Félix Tshisekedi s'est exprimé sur le partenariat entre la République démocratique du Congo et ses bailleurs devant son homologue tanzanienne Samia Suluhu Hassan. " Ce que je perçois dans ce partenariat, que ce soit avec les États-Unis, la Chine ou l'Europe, c'est qu'aujourd'hui tous ces partenaires sont sensibles à cette volonté, à cette vision africaine qui consiste à transformer nos ressources minières et autres, agricoles bien sûr, sur notre continent ", a déclaré le chef de l'État congolais. Les deux présidents se sont rencontrés le 18 août 2026 au State House de Zanzibar, lors d'une visite de travail annoncée pour quarante-huit heures.

La RTNC situe les échanges sur trois terrains : le commerce transfrontalier, la sécurité régionale et les projets d'infrastructures communs au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est. La rencontre visait à " renforcer les relations bilatérales et la coopération régionale entre Kinshasa et Dodoma ", écrit la RTNC. Sa dépêche ne rapporte aucune citation des deux chefs d'État.

Le contenu concret de cette relation porte un nom, le corridor de Dar es Salaam, et les statistiques portuaires tanzaniennes en donnent la mesure. L'autorité portuaire l'écrit ainsi : " le fret à destination ou en provenance de la RDC par les ports de Dar es Salaam et de Tanga est passé de 4 180 902 tonnes en 2024 à 7 239 741 tonnes en 2025 ", soit une hausse de 73,2 % en un an. Le pays a pesé cette année-là 51 % de tout le fret en transit traité par les ports tanzaniens, dont le total est monté à 14 250 087 tonnes contre 9 187 061 l'année précédente.

Un corridor transporte, il ne transforme pas

L'exercice 2025/26 confirme la tendance. Le port de Dar es Salaam a traité 33,71 millions de tonnes, en hausse de 21,5 %, dont 7,77 millions pour la RDC, en hausse de 30 %, soit 53 % du transit. La Zambie recule de 5 % à 3,41 millions de tonnes, le Rwanda progresse de 24 % à 2,18 millions. " La forte hausse du fret à destination de la RDC contraste avec les baisses enregistrées sur certains autres marchés, ce qui souligne l'importance croissante du corridor commercial congolais ", relève le directeur du port, Abed Gallus.

Ces tonnages mesurent un mouvement, pas une valeur ajoutée. Ils comptent ensemble ce qui entre et ce qui sort, et la statistique publiée ne distingue pas la part minière. Un corridor relie un site de production à un navire, il ne dit rien de l'endroit où le minerai est raffiné.

C'est là que la phrase de Zanzibar se laisse vérifier. La RDC a produit 230 000 tonnes de cobalt en 2025, soit 73 % du total mondial, et 3,2 millions de tonnes de cuivre. Entre 2021 et 2024, les importations américaines de cobalt sont venues de Norvège pour 26 %, de Finlande pour 16 %, du Canada et du Japon pour 14 % chacun. Le premier producteur mondial n'y figure pas, sa production partant vers les raffineries chinoises.

Transformer sur le continent suppose un appareil industriel, et le recensement présenté au Conseil des ministres du 14 août en donne l'état. Il identifie 1 226 unités en 2025, contre 525 en activité en 2017. Kinshasa en compte 264, le Haut-Katanga 188, le Lualaba 101, soit 553 pour trois entités sur vingt-six. Le compte rendu du Conseil écrit que ce trio regroupe " plus de 54,5 % des unités industrielles identifiées ", quand l'addition des trois chiffres donne 45,1 %.

Qui paie

Les investissements engagés sur cet axe portent sur la sortie. La route Kasomeno-Kasenga-Chalwe, montée en concession de vingt-cinq ans et annoncée pour juillet 2027, doit retrancher environ 240 kilomètres entre le Haut-Katanga et le port de Dar es Salaam. Du côté angolais, le corridor de Lobito repose sur une ligne ferroviaire de 1 300 kilomètres dont la capacité doit atteindre 4,6 millions de tonnes.

Deux corridors financés, aucune unité de raffinage annoncée à leurs extrémités congolaises. Le compte rendu du même Conseil du 14 août demande que les hydrocarbures deviennent " un véritable levier d'industrialisation, de création d'emplois ", et constate que 8,3 milliards de dollars de financements extérieurs restaient non décaissés, pour un budget d'équipement exécuté à 0,24 % au 30 avril.

Trois pièces manquent pour juger le partenariat annoncé à Zanzibar : le texte des accords conclus ou reconduits pendant ces quarante-huit heures, la part minière du fret congolais qui transite par la Tanzanie, et le calendrier des unités de transformation que la déclaration présidentielle suppose. Elles sont à réclamer à la Présidence, au ministère du Commerce extérieur et à l'autorité portuaire tanzanienne.

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