Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en République démocratique du Congo, Pierre Achom, a été reçu le vendredi 21 août 2026 par le vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango. L'audience marque le terme de six années de mission.

Les deux hommes ont passé en revue les dossiers liés à la gestion des réfugiés, des déplacés internes et des apatrides, ainsi que les perspectives de poursuite de l'appui du HCR à la RDC sur ces questions.

À l'issue de l'audience, Pierre Achom a salué la qualité de la collaboration avec le ministère de l'Intérieur, et les avancées enregistrées dans la prise en charge des questions liées aux réfugiés, en particulier la facilitation des retours volontaires et la revitalisation des réunions tripartites.

Fin de mission en RDC : le Représentant du HCR salue les avancées et la collaboration avec le VPM SHABANI

Arrivé au terme de six années de mission en République démocratique du Congo, le Représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Pierre Achom, a… pic.twitter.com/3q9IhRiJdD

— Ministère de l'Intérieur de la R.D Congo (@Interieur_RDC) August 23, 2026

Quatre commissions tripartites en six mois

La revitalisation qu'évoque le représentant sortant se compte. Quatre commissions tripartites associant la RDC, un pays voisin et le HCR se sont tenues ou ont été relancées au cours du premier semestre 2026.

La neuvième commission tripartite RDC-Zambie-HCR s'est ouverte à Kolwezi le 10 mars 2026, pour trois jours. Entre 2021 et 2025, plus de 11 500 réfugiés congolais avaient été rapatriés volontairement depuis la Zambie.

La deuxième réunion tripartite RDC-Burundi-HCR s'est close à Kinshasa le 4 juin 2026, après deux jours de travaux. Les autorités congolaises y ont fixé une double ligne. " Les autorités congolaises entendent favoriser le retour volontaire des réfugiés congolais tout en renforçant les conditions de leur réintégration ", rapporte Radio Okapi, qui précise aussi que " la RDC poursuivra sa mission de protection des réfugiés burundais présents sur son territoire ".

En juin, les discussions RDC-Centrafrique ont été relancées sur le rapatriement volontaire, un dossier qui concerne plus de 200 000 réfugiés centrafricains accueillis en territoire congolais. Le même mois, un accord tripartite RDC-Rwanda-HCR a été conclu à Addis-Abeba sur le rapatriement volontaire des réfugiés.

Zambie, Burundi, Centrafrique, Rwanda. Quatre voisins, quatre cadres, un seul semestre.

Une commission tripartite réunit trois parties : le pays d'origine des réfugiés, le pays qui les accueille, et le HCR comme garant. Son objet n'est pas de décider un retour mais d'en fixer les conditions, du caractère volontaire du départ à la sécurité de l'arrivée. C'est le seul cadre qui donne au rapatriement une base juridique opposable aux deux États.

Ce que le HCR fait sur le terrain congolais

L'appui du HCR ne se limite pas aux tables de négociation. À Kolwezi, Pierre Achom avait détaillé les axes de travail de son agence : " le monitoring de protection des frontières et le renforcement de la protection à base communautaire, la construction et la réhabilitation de certains infrastructures sociales de base, tels que les écoles et les centres de santé ".

Ces trois volets décrivent une présence qui construit autant qu'elle protège. Des écoles et des centres de santé bâtis dans des zones d'accueil servent aux réfugiés comme aux communautés hôtes, ce qui conditionne l'acceptation locale des retours.

Le mandat couvre trois populations distinctes que l'audience du 21 août a rappelées. Les réfugiés étrangers accueillis en RDC. Les déplacés internes congolais, chassés de chez eux sans franchir de frontière. Et les apatrides, personnes qu'aucun État ne reconnaît comme siennes, catégorie la moins visible des trois et la plus difficile à documenter.

Six ans qui couvrent la rupture de 2025

La mission qui s'achève a traversé la séquence la plus lourde de la décennie pour les déplacements de population congolais. L'offensive de l'AFC/M23 soutenue par l'armée rwandaise a jeté sur les routes des dizaines de milliers de personnes, dont plus de 70 000 réfugiés congolais recensés en Ouganda.

Un fait récent complique ce tableau. Le 4 juillet 2026, l'AFC/M23 a installé à Goma sa propre structure chargée des réfugiés, en dehors de tout cadre tripartite et sans qualité pour engager la RDC. Les commissions relancées avec les quatre voisins ne couvrent pas ce qui se décide dans les zones que le mouvement contrôle.

Le représentant sortant laisse donc un dossier à double détente. D'un côté, des cadres de rapatriement volontaire réactivés avec quatre voisins, ce qui suppose des retours possibles. De l'autre, une crise de déplacement qui continue de produire de nouveaux exilés à l'Est.

Trois éléments diront la suite. Le nom du successeur et la date de sa prise de fonction. Le calendrier des prochaines commissions tripartites, notamment la dixième avec la Zambie. Et le nombre de retours volontaires effectivement réalisés en 2026, seul chiffre qui mesure ce que valent les cadres signés.

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