais ", et l'huile de palme de 1 500 à 2 000 francs la mesurette. Une commerçante y décrivait la chaîne entière : " Les prix augmentent chez les fournisseurs. Le transport est cher aussi, ça se répercute sur les produits que nous vendons ici au marché. "

Ces prix ne redescendent pas quand la pression retombe. À Kisangani, une suspension des taxes sur les biens de consommation décidée par le ministère provincial des Finances n'a rien changé : " Cette décision du gouvernement provincial n'a pas influencé positivement les prix ", constatait un consommateur le 21 juin. Trois mois après la fermeture de la frontière de Kasindi par l'Ouganda, le poisson et la tomate se raréfient toujours sur les marchés du Nord-Kivu.

La politique monétaire, elle, s'est assouplie sans effet mesurable. Le taux directeur est passé de 17,5 % à 15,0 % le 8 janvier, à 13,5 % le 9 avril, puis à 12,5 % le 17 juillet. Le marché interbancaire n'a plus enregistré une seule transaction depuis juin 2026, et le guichet de prêt marginal non plus. Le canal par lequel une baisse du loyer de l'argent atteint l'économie ne fonctionne pas. Il compte d'ailleurs peu : à fin juin, " la structure des dépôts demeure principalement constituée de devises, dont la part a atteint 88,3 % de l'encours global ". Le 26 juillet, l'État a levé 48,7 millions de dollars sur le marché intérieur avec un taux de couverture de 121,7 %, et n'a trouvé aucune souscription pour les 50 milliards de francs de bons du Trésor indexés proposés le même jour.

Le ministre des Finances Doudou Fwamba affirmait en mars que " de manière concrète et simple, les prix des biens sur les marchés ont connu une baisse significative au bénéfice de nos populations ". Deux mois plus tard, la mesure de riz de Gambela avait pris 300 francs. Le salaire minimum interprofessionnel garanti que le gouvernement impose aux employeurs, 21 500 francs par jour, vaut 9,47 dollars au taux indicatif du 7 août. Le prochain Comité de politique monétaire se réunit le 8 octobre.

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Source : https://beto.cd/inflation-rdc-2026-cumul-cible-franc-deprecie/