Le conseiller du président américain pour l'Afrique a donné une cause aux sanctions qui visent l'armée rwandaise depuis le 2 mars. " Les sanctions contre le Rwanda étaient la conséquence directe de l'invasion d'Uvira, juste après l'accord de Washington ", a déclaré Massad Boulos à France 24, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York. " On leur a donné une chance de se retirer, nous avons fait preuve d'une patience extrême mais malheureusement, nous avons dû imposer des sanctions. "
L'essentiel
- Uvira est tombée les 9 et 10 décembre 2025, cinq jours après la signature des accords de Washington pour la paix et la prospérité, le 4 décembre.
- Les sanctions américaines sont arrivées le 2 mars 2026, près de trois mois après la prise de la ville et six semaines après le départ de l'AFC/M23.
- Elles visent les Forces de défense rwandaises comme entité et quatre officiers généraux, sur le fondement d'un décret présidentiel de 2006 modifié en 2014.
- Human Rights Watch a documenté au moins 74 civils tués et environ 200 000 personnes en fuite dans les premiers jours de l'offensive sur Uvira.
- Sur la même antenne, Massad Boulos a indiqué que ces sanctions peuvent être levées.
Ce que Boulos a dit, et où
L'entretien a été diffusé le 25 septembre par France 24, dans l'émission " Tête à tête ", conduite par Marc Perelman et Sophian Aubin, en marge de la 81ᵉ session de l'Assemblée générale. Massad Boulos y est présenté comme l'envoyé pour l'Afrique du président des États-Unis. Il y a aussi défendu les accords de Washington, qu'il décrit comme un simple point de départ, et dit que le processus prendra du temps, une position que BETO a déjà rapportée.
Interrogé sur le retrait des forces rwandaises, il déclare, dans la version anglaise de l'entretien, que Washington dispose désormais de bons indices et qu'il faut leur laisser une chance. Sur les sanctions elles-mêmes, il écarte l'accusation rwandaise de partialité et affirme qu'elles peuvent facilement être levées.
Cinq jours entre la signature et la chute d'Uvira
Le 4 décembre 2025, Félix Tshisekedi et Paul Kagame signaient à Washington, sous la médiation de Donald Trump, les accords de paix et de prospérité. Le texte engage les deux États au respect mutuel de leur intégrité territoriale, au retrait des forces rwandaises du territoire congolais, à la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda par Kinshasa, et installe un mécanisme conjoint de surveillance. Il prolongeait l'accord de paix du 27 juin 2025, qui fixait le retrait rwandais à quatre-vingt-dix jours.
Le 9 décembre au soir, l'AFC/M23 et les forces rwandaises entraient dans Uvira. La ville, deuxième du Sud-Kivu, tombait le lendemain, après une semaine de combats contre l'armée congolaise, des forces burundaises et les Wazalendo. Cinq jours séparent la cérémonie de la Maison-Blanche de la chute de la ville.
Human Rights Watch dénombrait, au 15 décembre, au moins 74 civils tués, 83 blessés, environ 200 000 personnes en fuite et plus de 30 000 passages vers le Burundi. L'organisation a ensuite documenté des exécutions sommaires, des viols et des disparitions forcées pendant l'occupation, qu'elle borne au 10 décembre 2025 et au 17 janvier 2026. Le Groupe d'experts des Nations unies a pour sa part établi que l'offensive avait été commandée par Sultani Makenga et Bernard Byamungu, avec un rôle attribué au général rwandais James Kabarebe.
Ce que les sanctions du 2 mars visent exactement
Le 2 mars 2026, l'Office of Foreign Assets Control du département du Trésor américain a désigné les Forces de défense rwandaises comme entité, et quatre officiers : Vincent Nyakarundi, chef d'état-major de l'armée de terre, Mubarakh Muganga, chef d'état-major général de la Défense, Ruki Karusisi, commandant de la cinquième division d'infanterie, et Stanislas Gashugi, commandant des forces d'opérations spéciales.
Le fondement juridique n'est pas un texte nouveau. C'est le décret présidentiel 13413, modifié par le décret 13671, qui vise les menaces à la paix et à la stabilité en République démocratique du Congo. La mesure gèle les avoirs détenus aux États-Unis et interdit aux personnes américaines toute transaction avec les désignés. Une licence générale a été délivrée dans le même temps pour permettre la liquidation ordonnée des opérations en cours avec l'armée rwandaise.
Le motif retenu par le Trésor ne mentionne pas Uvira. Il vise l'appui opérationnel, l'équipement, la formation et l'assistance au combat fournis à l'AFC/M23, qui ont permis la prise de territoires dans l'est du pays, dont Goma et Bukavu, et l'accès aux ressources minières qui financent le mouvement. " Nous attendons le retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements des Forces de défense rwandaises ", déclarait le secrétaire au Trésor Scott Bessent dans le communiqué du jour.
Trois mois, et six semaines après le départ de la ville
La causalité énoncée par Massad Boulos se heurte à un intervalle. Uvira tombe les 9 et 10 décembre 2025. L'AFC/M23 annonce son retrait de la ville les 16 et 17 décembre, et l'occupation prend fin le 17 janvier 2026. Les sanctions arrivent le 2 mars, soit près de trois mois après la prise et six semaines après le départ du mouvement.
Entre les deux, une étape publique. Le 15 décembre 2025, à Kinshasa, l'ambassadrice des États-Unis Lucy Tamlyn annonçait en conférence de presse que Washington examinait des sanctions pour faire respecter l'accord. Les mesures du 2 mars sont donc venues au terme d'un délai que l'administration américaine présente aujourd'hui comme une patience, et que Kinshasa avait vécu comme une attente.
Ce que Kinshasa et Kigali en ont dit
Le gouvernement rwandais a répondu dès le 3 mars. Il a jugé les mesures unilatérales, leur a reproché de ne viser qu'une seule partie au processus de paix et de dénaturer la réalité sécuritaire dans l'est du Congo, en mettant en avant des frappes de drones et des offensives congolaises, ainsi que la présence des FDLR dans la coalition adverse. Kigali s'est dit engagé dans le retrait de ses forces, à condition que Kinshasa honore son obligation de neutraliser les FDLR.
À Kinshasa, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présenté les sanctions, au conseil des ministres du 6 mars, comme une reconnaissance explicite de l'implication rwandaise, et a rappelé trois exigences : l'arrêt de tout soutien aux groupes armés, le retrait des forces étrangères et le respect de l'intégrité territoriale. Devant l'Assemblée générale, le 23 septembre, elle a opposé à l'argument des FDLR un protocole signé le 30 mai et 120 rapatriements.
Ce qui n'a pas bougé sur le terrain
Le Groupe d'experts des Nations unies évalue entre 14 000 et 18 000 le nombre de soldats rwandais déployés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu à la fin de 2025, avec des rotations et des renforts continus, et sans qu'aucun retrait d'ampleur ait été constaté. L'échéance du 15 juillet 2026, fixée par le secrétaire d'État Marco Rubio pour l'arrêt du soutien à l'AFC/M23 et le départ des forces rwandaises, a expiré sans mouvement, après que Washington eut exigé en juin le retrait total sans plus tarder.
Un second train de mesures est tombé le 25 juin 2026, visant une raffinerie d'or rwandaise et son réseau, pour contrebande de minerais congolais. BETO avait alors mesuré ce que ces désignations atteignent, et ce qu'elles laissent intact : une arme qui coûte, mais qui ne touche pas le flux.
Reste la phrase de New York. Les sanctions que Massad Boulos rattache à Uvira, il dit dans le même entretien qu'elles peuvent facilement être levées. Elles portent sur une armée dont les experts de l'ONU décrivent la présence continue sur le territoire congolais.
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Source : https://beto.cd/boulos-sanctions-armee-rwandaise-prise-uvira-accords-washington/
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