Le 7 mars 2025, l'auditorat général militaire convoque trois cadres du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et leur interdit de quitter le territoire national : Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani Shadary et Ferdinand Kambere. Les auditions se tiennent le 10 mars. Les trois hommes repartent libres. Aubin Minaku est entendu une seconde fois le 25 mars. Aucune inculpation ne suit ces trois passages, et Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du parti, ne fait à ce jour l'objet d'aucune poursuite connue.

Sept mois plus tard, le 18 octobre 2025, un arrêté ministériel suspend les activités du PPRD sur toute l'étendue du territoire. Il est signifié au parti le 27 octobre. C'est un acte administratif, pas un acte judiciaire, et il vise une formation politique, pas des personnes.

Deux interpellations de nuit, aucune audience

Emmanuel Ramazani Shadary est secrétaire permanent du PPRD depuis le 27 février 2018. Ancien gouverneur du Maniema, ancien vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, il était le candidat du Front commun pour le Congo à l'élection présidentielle de décembre 2018. Il est interpellé à son domicile de la Gombe, à Kinshasa, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2025, vers 4 heures du matin selon Radio Okapi. L'heure varie d'un récit à l'autre. Le PPRD dénonce un " enlèvement ". Le 16 décembre, Radio Okapi indique n'avoir obtenu aucune réponse des autorités judiciaires et sécuritaires sollicitées.

Aubin Minaku Ndjalandjoko a été président de l'Assemblée nationale du 12 avril 2012 à 2019, après deux mandats de député national d'Idiofa, dans le Kwilu. Magistrat de formation, substitut du procureur de la République de 1990 à 1998, conseiller dans des cabinets ministériels et à la présidence à partir de 1998, chef de travaux à la faculté de droit de l'Université de Kinshasa à partir de 2002, il a présidé l'Assemblée parlementaire de la francophonie à partir du 10 juillet 2015. Radio Okapi lui donne la qualité de vice-président du PPRD. Le parti n'a pas pris part aux élections législatives de décembre 2023. Il est arrêté à sa résidence de Kinshasa : Radio Okapi rapporte l'arrestation le 18 janvier 2026, à partir de la communication du parti, quand un autre récit la situe la veille. Le même jour, le PPRD exige sa libération immédiate et sans condition.

Au 7 août 2026, Emmanuel Ramazani Shadary est privé de liberté depuis près de huit mois, Aubin Minaku depuis près de sept.

Ni l'un ni l'autre n'est poursuivi. Ni l'un ni l'autre n'est inculpé. Aucune juridiction, militaire ou civile, n'a été publiquement saisie de leur cas. Aucune qualification pénale ne les vise nommément dans un acte rendu public. Aucun numéro de dossier n'a été communiqué, aucune ordonnance de mise en détention, aucun réquisitoire. Ils n'ont été ni renvoyés devant une juridiction de jugement, ni jugés, ni condamnés. Le dernier acte judiciaire dont le contenu soit public dans ce dossier reste la convocation de mars 2025, suivie d'auditions sans détention.

La Constitution du 18 février 2006 fixe le cadre de ces étapes. Son article 17 pose que " la liberté individuelle est garantie " et que, dans ses termes, " elle est la règle, la détention l'exception ". Le même article dispose que " nul ne peut être poursuivi, arrêté, détenu ou condamné qu'en vertu de la loi et dans les formes qu'elle prescrit ". L'article 18 borne la première phase : " La garde à vue ne peut excéder quarante huit heures. À l'expiration de ce délai, la personne gardée à vue doit être relâchée ou mise à la disposition de l'autorité judiciaire compétente. " Il ajoute que la personne gardée à vue " a le droit d'entrer immédiatement en contact avec sa famille ou avec son conseil ". L'article 19 prévoit enfin que " toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue dans un délai raisonnable par le juge compétent ", et que nul " ne peut être ni soustrait ni distrait contre son gré du juge que la loi lui assigne ". Aucun acte rendu public n'indique à quelle autorité judiciaire les deux hommes ont été mis à disposition, ni à quelle date.

Dix-sept cas documentés à Kinshasa depuis mars 2025

Le lieu de leur détention n'a pas été rendu public. L'autorité qui les détient non plus. Deux ensembles de constats, qui ne nomment ni l'un ni l'autre, mettent en cause une même structure. Le 10 mars 2026, Human Rights Watch documente dix-sept cas de disparition forcée ou de personnes portées disparues à Kinshasa depuis mars 2025 et met en cause le Conseil national de cyberdéfense, rattaché à la présidence de la République. En avril 2026, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme fait état de 42 membres de partis politiques détenus depuis janvier, certains dans des lieux de détention non reconnus liés à cette même structure. Ces constats sont ceux d'une organisation non gouvernementale et d'un bureau des Nations unies. Aucun acte officiel ne les confirme, et aucune décision judiciaire fondant leur détention n'a été rendue publique.

Une institution nationale s'est saisie du dossier. La Commission nationale des droits de l'homme annonce, le 22 janvier 2026, un suivi attentif de la situation d'Aubin Minaku, quatre jours après son arrestation. Un collectif d'avocats de la défense s'est constitué pour les deux hommes, présidé par Me Jean Mbuyu. Aucune décision de justice, aucune réponse d'autorité judiciaire n'a été rendue publique à ce jour, dans un sens ou dans l'autre. Ni le Conseil national de cyberdéfense ni la présidence de la République ne se sont exprimés publiquement sur ces constats.

Trois régimes coexistent dans cette séquence, et ils ne se confondent pas. Un homme entendu en mars 2025 est reparti libre et n'est pas poursuivi. Deux hommes entendus dans les mêmes conditions, au même endroit et aux mêmes dates, sont privés de liberté depuis décembre 2025 et janvier 2026 sans qu'un acte de saisine soit connu. La distinction n'est pas de vocabulaire : les articles 17, 18 et 19 de la Constitution attachent à chacun de ces actes des conditions de forme et des délais propres.

La dernière parole publique documentée d'Aubin Minaku porte sur l'arrestation d'Emmanuel Ramazani Shadary, en décembre 2025. Depuis, aucun des deux ne s'est exprimé.

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