Le désaccord sur le dialogue national ne porte plus seulement sur une date. Il porte sur une liste. Depuis Paris, où il séjourne depuis le week-end, le leader de la coalition Lamuka Martin Fayulu a affirmé le 17 août 2026 que Joseph Kabila et Corneille Nangaa " sont parties prenantes du dialogue " national inclusif initié par le président Félix Tshisekedi. Kinshasa s'est toujours opposé à la participation de ces deux personnalités.
L'opposant fonde sa demande sur les fonctions que les deux hommes ont exercées. Joseph Kabila a été chef de l'État. Corneille Nangaa a présidé la Commission électorale nationale indépendante. " Kabila a dirigé ce pays. Son statut ou son titre, mais il est là ", dit Martin Fayulu. Il ajoute, en rapportant une accusation qu'il n'endosse pas lui-même : " Ils ont dit que c'est lui qui arme et finance l'AFC/M23, mais il doit venir nous dire pourquoi il le fait, quel est le problème. "
Sur le second nom, la formule est plus dure. Corneille Nangaa doit venir expliquer pourquoi " il a pris les armes contre le pays. Il tue ou il fait tuer ses frères et surs, ses semblables qui ont le sang humain comme lui. Il faut qu'il vienne dire pourquoi il a fait ça. Comme on dit les linges sales se lavent en famille. "
Le point de blocage a changé de nature
Jusqu'ici, le bras de fer se jouait sur le calendrier. Le 17 juillet, c'est le cardinal Fridolin Ambongo qui avait annoncé, à l'issue d'une audience à la Cité de l'Union africaine, que le chef de l'État acceptait un " dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain ". Le 20 juillet, la Coalition Article 64, dont l'ECiDé de Martin Fayulu est l'une des cinq composantes, fixait une échéance : une convocation officielle au plus tard le 15 août 2026, faute de quoi elle en tirerait " toutes les conséquences politiques ". Le gouvernement avait répondu dès le 29 juillet par la voix de son porte-parole, Patrick Muyaya : " L'agenda du président de la République ne répond pas à une quelconque forme d'ultimatum. "
Le 15 août est passé sans ordonnance de convocation. La coalition a annoncé une marche nationale le 15 septembre vers le Palais du Peuple. Et le 16 août, à Libreville, le président a promis que ce dialogue " ne ressemblera en rien à tout ce qu'il y a eu comme dialogue dans notre pays ", sans dire qui y siégerait. Une date se négocie, une liste beaucoup moins : un dialogue dont le périmètre exclut d'emblée deux acteurs que l'un des convives estime indispensables se heurte à un obstacle que nulle ordonnance ne lève.
Ce que la question engage pour le pays
Le désaccord n'est pas protocolaire, il touche à la façon dont la République traite ceux qu'elle accuse. Faire venir à une table un ancien chef de l'État visé par des accusations publiques revient à choisir la voie politique. Le renvoyer à la justice revient à choisir l'autre. Les deux options existent, elles ne produisent pas les mêmes effets pour les habitants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où le gouvernement décrit " la poursuite des activités hostiles de la coalition d'agression RDF/M23 " et où l'état de siège vient d'être prorogé de quinze jours à compter du 15 août.
Les chiffres du contexte sont connus. La campagne de solidarité nationale annoncée pour le 25 août cite 7,3 millions de déplacés internes, dont plus de 90 % dans l'Est. Le Conseil des ministres du 14 août a constaté que 8,3 milliards de dollars de financements extérieurs restaient non décaissés, et le budget d'équipement s'exécutait à 0,24 % au 30 avril. Ce sont les moyens dont dispose l'État pendant que se discute la composition d'une table.
Trois questions restent sans réponse publique. Kinshasa n'a jamais motivé publiquement son refus par un texte. La Coalition Article 64 n'a pas dit si la position de Martin Fayulu engage ses cinq composantes. Et l'adresse à la nation promise par le chef de l'État n'a toujours pas de date.
Odon Bakumba
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