Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) veut pousser les limites dans la mobilisation de ses finances publiques. À l'ouverture des conférences budgétaires consacrées à la préparation du projet de loi de finances 2027, il a fixé un objectif de 18 milliards de dollars de recettes courantes, contre une projection de 15,3 milliards de dollars en 2026. Cette hausse de près de 18 % traduit la volonté de l'exécutif d'accroître les marges budgétaires afin de financer les priorités nationales.
Mais cette ambition intervient dans un contexte particulièrement contraint. Depuis la résurgence du conflit dans l'Est du pays, les dépenses militaires ont fortement augmenté pour soutenir les opérations contre les groupes armés, notamment l'AFC/M23 et les ADF. Parallèlement, l'État poursuit la mécanisation de nouveaux agents publics, le recrutement dans les secteurs de l'éducation et de la santé ainsi que l'amélioration progressive des rémunérations, autant de facteurs qui alourdissent durablement la masse salariale.
Une équation budgétaire complexe
Pour atteindre son objectif, le gouvernement devra faire progresser les recettes plus rapidement que les dépenses.
Le Cadre budgétaire à moyen terme prévoit déjà une augmentation de la pression fiscale afin de rapprocher la RDC de la moyenne observée en Afrique subsaharienne. Cette stratégie repose sur plusieurs leviers : l'élargissement de l'assiette fiscale, la poursuite des réformes fiscales et douanières, la digitalisation des régies financières, ainsi qu'un renforcement des contrôles contre la fraude et l'évasion fiscales.
Les recettes minières devraient également continuer de jouer un rôle déterminant. Premier producteur mondial de cobalt et l'un des principaux producteurs africains de cuivre, la RDC bénéficie encore de cours relativement favorables sur plusieurs minerais stratégiques utilisés dans la transition énergétique. Toutefois, cette dépendance expose aussi les finances publiques aux fluctuations des marchés internationaux.
Des dépenses de plus en plus rigides
L'autre défi réside dans la structure même des dépenses publiques. Une part importante du budget est constituée de dépenses dites " incompressibles " : rémunérations des agents de l'État, fonctionnement des institutions, service de la dette, dépenses sécuritaires et transferts obligatoires aux provinces. Ces charges réduisent les marges disponibles pour financer les investissements dans les infrastructures, l'agriculture, la santé ou l'éducation.
À cela s'ajoute la poursuite des programmes sociaux, des investissements dans les routes, l'énergie et les projets agricoles, que le gouvernement considère comme essentiels pour soutenir la croissance et réduire la pauvreté.
Le défi de l'exécution
Au-delà des prévisions, la principale question sera celle de l'exécution budgétaire. Les précédents exercices ont souvent été marqués par des écarts entre les recettes annoncées et les montants effectivement mobilisés. Les performances des régies financières – la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des douanes et accises (DGDA) et la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD) – seront donc déterminantes pour transformer les objectifs du gouvernement en ressources réelles.
Le succès dépendra également de la stabilité macroéconomique, de l'évolution des cours des matières premières, du maintien des réformes de gouvernance financière et de la capacité de l'État à limiter les dépenses non prioritaires.
Un budget sous le signe des arbitrages
Le projet de budget 2027 s'annonce ainsi comme un exercice d'équilibre. Le gouvernement devra concilier quatre impératifs majeurs : financer l'effort de guerre dans l'Est, contenir une masse salariale en constante progression, poursuivre les investissements publics et préserver les grands équilibres macroéconomiques.
L'objectif de 18 milliards de dollars traduit une ambition budgétaire assumée. Sa réussite dépendra toutefois moins du montant inscrit dans le projet de loi de finances que de la capacité des institutions à mobiliser effectivement les recettes attendues et à en assurer une gestion rigoureuse. C'est sur ce terrain que sera véritablement jugée la crédibilité de la politique budgétaire du gouvernement en 2027.
Odon Bakumba
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