Le ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants annonce la signature de deux mémorandums avec la République centrafricaine. Le premier porte sur la formation, le second sur le renseignement militaire. Les deux appliquent l'accord de coopération militaire signé à Kinshasa le 18 octobre 2024 et donnent suite aux recommandations de la rencontre bilatérale de Bangui du 11 mai 2026.

Les deux textes ouvrent sept chantiers au total. Le volet formation en compte quatre : le renforcement des capacités, des formations spécialisées, des échanges d'expertise, et une coopération accrue entre les écoles et académies militaires des deux pays. Le volet renseignement en compte trois : l'échange d'informations, des consultations régulières, et une meilleure coordination entre services compétents face aux menaces transfrontalières. Vingt-deux mois séparent l'accord-cadre d'octobre 2024 de ces deux instruments d'application.

Le ministère précise la méthode retenue. " La mise en œuvre devrait passer par la désignation de points focaux, l'élaboration d'un calendrier opérationnel et un suivi régulier des engagements ", indique la communication officielle. Trois obligations de procédure, aucune obligation de résultat datée.

Une frontière que le ministre lui-même a décrite comme vulnérable

Ce que ces textes doivent couvrir a une longueur. La frontière entre la République démocratique du Congo et la Centrafrique s'étend sur 1 100 kilomètres. Guy Kabombo Muadiamvita, vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, a lui-même signalé la vulnérabilité de cette ligne, qui facilite la contrebande, les trafics et les conflits transfrontaliers. Il s'exprimait devant les députés le 1er juin 2026, lors d'une audition consacrée à la présence des Mbororo dans le nord-ouest du pays, où il a appelé à une synergie d'actions interministérielles.

La mission qui a produit ces textes est également datée. Guy Kabombo est arrivé à Bangui le 10 mai 2026, la rencontre bilatérale s'est tenue le 11, et ses recommandations fondent les deux mémorandums signés trois mois plus tard à Kinshasa.

Cette frontière traverse le Nord-Ubangi, le Bas-Uélé et le Haut-Uélé. Ce n'est pas un hasard si les gouverneurs du Nord-Ubangi et du Bas-Uélé étaient présents à la signature de l'accord de 2024. Ce sont leurs provinces qui absorbent ce qui traverse.

L'accord fondateur du 18 octobre 2024 comportait trois volets, selon le ministre centrafricain de la Défense nationale Rameaux-Claude Bireau : " partage d'informations et renseignements, de la formation militaire, des opérations conjointes ". Il prévoyait aussi une commission mixte de coordination. Les deux mémorandums signés cette semaine traitent les deux premiers volets. Le troisième, les opérations conjointes, n'apparaît pas dans la communication du ministère. C'est pourtant le seul des trois qui mette des soldats sur le terrain. La formation prépare, le renseignement informe, l'opération conjointe agit. Deux mémorandums sur trois volets, vingt-deux mois après l'accord-cadre, signifient que la partie qui se voit depuis Ango reste à écrire.

Ce que la frontière a produit depuis la signature de 2024

Les menaces que ces textes désignent portent des noms et des dates. Fin mai 2024, l'Union pour la paix en Centrafrique perdait ses bastions de Mboki et Zemio en territoire centrafricain, et ses combattants se repliaient vers le Bas-Uélé congolais. Ebuteli, l'institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, identifie aussi la circulation d'armes facilitée par certains pasteurs mbororo nomades, et l'orpaillage illégal.

La menace la plus ancienne est toujours là. Dans la nuit du 11 au 12 juin 2026, l'Armée de résistance du Seigneur a attaqué la localité de Banda, dans le territoire d'Ango au Bas-Uélé. Un agent des recettes provinciales a été tué, neuf personnes ont été enlevées. Une seule a été relâchée. Huit élèves, quatre garçons et quatre filles de l'éducation de base, sont restés portés disparus.

L'attaque est tombée pendant les épreuves. " Deux élèves de la 8e année de l'éducation de base ont présenté l'examen du premier jour, mais, dans la nuit du 11 au 12 juin, ils ont été enlevés et ont manqué l'examen du deuxième jour ", a dit à Radio Okapi Fidèle Aningeyi, directeur de l'école primaire de Banda.

La demande locale porte sur des effectifs, pas sur des textes. " Nous plaidons auprès du gouvernement central pour un renforcement des effectifs des FARDC afin de sécuriser la population ", déclarait Théo Zagbina, président de la société civile de Banda. Cette demande est formulée vingt mois après la signature de l'accord de coopération militaire que les deux mémorandums viennent préciser.

C'est la distance qu'il faut tenir à l'esprit. Entre Kinshasa, où l'on signe le 18 octobre 2024 puis en août 2026, et Ango, où l'on enlevait huit élèves le 12 juin, il y a un accord-cadre, deux mémorandums, une commission mixte, des points focaux à désigner et un calendrier opérationnel à élaborer. Sur les 1 100 kilomètres de frontière, la chaîne est complète sur le papier depuis vingt-deux mois. Elle n'a toujours pas de délai chiffré.

La cérémonie de Kinshasa s'est déroulée au rythme des fanfares des FARDC, avec une parade militaire en l'honneur des deux autorités, une photo de famille et un cocktail. Trois éléments diront si ces mémorandums produisent autre chose : la date de désignation des points focaux, la première réunion de la commission mixte prévue par l'accord de 2024, et le nombre de militaires congolais effectivement formés au titre du volet signé cette semaine.

The post RDC : les deux mémorandums signés avec Bangui portent sur une frontière de 1 100 kilomètres appeared first on BETO.



Source : https://beto.cd/rdc-memorandums-defense-centrafrique-frontiere-1100-km/