Kabingo est un village du Lulenge, à environ huit kilomètres au sud du centre de Minembwe, sur une route locale. Les 6 et 7 août 2026, des combattants du Twirwaneho et du RED-Tabara s'y sont affrontés à des troupes du M23, et non à l'armée congolaise. Le Congo War Security Review publié le 7 août par Critical Threats situe l'épisode dans au moins quatre villages du Lulenge, dont Kabingo, et le qualifie de différend interne à la coalition. L'information provient de sources congolaises proches du gouvernement. Aucun motif n'y est donné, et aucun bilan indépendant n'a été établi.

Le motif qui circule est plus précis, mais il ne repose pas sur un document. Daniel Michombero, journaliste que Critical Threats décrit comme proche du gouvernement congolais, a rapporté le 7 août sur les réseaux sociaux des propos qu'il attribue à l'administrateur du territoire de Fizi, Samy Kalonji Badibanga, imputant la querelle au partage inégal de bétail pillé lors des offensives des semaines précédentes. L'administrateur n'a publié aucun communiqué écrit sur ce point.

Le Twirwaneho divisé depuis juin, entre reddition et poursuite du combat

La fracture, elle, était documentée avant le 6 août. Le 18 juin, dans un commentaire d'expert publié par ACLED, John Ngono, responsable de recherche pour l'Afrique du Nord et de l'Ouest, relevait des divisions à l'intérieur des factions du Twirwaneho : certains combattants penchaient pour une reddition au gouvernement congolais, d'autres pour la poursuite du combat, ce qui avait déjà provoqué des affrontements. La même note situait le contexte militaire du moment, les FARDC et leurs alliés ayant bombardé et reconquis plusieurs positions clés des hauts plateaux du Sud-Kivu.

L'architecture de la coalition adverse explique la répartition des rôles. L'Alliance Fleuve Congo a été formée le 15 décembre 2023. Le M23 y fournit le plus gros contingent de combattants et en occupe les postes de direction, et la structure a été conçue pour agréger d'autres acteurs, dont plusieurs groupes banyamulenge et des mouvements rebelles burundais. Le 7 juillet, le porte-parole de l'opération Sukola 2 Sud-Kivu, le lieutenant Reagan Mbuyi Kalonji, énumérait la composition de la force qui lui faisait face : AFC/M23, Twirwaneho, forces rwandaises et Red Tabara. Le même jour, le lieutenant Reagan Mbuyi Kalonji annonçait que " les positions stratégiques de Kimete, Wihene et Kashamata ont été reprises par l'armée loyaliste ". La veille, la coalition AFC/M23-Twirwaneho avait revendiqué Point Zéro, position que la coalition situe sur la route RP527 et qui commande les axes vers Minembwe, Mikenge, Mwenga et Fizi. Ces revendications émanaient des groupes armés et n'ont pas été confirmées par l'état-major congolais. Critical Threats situe pour sa part la prise de Point Zéro au 4 juillet et décrit la position comme une colline à une vingtaine de kilomètres à l'est de Minembwe. BETO a reconstitué cette séquence fin juillet.

Ce sont les groupes locaux qui tiennent le relief et fournissent les premières lignes. Selon ACLED, le Twirwaneho et le RED-Tabara ont eux-mêmes employé des drones contre l'armée congolaise et ses alliés, malgré un appui réduit du M23.

Soixante kilos d'or de l'Est, escortés jusqu'à Kigali

Le 25 juin 2026, le département du Trésor des États-Unis a sanctionné la raffinerie Gasabo Gold Refinery LTD, installée à Kigali, son président Jean Malic Kalima et son directeur général Bosco Kayobotsi, ainsi que trois sociétés minières rwandaises, Bugambira Mines, Wolfram Mining and Processing et Rwinkwavu Mining Corporation. Le communiqué décrit la chaîne maillon par maillon. Au début de 2026, au moins soixante kilos d'or, représentant plusieurs millions de dollars, ont été acheminés de l'est de la RDC vers Gasabo Gold. Des soldats des forces rwandaises et des combattants du M23 ont assuré le transport sécurisé de cet or depuis les zones tenues par le M23 jusqu'au district de Rusizi, au Rwanda, de l'autre côté de la frontière de Bukavu, par la route ou par les airs. À l'arrivée, des personnels des forces rwandaises et du M23 remettaient le métal aux employés de la raffinerie, qui entamait immédiatement l'affinage.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a notamment déclaré : " La richesse minérale de la République démocratique du Congo appartient de droit au peuple congolais. "

Le même communiqué rappelle l'effondrement, en mars 2026, d'un puits de la mine de coltan de Rubaya, tenue par le M23, qui a tué plus de deux cents personnes, dont des enfants. La chaîne du coltan de Rubaya, BETO l'a documentée bout à bout : une production estimée par le Groupe d'experts de l'ONU à environ cent vingt tonnes par mois en 2024, et, selon Global Witness, sept sociétés qui assurent 85 % des exportations rwandaises de coltan.

Six localités vidées, un million et demi de déplacés dans la province

Le 9 juillet, sur Radio Okapi, Samy Kalonji Badibanga décrivait des bombardements aériens de la veille : " Les avions de chasse de l'armée de l'air du Rwanda ont une fois de plus bombardé les agglomérations de Rugezi, Mulima, Point Zéro, Kazaroho, Bilalo Mbili et Mikenge, causant d'énormes dégâts matériels et humains, ce mercredi 8 juillet 2026. " Un bombardement signalé à Mulima le week-end précédent avait tué environ seize civils et blessé douze autres, selon la nouvelle dynamique de la société civile, antenne de Fizi. Les déplacés ne rentraient pas, par crainte d'être pris pour cibles.

Trois semaines plus tard, le 31 juillet, les habitants de six localités dormaient en brousse depuis le 24 juillet : Mulima, Point Zéro et Rugezi dans le territoire de Fizi, Kipupu, Mikenge et Kiseke dans celui de Mwenga. Kipupu, chef-lieu du secteur d'Itombwe, était passé sous contrôle de l'AFC/M23 le 10 juillet avant d'être repris le 14 par l'armée et les Wazalendo. Le Congo War Security Review rapporte que le Twirwaneho se serait emparé de Kipupu, avec jusqu'à cinq villages du secteur d'Itombwe, entre le 25 et le 27 juillet. Le député national élu de Fizi, Nyamangyoku Ishibwela, a décrit la situation à Radio Okapi : " À l'heure où je vous présente cette triste situation, les habitants se trouvent dans la brousse, les blessés n'ont aucun endroit pour se soigner, les enfants meurent de faim et ceux qui persistent dorment à la belle étoile, exposés ainsi aux intempéries et à diverses maladies. "

Aucune institution n'a publié de décompte de cette vague. Au 31 janvier 2026, le Sud-Kivu comptait 1,5 million de déplacés sur les 6,5 millions du pays, et environ 100 000 Congolais avaient franchi la frontière vers le Burundi et la Tanzanie, selon le rapport du Secrétaire général des Nations unies du 19 mars. Aucune institution nationale n'est dédiée aux déplacés internes : l'enveloppe de la loi de finances 2026 qui agrège pensions, retraites et assistance aux déplacés pèse environ 2 % des crédits, et aucun montant n'y est isolable pour les déplacés.

Ceux qui restent vivent sous un régime précis, que Human Rights Watch a décrit dans un communiqué publié le 14 avril 2026. À Minembwe, le sucre et le sel coûtent cinq fois leur prix dans les autres villes du Sud-Kivu. Le Twirwaneho, qui a pris la localité en mars 2025 avec le M23, recrute de force et empêche les civils de partir malgré les attaques, en menaçant les familles de fournir un combattant ou une compensation financière.

Kabingo, où le Twirwaneho et le RED-Tabara ont tiré sur le M23 les 6 et 7 août, est à huit kilomètres au sud de ce centre.

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