Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies a publié son retour sur la Journée mondiale de l'aide humanitaire, célébrée le 19 août. Selon OCHA RDC, " la communauté humanitaire en RDC s'est mobilisée pour rappeler l'urgence de protéger les civils et les travailleurs humanitaires ". Les activités se sont tenues dans trois villes, et trois des quatre rendez-vous ont eu lieu dans des établissements d'enseignement supérieur.

À Kinshasa, l'échange s'est tenu à l'Université de Kinshasa. Selon OCHA, " nous avons échangé avec les étudiants de l'Université de Kinshasa sur le respect du Droit international humanitaire (DIH) et la lutte contre la désinformation dans le contexte d'épidémie d'Ebola ". En Ituri, une journée portes ouvertes et un point de presse ont porté sur la désinformation liée à la maladie à virus Ebola, avec un plaidoyer pour la protection du personnel soignant et des acteurs humanitaires. À Goma, deux rendez-vous, un échange avec les étudiants de l'ISIG sur la sécurité des humanitaires et la désinformation, puis une journée portes ouvertes à l'UNIGOM.

Un mot revient dans les quatre rendez-vous du 19 août : désinformation. Il est cité à Kinshasa, en Ituri et deux fois à Goma. Dans trois cas sur quatre, il est associé à l'épidémie d'Ebola. C'est le fil de la journée, et ce choix dit ce que les humanitaires congolais identifient aujourd'hui comme le premier risque pour leur travail.

Ce que la désinformation a coûté à la riposte

Le sujet n'est pas théorique. L'Organisation mondiale de la santé a recensé douze attaques contre la riposte Ebola depuis le 17 mai, dont huit incendies de structures. Ces attaques visent des centres de traitement et des équipes de vaccination, dans un pays qui compte 5 208 cas cumulés et 2 476 décès selon l'Institut national de santé publique au 18 août, sur six provinces avec l'Ituri pour épicentre.

Le choix de l'Ituri pour une journée portes ouvertes s'explique par cette géographie. Sur les six provinces atteintes, c'est celle que l'évaluation de l'OMS du 20 août désigne comme épicentre. Une rumeur sur l'origine du virus, sur les vaccins ou sur les enterrements sécurisés s'y traduit le plus vite en refus de soins ou en agression d'un soignant. Huit des douze attaques recensées depuis le 17 mai ont visé des structures qui ont brûlé.

Le bilan de l'année pour les humanitaires est celui que BETO a publié le 20 août : 243 incidents recensés au premier semestre 2026, et six travailleurs humanitaires tués entre janvier et juin, dans les Kivu. Le thème international de l'édition 2026 était " Agir pour l'humanité ".

À Goma, des universités dans une ville contestée

Les deux rendez-vous de Goma se sont tenus dans un contexte que le communiqué d'OCHA ne mentionne pas. La ville est tombée aux mains de l'AFC/M23, soutenue par l'armée rwandaise, en janvier 2025. L'administration et les institutions publiques du Nord-Kivu ont été délocalisées à Beni le 9 février 2025.

Neuf jours avant la Journée mondiale de l'aide humanitaire, le 10 août 2026, le ministère de l'Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations a publié un communiqué rejetant les nominations opérées par l'AFC/M23 dans six établissements, trois à Goma et trois à Bukavu. " L'occupation temporaire d'une partie du territoire national ne confère à aucun groupe armé la souveraineté, la compétence administrative ", écrit le ministère dirigé depuis Kinshasa. Selon le même communiqué du gouvernement, " toute personne qui se prévaudrait de ces nominations illégales ou contribuerait à leur mise en œuvre s'expose à des sanctions sévères prévues par la loi ".

L'ISIG et l'UNIGOM ne figurent pas parmi les six établissements cités dans ce communiqué. Mais le cadre vaut pour l'ensemble de l'enseignement supérieur de la ville : les universités de Goma travaillent aujourd'hui dans un espace où l'autorité administrative est disputée entre l'État congolais et un mouvement armé.

L'enjeu est concret pour les équipes. Goma concentre les bureaux des agences humanitaires de tout le Nord-Kivu depuis la délocalisation de l'administration provinciale à Beni, et c'est depuis cette ville que se planifient les opérations vers les territoires voisins. C'est précisément là qu'OCHA a choisi de parler de désinformation avec des étudiants. Une salle de cours de Goma en août 2026 est un lieu où circulent, en même temps, l'information de l'État congolais, celle du mouvement qui tient la ville, celle des agences des Nations unies et celle des réseaux sociaux. Former des étudiants à distinguer ces sources n'est pas une activité de communication institutionnelle, c'est une opération de sécurité pour les équipes qui travaillent dans cette ville.

Le format retenu le dit aussi. Trois établissements universitaires et une journée portes ouvertes en Ituri, plutôt qu'une seule cérémonie officielle. La commémoration nationale du 19 août s'est tenue à Kinshasa autour du ministère des Affaires sociales, avec l'hommage aux six humanitaires tués entre janvier et juin. Deux séquences le même jour, l'une devant des autorités, l'autre devant des étudiants.

Trois éléments diront ce que produisent ces journées : le nombre d'incidents visant les humanitaires au second semestre, l'évolution des attaques contre la riposte Ebola après le 17 mai, et la reprise ou non de ces échanges universitaires en dehors des dates symboliques.

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Source : https://beto.cd/rdc-ocha-journee-humanitaire-universites-desinformation/