Le président Félix Tshisekedi a demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour garantir une rentrée scolaire 2026-2027 " apaisée, effective et inclusive " sur l'ensemble du territoire national. L'instruction a été donnée vendredi 14 août lors du Conseil des ministres, alors que des tensions sociales persistent dans plusieurs provinces.
Le chef de l'État insiste notamment sur le maintien d'un dialogue permanent avec les enseignants, le respect des engagements pris par le gouvernement et la consolidation de la gratuité de l'enseignement primaire. L'objectif affiché est d'obtenir une reprise régulière des cours dès le premier jour.
Les revendications financières toujours sur la table
La volonté présidentielle se heurte cependant à plusieurs contentieux sociaux. Dans certaines provinces éducationnelles, des enseignants menacent de boycotter la rentrée en raison notamment de problèmes liés au paiement de leurs rémunérations. La Première ministre Judith Suminwa a ainsi été chargée de coordonner un dispositif spécial de préparation et d'accompagnement de la rentrée.
Les tensions ne concernent pas uniquement les enseignants. À Mwene-Ditu, des inspecteurs de la province éducationnelle Lomami 2 ont conditionné leur participation aux préparatifs de la rentrée au paiement de plusieurs primes. Ils réclament notamment des primes d'itinérance, de fonction spéciale et spécifique ainsi que des moyens destinés au fonctionnement de leurs services.
Cette situation rappelle une difficulté récurrente du système éducatif congolais : la rentrée scolaire se transforme régulièrement en période de négociation entre le gouvernement et les syndicats. Les revendications portent généralement sur les rémunérations, les enseignants non payés, les primes et les conditions de travail. BETO documentait déjà cette confrontation sociale autour de précédentes rentrées.
Gratuité, guerre et financement : une rentrée à plusieurs défis
À l'équation salariale s'ajoute la nécessité de consolider la gratuité de l'enseignement primaire. Cette politique a considérablement accru la fréquentation scolaire, mais elle exige en retour davantage d'enseignants, de salles de classe, d'équipements et de moyens de fonctionnement. Le gouvernement doit donc préserver cet acquis tout en répondant aux revendications des professionnels du secteur.
La modernisation du système éducatif constitue un autre chantier. En juin, le gouvernement avait notamment examiné la Politique nationale des technologies de l'information et de la communication pour l'éducation et la formation. BETO expliquait alors comment le numérique devait progressivement s'institutionnaliser dans le système éducatif congolais.
La rentrée sera encore plus complexe dans les provinces touchées par la guerre. Félix Tshisekedi a demandé qu'une attention particulière soit accordée aux enfants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment aux déplacés et à ceux vivant dans les zones affectées par le conflit. Le dispositif gouvernemental devra donc intégrer simultanément les contraintes financières, sociales, sanitaires, sécuritaires et de mobilité.
L'instruction présidentielle place ainsi le gouvernement devant une obligation de résultat. Garantir une rentrée " apaisée " ne dépendra pas seulement de l'ouverture des écoles le premier jour : il faudra éviter les grèves, honorer suffisamment les engagements sociaux et permettre aux enfants déplacés par la guerre de retrouver eux aussi le chemin de l'école. À quelques semaines de la reprise, la paix scolaire se jouera donc autant dans les salles de classe que dans les arbitrages budgétaires du gouvernement.
Odon Bakumba
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