746 sur sept ans dans l'enquête congolaise, 427 pour la seule année 2023 dans l'estimation onusienne

L'EDS-RDC III 2023-2024, dont le rapport final a paru en février 2025 sous la signature de l'Institut national de la statistique, estime le rapport de mortalité maternelle à 746 décès pour 100 000 naissances vivantes sur la période 2017-2023. L'intervalle de confiance va de 609 à 882, sur 420 décès maternels relevés par la variante directe de la méthode des sœurs. La collecte s'est achevée le 1er février 2024. Les décès maternels représentaient 34,5 % de tous les décès de femmes de 15 à 49 ans.

Le groupe interinstitutionnel des Nations unies, qui associe l'OMS, l'UNICEF, l'UNFPA et la Banque mondiale, retient 427 pour 100 000 pour la seule année 2023, dans un intervalle d'incertitude de 283 à 775. Sa série, publiée en 2025, part de 585 en 2000, passe par 545 en 2015 et 489 en 2020 : une baisse de 31 % en vingt-trois ans. La Banque mondiale reprend cette valeur sous l'indicateur SH.STA.MMRT.

Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose : le premier est une mesure directe et rétrospective sur sept années, produite par l'enquête ; le second, une estimation modélisée annuelle, tirée de sources nationales corrigées. Les deux intervalles se recoupent entre 609 et 775. L'EDS publie en outre un second indicateur, le rapport de mortalité liée à la grossesse, à 841 pour 100 000 : il compte les décès survenus dans les deux mois, quelle qu'en soit la cause, là où la définition de l'OMS s'arrête à 42 jours et écarte accidents et violences.

19 000 décès en 2023, 7,2 % du total mondial, un risque de 1 sur 41

Pour 2023, l'estimation onusienne place la RDC à 19 000 décès maternels, à égalité avec l'Inde et derrière le Nigeria (75 000). Chacun de ces deux pays représente 7,2 % des 260 000 décès maternels estimés dans le monde cette année-là ; avec le Pakistan, ces quatre pays en totalisent 47 %. Le ratio de 427 classe la RDC dans la catégorie " élevé ", de 300 à 499, qui compte quatorze pays.

Le risque de décès maternel sur la vie entière est estimé à 1 sur 41 par le groupe onusien, et à 0,043, soit environ 1 sur 23, par l'EDS-RDC III. La notification, elle, est plus basse que l'estimation : le rapport de l'enquête relève, d'après le Plan national de développement sanitaire et prévoyance sociale 2024-2033, que " le cumul des décès maternels notifiés dans les structures sanitaires durant la période allant de 2018 à 2022, est de 52 429 décès. En d'autres termes, 29 femmes meurent chaque jour en donnant la vie, soit au moins une femme par heure ".

Hémorragies 47 %, éclampsie 9 %, rupture utérine 8 % dans la revue de 2017

Le Plan stratégique intégré de la santé de la reproduction 2019-2022 du ministère de la Santé reprend la revue nationale des décès maternels de 2017. " Leurs causes directes estimées à 89%, sont dominées par les hémorragies (47%), l'éclampsie/pré-éclampsie (9%), la rupture utérine (8%), les infections sévères (3%) et les complications d'avortement (2%), et leurs causes indirectes sont l'anémie (9%) et le paludisme (2%) ", y lit-on. Soixante-neuf pour cent des décès sont survenus après l'accouchement, et le troisième retard, celui de la prise en charge par les prestataires, était en cause dans 56 % des cas.

84,8 % d'accouchements assistés, 44,9 % de quatre consultations prénatales, 43,8 % dans la Tshuapa

En 2023-2024, 84,8 % des naissances ont été assistées par un prestataire de santé qualifié, contre 81 % en 2013-2014 et 75 % en 2007, et 83,3 % se sont déroulées en établissement. Quatre consultations prénatales ou plus concernaient 44,9 % des femmes, et 29,2 % ont reçu des soins postnatals dans les deux jours. Le taux de césariennes s'établit à 8 %, pour une cible OMS de 15 %.

Les écarts provinciaux sont larges : l'assistance qualifiée atteint 99,1 % au Nord-Kivu et 97,8 % à Kinshasa, contre 46,7 % au Sankuru, 45,3 % au Tanganyika et 43,8 % dans la Tshuapa. Les quatre consultations prénatales vont de 69,2 % à Kinshasa à 14,1 % au Sankuru. Sur l'accès aux soins, 65 % des femmes de 15 à 49 ans citent l'obtention de l'argent et 34 % la distance ; 32 % mettent une heure ou plus pour atteindre l'établissement le plus proche, et 96 % s'y rendent par un moyen non motorisé. La gratuité de la maternité et des soins du nouveau-né, instaurée en 2012 puis renforcée en 2023 et 2024, est opérationnelle dans 12 provinces.

Moins de 2 sages-femmes pour 1 000 naissances, contre une norme de 6

Le plan de 2019 chiffrait le ratio à " moins de 2 sages-femmes pour 1000 naissances, très en deçà de la norme de 6 sages-femmes pour 1000 naissances ". En 2013-2014, la sage-femme assurait 0,8 % des consultations prénatales et 3,1 % des accouchements assistés. Le 13 mai 2022, la directrice du Programme national de santé de la reproduction, le Dr Anne-Marie Ntumba, présentait devant l'UNFPA " la stratégie de reconversion des infirmiers en sages-femmes " comme " un atout pour l'amélioration des soins et services en santé sexuelle et reproductive ".

Le 26 septembre 2024, un atelier tenu à Kinshasa a examiné une étude qualitative menée au Nord-Kivu et au Sud-Kivu entre octobre 2022 et août 2023 par l'Université catholique de Bukavu. Sa deuxième phase vise à " voir comment est-ce que la surveillance de décès maternel et périnataux peut être faite de façon plus complète ", a indiqué à Radio Okapi, le 28 septembre 2024, le Dr Christine Chimanuka, professeure et chercheure régionale à cette université. Son collègue le Dr Pacifique Muenabatu a ajouté : " Avec tout ce qu'il y a comme politique actuellement de renforcement du système de santé, on peut améliorer l'existant et rendre les soins accessibles pour tout le monde ".

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Source : https://beto.cd/mortalite-maternelle-rdc-chiffre-national-eds-mmeig/