Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme a documenté 2 996 violations et atteintes aux droits humains en République démocratique du Congo entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, affectant 6 189 victimes. Le nombre de violations recule de 10 % par rapport au semestre précédent, mais progresse de 8 % par rapport à la même période de 2025. Le BCNUDH prend lui-même soin de désamorcer la lecture optimiste de ce recul.
" Cette évolution ne traduit pas nécessairement une amélioration, notamment en raison des limites rencontrées dans la documentation et le rapportage des incidents ", écrit le Bureau conjoint dans son communiqué. La phrase est rare dans ce type de document : l'institution qui publie le chiffre avertit qu'il mesure peut-être sa propre capacité à compter autant que la réalité qu'il décrit.
Les deux pourcentages donnent, par le calcul, l'ordre de grandeur des semestres précédents. Un recul de 10 % place le second semestre 2025 autour de 3 330 violations, et une hausse de 8 % situe le premier semestre 2025 autour de 2 774. La série n'est donc pas orientée à la baisse : elle est revenue au-dessus de son niveau d'il y a un an après un pic.
Rapporté aux victimes, le semestre donne une moyenne de 2,1 personnes affectées par violation documentée.
Là où les violations se concentrent
Les provinces touchées par les conflits comptent 2 607 violations et atteintes pour 5 032 victimes, soit 87 % des faits documentés et 81 % des personnes affectées.
Le Bureau conjoint y décrit la poursuite des affrontements et des efforts d'expansion territoriale de l'AFC/M23, et il tire un constat qui contredit la lecture des retraits comme un apaisement : " Son retrait d'Uvira, puis de la plaine de la Ruzizi, n'a pas amélioré la protection des civils, en raison notamment d'actes de représailles, de nouveaux déplacements de populations et de l'intensification des hostilités dans les hauts plateaux. "
Ce sont ces hauts plateaux où 99 % des besoins humanitaires ne sont pas couverts, et ce sont ces déplacements que la société civile a comptés à Masisi, avec seize villages vidés de leurs habitants en quatre semaines.
Les ADF, 230 atteintes pour 1 064 victimes
Le chiffre le plus révélateur du communiqué se lit en le divisant. En Ituri et au Nord-Kivu, le Bureau conjoint attribue aux ADF 230 atteintes ayant affecté 1 064 victimes.
Ces 230 atteintes représentent moins de 9 % des faits documentés dans les provinces en conflit, mais 21 % des victimes qui y ont été recensées. Autrement dit 4,6 victimes par atteinte, contre 2,1 en moyenne nationale. Chaque incident attribué aux ADF frappe en moyenne deux fois plus de personnes que les autres.
Le terrain dit la même chose autrement : 43 civils tués en six jours à Mambasa et Irumu début septembre, et plus de 2 400 civils tués en deux ans dans le seul secteur de Bapere, selon la société civile.
Écoles, hôpitaux et sites protégés
Le Bureau conjoint a documenté 31 violations du droit international humanitaire, notamment des attaques contre des écoles, des hôpitaux, des personnes et des sites protégés. Ces attaques ont compromis l'accès des populations aux services essentiels.
Le nombre paraît faible à côté des 2 996 violations. Il relève d'une qualification juridique distincte : ce sont les faits qui engagent le droit de la guerre, et dont découle la responsabilité pénale des commandants.
267 cas de violences sexuelles liées au conflit
Ces 267 cas ont affecté 401 victimes, principalement des femmes et des enfants, et les groupes armés en sont les principaux auteurs. La moyenne est de une victime et demie par cas documenté.
" L'accès des victimes aux soins médicaux, au soutien psychosocial, à l'assistance juridique et à la justice demeure limité ", écrit le Bureau conjoint. La phrase vaut constat d'absence de prise en charge, six mois durant, pour l'essentiel de ces 401 personnes.
Dans les provinces non touchées par le conflit, le Bureau conjoint a documenté 76 violations liées à l'espace civique, affectant 173 victimes. Il a par ailleurs enregistré 60 cas de protection concernant 72 défenseurs des droits humains et journalistes.
C'est le sujet sur lequel les Nations unies avaient alerté à Genève en juillet, et sur lequel Kinshasa avait opposé la priorité de l'Est. Le semestre documenté lui donne un ordre de grandeur : un peu plus d'une douzaine de violations par mois, hors zones de combat.
La riposte Ebola vue sous l'angle des droits
Face à la dix-septième épidémie de maladie à virus Ebola, déclarée le 15 mai 2026, le Bureau conjoint dit avoir plaidé pour une riposte fondée sur les droits humains : accès équitable et sans discrimination aux soins et à l'information, protection du personnel de santé, prévention de la stigmatisation des malades et des communautés touchées, et mesures sanitaires légales, nécessaires et proportionnées.
Cette épidémie est devenue la plus meurtrière de l'histoire du pays, et les centres de traitement du Nord-Kivu affichaient 95,6 % d'occupation au 19 septembre.
L'appui du Bureau conjoint et de la MONUSCO aux juridictions militaires a contribué à l'ouverture d'au moins 169 procédures judiciaires et à la condamnation de 96 personnes.
Le communiqué ne relie pas ces procédures aux 2 996 violations du semestre, et une procédure ouverte aujourd'hui porte souvent sur des faits anciens. La comparaison ne vaut donc que comme ordre de grandeur, et elle est parlante : 96 condamnations pour 2 996 violations documentées, soit une pour trente et une.
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Source : https://beto.cd/bcnudh-2996-violations-droits-humains-premier-semestre-2026-rdc/
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