La journée du mardi 15 septembre pourrait constituer l'un des principaux tests politiques de cette rentrée en République démocratique du Congo. La Coalition Article 64 (C64) appelle ses militants et sympathisants à manifester à Kinshasa contre toute initiative visant, selon elle, à modifier ou changer la Constitution.
La coalition, qui rassemble plusieurs figures et formations de l'opposition, a notifié les autorités de Kinshasa de son intention d'organiser la manifestation. Son objectif annoncé est de converger vers le Palais du Peuple pour y déposer un mémorandum.
Mais la date choisie n'est pas anodine. Le 15 septembre correspond également à l'ouverture de la session parlementaire, avec l'arrivée attendue au Palais du Peuple des députés, sénateurs, membres du gouvernement et autres personnalités officielles.
Cette superposition transforme une mobilisation politique en une journée particulièrement sensible. Voici les cinq points de tension qui mériteront une attention particulière.
- Le Palais du Peuple, premier point de friction
La principale difficulté tient à la destination annoncée de la mobilisation. La C64 veut faire du Palais du Peuple le point d'aboutissement de son action. Or, le même périmètre accueillera au même moment les cérémonies liées à la rentrée parlementaire.
La présence simultanée de manifestants, parlementaires, responsables politiques, forces de sécurité et éventuellement de militants favorables au pouvoir crée un risque de croisement difficile à gérer.
C'est précisément cette situation qui a poussé Augustin Kabuya à proposer de déplacer l'ouverture de la session parlementaire à 18 heures, afin d'éviter un éventuel accrochage. Cette proposition n'a toutefois pas fait l'unanimité, y compris dans la majorité.
Le premier indicateur à surveiller sera donc la manière dont les autorités organiseront l'accès et le périmètre de sécurité autour du Palais du Peuple.
- Le dispositif policier et les règles d'engagement
Le deuxième enjeu concernera le comportement des forces de l'ordre. La Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) a appelé les autorités à privilégier la prévention et le dialogue avec les organisateurs plutôt qu'une logique de répression. Elle demande également que l'exercice de la liberté de manifestation soit garanti dans le respect de l'ordre public.
La manière dont la Police nationale congolaise sera déployée constituera donc un indicateur majeur : barrages, restrictions de circulation, dispersion éventuelle des rassemblements et conditions d'accès aux itinéraires annoncés.
Toute intervention disproportionnée pourrait rapidement déplacer le débat. Une mobilisation initialement organisée autour de la Constitution deviendrait alors une controverse sur les libertés publiques et l'usage de la force.
À l'inverse, les organisateurs seront eux aussi attendus sur leur capacité à encadrer leurs militants et à maintenir le caractère pacifique annoncé de la manifestation.
- Le risque de violences et de provocations
La CNDH a également signalé avoir été informée de messages circulant sur les réseaux sociaux invitant des personnes à se présenter à la manifestation avec des armes blanches, notamment des machettes.
L'institution n'a cependant pas établi l'authenticité de ces messages ni démontré qu'ils provenaient des organisateurs de la C64. Ils doivent donc être traités avec prudence et ne peuvent être attribués à la coalition sans éléments probants.
Cette circulation de contenus suffit néanmoins à créer un climat de suspicion à la veille de la mobilisation. Le risque ne vient d'ailleurs pas uniquement des manifestants. La présence éventuelle de groupes hostiles à la C64 ou de provocateurs pourrait compliquer le maintien de l'ordre.
Le troisième point à surveiller sera donc la capacité des organisateurs et des autorités à isoler rapidement les comportements violents sans assimiler l'ensemble de la manifestation à leurs auteurs.
- La capacité réelle de mobilisation de la C64
Au-delà de la sécurité, le 15 septembre constitue un test politique pour l'opposition. Depuis plusieurs semaines, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga, Matata Ponyo et leurs alliés multiplient les prises de position contre toute modification de la Constitution.
Mais une coalition de dirigeants politiques ne signifie pas automatiquement une coalition capable de mobiliser la rue. Le nombre de manifestants, leur provenance, leur répartition dans Kinshasa et leur capacité à rejoindre les points de rassemblement permettront de mesurer le poids populaire réel de la C64.
Une mobilisation importante renforcerait la coalition dans son bras de fer politique avec le pouvoir. À l'inverse, une faible participation donnerait à ses adversaires un argument pour relativiser sa capacité à transformer son discours en mouvement populaire. Le 15 septembre sera ainsi autant un test pour le pouvoir qu'un test pour l'opposition elle-même.
- L'extension de la mobilisation aux provinces
Enfin, la journée ne se jouera pas uniquement à Kinshasa. La C64 veut donner une dimension nationale à sa mobilisation. Mais les réponses des autorités provinciales ne sont pas uniformes. À Lubumbashi, notamment, les autorités urbaines ont opposé une fin de non-recevoir à la manifestation annoncée.
Des tensions ont également précédé le rendez-vous dans d'autres villes. À Kindu, la coalition a dénoncé l'arrestation de plusieurs de ses militants lors d'activités de sensibilisation.
La capacité de la C64 à mobiliser simultanément dans plusieurs provinces permettra donc de déterminer si le mouvement du 15 septembre constitue essentiellement une démonstration kinoise ou une mobilisation véritablement nationale.
Les éventuelles interdictions, arrestations ou incidents en province devront, eux aussi, être documentés séparément et confrontés aux versions des autorités locales.
Une journée à double enjeu
Le 15 septembre se jouera finalement sur deux terrains. Pour la C64, l'objectif sera de démontrer qu'elle peut transformer son alliance politique et son opposition à une éventuelle modification constitutionnelle en force de mobilisation populaire.
Pour les autorités, l'enjeu sera de protéger les institutions et de maintenir l'ordre tout en garantissant l'exercice des libertés publiques. Entre les deux, le Palais du Peuple constituera le point le plus sensible. La manière dont seront gérés ses accès, les itinéraires des manifestants et le déploiement policier pourrait déterminer le visage de toute la journée.
Le véritable bilan du 15 septembre ne se mesurera donc pas uniquement au nombre de personnes descendues dans la rue. Il dépendra aussi de la capacité de chaque camp à éviter que le rapport de force politique ne se transforme en confrontation physique.
Odon Bakumba
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