La première mission de vérification du cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23 soutenue par le Rwanda est arrivée lundi 24 août 2026 à Minembwe, dans la province du Sud-Kivu. C'est le gouverneur de la province qui l'a confirmé à l'Agence congolaise de presse. " Oui. Les équipes internationales et la Monusco font Goma-Uvira-Minembwe-Uvira-Kalehe-Goma dans le cadre du mécanisme de suivi ", a indiqué Jean-Jacques Purusi.

La phrase est brève. Elle contient pourtant l'information la plus concrète produite par le processus de Doha depuis dix mois : un itinéraire, des étapes, des équipes en mouvement. Le Mécanisme élargi de vérification, créé sur le papier le 14 avril 2026 et réuni pour la première fois à Goma le 16 juillet, quitte enfin la salle de réunion pour le terrain.

Un itinéraire en boucle qui traverse les deux côtés de la ligne

Les cinq étapes énoncées par le gouverneur ne sont pas un simple trajet logistique. Elles dessinent une boucle : Goma, Uvira, Minembwe, retour par Uvira, puis Kalehe et Goma.

Goma est sous contrôle de l'AFC/M23 depuis janvier 2025. Uvira, chef-lieu de fait des institutions provinciales du Sud-Kivu depuis la chute de Bukavu en février 2025, reste sous autorité gouvernementale. Minembwe, sur les hauts plateaux, est l'un des points où les affrontements n'ont jamais réellement cessé. Kalehe, sur la route Bukavu-Goma, est un territoire de passage et de déplacements de populations.

Faire circuler la même équipe entre ces quatre points, c'est la faire passer plusieurs fois d'un côté à l'autre de la ligne de front. Aucune des deux parties ne peut, sur ce parcours, montrer uniquement ce qu'elle souhaite montrer. La MONUSCO accompagne le déplacement, ce qui règle la question du transport et de la sécurité des observateurs entre des zones qu'aucun véhicule civil ne relie aujourd'hui sans autorisation des deux camps.

Ce départ intervient cinq semaines après le constat que BETO dressait le 17 juillet 2026, au lendemain de la première réunion du mécanisme à Goma : aucune mission de vérification n'avait alors été menée, et le budget du dispositif n'était pas financé. Le round de négociations tenu en Suisse du 17 au 21 août a débloqué cette situation en installant le secrétariat du mécanisme. Une mission de reconnaissance a été conduite le 20 août avec l'appui de la MONUSCO. La mission de vérification proprement dite est partie quatre jours plus tard.

Le même mécanisme, la même ville, quatorze ans plus tôt

L'organe qui conduit cette mission n'est pas neuf. Le 14 septembre 2012, des experts militaires de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs lançaient à Goma le mécanisme conjoint de vérification. Radio Okapi rapportait alors son mandat en trois points.

Le premier était de " vérifier les allégations de Kinshasa sur la présence des soldats rwandais dans les rangs des rebelles du M23 ", rapporte Radio Okapi. Le deuxième portait, dans le même mandat de la CIRGL, sur " l'identification des troupes du M23 ainsi que d'autres groupes armés opérant dans l'Est de la RDC ". Le troisième consistait à " contrôler les mouvements à la frontière entre la RDC et le Rwanda ", selon le mandat arrêté par la CIRGL.

Quatorze ans plus tard, le même mécanisme, élargi et rebaptisé, part vérifier un cessez-le-feu conclu avec un mouvement qui porte le même nom, dans les mêmes provinces, au départ de la même ville. L'intervalle mesure ce que le dispositif n'a pas produit entre-temps. Il indique aussi que la question posée en 2012 n'a jamais reçu de réponse vérifiée et opposable : c'est très exactement celle que la mission partie lundi est chargée d'établir sur le terrain.

Le mécanisme élargi, désigné EJVM+ dans le communiqué conjoint du round suisse, compte trois officiers congolais, le lieutenant-colonel Cosmas Ben Epule et les majors Fredy Lokuli Bofanda et André Kitoko Dimonekene, et trois représentants de l'AFC/M23 dont l'identité n'a pas été rendue publique. Il est commandé par le général de brigade zambien Charles Simuyuni Nakeempa. Le Comité de vérification et de suivi qui le chapeaute a adopté ses termes opérationnels le 2 février 2026 et siège à parité, avec l'Union africaine, le Qatar et les États-Unis comme observateurs.

Cette architecture porte en elle la limite de l'exercice qui commence. Les décisions du mécanisme se prennent par consensus. Une violation signalée doit donc être qualifiée avec l'accord de la partie mise en cause. Concrètement, la mission qui circule cette semaine entre Goma, Uvira, Minembwe et Kalehe peut constater des faits, mais l'établissement d'une violation du cessez-le-feu du 14 octobre 2025 suppose que celui à qui elle est imputée l'admette. C'est la règle sur laquelle le mécanisme de 2012 s'était déjà immobilisé.

Ce que la mission rapportera est donc à lire à deux niveaux. Le compte rendu formel dira ce que les deux parties acceptent d'écrire ensemble. Le déroulement du parcours dira autre chose : si les équipes ont pu atteindre les quatre localités, si elles ont pu s'y déplacer librement, si elles ont pu entendre des habitants hors de la présence des autorités locales de chaque zone. Une mission qui boucle son itinéraire complet est en soi une information, indépendamment du document qu'elle produira.

Trois points restent à établir. La composition exacte des équipes internationales évoquées par le gouverneur, que ni le mécanisme ni la MONUSCO n'ont détaillée. La durée de la mission et la date de remise de son rapport. Et le financement du dispositif, qui n'était toujours pas assuré au 17 juillet et dont aucune des parties n'a depuis publié le montant ni l'origine.

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