Le Rassemblement des compagnons d'Étienne Tshisekedi pour le changement et le progrès social, RCET-CPS, a annoncé le mardi 18 août 2026 l'organisation d'une marche pacifique. Son coordonnateur Jean-Pierre Lisanga Bonganga l'a fait savoir sur les antennes de Top Congo FM et dans un communiqué diffusé le même jour à l'issue d'un point de presse tenu à Kinshasa.

Le texte fixe l'objet de la mobilisation. " En tout état de cause, nous Compagnons d'Étienne Tshisekedi décidons d'organiser une marche pacifique le 14 septembre 2026 en soutien aux institutions démocratiquement établies et particulièrement aux actions du Chef de l'État pour ses efforts inlassables pour faire face à l'agression rwandaise ", écrit Jean-Pierre Lisanga Bonganga, qui y ajoute le soutien à la loi sur le référendum et au changement de Constitution.

La marche est présentée comme une réponse à celle que la Coalition Article 64 annonce pour le 15 septembre, jour de la rentrée parlementaire, avec le Palais du Peuple pour point de chute. Cette coalition, lancée le 19 mai 2026, réunit notamment l'ECiDé de Martin Fayulu, Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, le LGD d'Augustin Matata Ponyo, Envol de Delly Sesanga et l'Alliance pour le Changement de Jean-Marc Kabund. Elle tire son nom de l'article 64 de la Constitution.

Le point de départ, la loi référendaire renvoyée au Parlement

Le communiqué du 18 août part de la loi sur le référendum. Le RCET-CPS félicite le chef de l'État de l'avoir renvoyée au Parlement, au motif que " l'on ne peut pas promulguer dans la précipitation une loi si importante qui engage la vie de toute la Nation ".

Le parcours de ce texte est établi. La proposition de loi fixant les conditions d'organisation du référendum, portée par le député national Paul-Gaspard Ngondankoy, élu de Yahuma, a été adoptée le 9 juin 2026 par l'Assemblée nationale, avec 348 voix pour, 2 contre et 1 abstention sur 351 votants, puis le 15 juin par le Sénat à l'unanimité des 89 sénateurs présents. Son auteur faisait valoir que le référendum reste régi par une loi de 2005 adoptée en contexte de transition. Saisie par le président de la République, la Cour constitutionnelle a rendu son arrêt le 28 juillet. " Dit conforme à la Constitution la loi lui soumise fixant les conditions d'organisation du référendum en RDC, sous les réserves développées ci-haut pour les articles 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 12, 14, 19, 21, 23 et 43 ", a lu son président Dieudonné Kamuleta.

Par lettre du 10 août adressée aux présidents des deux chambres, le chef de l'État a demandé une nouvelle délibération. Le rapporteur de l'Assemblée nationale Jacques Djoli en a donné le motif : " Le Chef de l'État a voulu éviter toute ambiguïté et, par souci de clarté, d'intelligibilité et de cohérence, a demandé aux deux chambres de réécrire certaines dispositions afin de tenir compte des observations de la Cour constitutionnelle. " L'article 137 de la Constitution encadre ce geste : " Dans un délai de quinze jours de la transmission, le Président de la République peut demander à l'Assemblée Nationale ou au Sénat une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée. " Le texte est inscrit à l'ordre du jour de la session de septembre.

La Coalition Article 64 lit ce renvoi autrement, dans les termes de Jean-Marc Kabund : " Le projet de changement des constitutions n'est du tout pas abandonné. Le renvoi au Parlement de la loi portant délibération du référendum pour une nouvelle constitution ne constitue ni l'héritier de cette loi, ni une renonciation formelle au projet de changement des constitutions ", a déclaré Jean-Marc Kabund le 16 août en lisant une déclaration commune de la coalition.

Ce que le titre VII de la Constitution prévoit, et ce qu'il ne prévoit pas

Le second pilier du communiqué porte sur la Constitution elle-même. Le RCET-CPS avance un argument de fond : " Le RCET-CPS estime que l'un des principes majeurs de la démocratie qui manque dans l'actuelle constitution est celui de ne plus jamais recourir aux armes pour prendre le pouvoir. " Jean-Pierre Lisanga Bonganga en tire une conséquence : " De ce fait, le changement de Constitution devient donc inéluctable, inévitable ", poursuit le communiqué.

Le texte en vigueur traite de cette question à son article 64, celui-là même dont la coalition adverse a pris le nom. Son premier alinéa dispose que " Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l'exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ". Son second alinéa érige la tentative de renversement du régime constitutionnel en infraction imprescriptible contre la nation et l'État. La Constitution procède donc par devoir imposé au citoyen et par incrimination. Savoir si cette rédaction équivaut au principe que le RCET-CPS veut y inscrire est un point d'interprétation sur lequel les acteurs politiques s'opposent.

La distinction entre révision et changement, elle, se lit dans le texte. Le titre VII s'intitule " De la révision constitutionnelle " et ne compte que trois articles. L'article 218 ouvre l'initiative au président de la République, au gouvernement, à chaque chambre à l'initiative de la moitié de ses membres et à une pétition de 100 000 personnes, soumet chaque initiative aux deux chambres à la majorité absolue, et rend la révision définitive par référendum, sauf approbation par le Congrès à la majorité des trois cinquièmes. L'article 219 pose une limite de circonstance : " Aucune révision ne peut intervenir pendant l'état de guerre, l'état d'urgence ou l'état de siège ni pendant l'intérim à la présidence de la République. " L'état de siège a été prorogé de quinze jours en Ituri et au Nord-Kivu le 17 août 2026.

L'article 220 pose la limite de fond, dans le texte publié au Journal officiel : " La forme républicaine de l'Etat, le principe du suffrage universel, la forme représentative du Gouvernement, le nombre et la durée des mandats du Président de la République, l'indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical, ne peuvent faire l'objet d'aucune révision constitutionnelle ", dispose son premier alinéa, qui interdit en outre toute révision réduisant les droits et libertés ou les prérogatives des provinces. Le mot changement n'apparaît dans aucun des trois articles du titre VII, et aucune disposition de la Constitution n'organise de procédure d'adoption d'une Constitution nouvelle. C'est cet écart entre les deux voies qui structure l'affrontement des deux camps.

Reste la question pratique des deux marches. L'article 26 de la Constitution garantit la liberté de manifestation et impose aux organisateurs " d'informer par écrit l'autorité administrative compétente ". Le décret-loi n° 196 du 29 janvier 1999 y superpose un second régime : les manifestations sont soumises à déclaration préalable, mais celles organisées sur le domaine public " peuvent être subordonnées à l'autorisation préalable ", l'autorité compétente étant à Kinshasa le gouverneur de la ville. Le 12 juin 2026, un sit-in de la Coalition Article 64 devant le Palais du Peuple avait été interdit la veille par les autorités urbaines, puis dispersé.

Trois éléments restent à établir. Le dépôt effectif d'une déclaration préalable à l'Hôtel de ville pour le 14 septembre comme pour le 15, qu'aucune source ne documente. La position du gouverneur de Kinshasa sur ces deux mobilisations annoncées à un jour d'intervalle. Et l'itinéraire de la marche du RCET-CPS, que son communiqué ne précise pas.

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