Félix Tshisekedi a dépêché un émissaire à Lomé. Le ministre congolais de l'Intégration régionale, Floribert Anzuluni, a été reçu mardi 29 septembre 2026 par Faure Gnassingbé, médiateur désigné de l'Union africaine pour la crise de l'Est, porteur d'un message spécial du chef de l'État congolais. Il l'a informé de l'état d'avancement du processus de démobilisation des mouvements armés, selon la présidence du Conseil togolaise, qui a rendu compte de l'audience.

L'audience intervient deux mois après l'adoption, à Gaborone, de la feuille de route qui organise la médiation africaine jusqu'à la fin de l'année. Elle permet de faire le point sur un dispositif dont la composition a changé sans que le changement soit toujours enregistré.

Cinq anciens chefs d'État, dont un qui n'était pas là au départ

Le panel de facilitateurs a été créé le 24 mars 2025 par le deuxième sommet conjoint de la Communauté d'Afrique de l'Est et de la Communauté de développement d'Afrique australe. Il comptait alors Olusegun Obasanjo, Uhuru Kenyatta, Kgalema Motlanthe, Catherine Samba-Panza et Sahle-Work Zewde.

La composition n'est plus la même. Les communiqués de l'Union africaine de janvier, février et juillet 2026 nomment cinq facilitateurs : Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria, qui préside ; Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l'Éthiopie, vice-présidente ; Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana ; Uhuru Kenyatta, ancien président du Kenya ; et Catherine Samba-Panza, ancienne présidente de la Centrafrique. L'ancien président sud-africain Kgalema Motlanthe n'y figure plus, et Mokgweetsi Masisi a pris sa place.

Ces cinq ne sont pas le médiateur. Ils travaillent sous l'autorité de Faure Gnassingbé, désigné par l'Union africaine en avril 2025, qui les avait réunis à Lomé dès le mois de mai suivant. Les structures est-africaine, australe et continentale ont fusionné en un mécanisme unique le 1er août 2025.

Ce que la feuille de route de Gaborone engage

Réuni les 25 et 26 juillet 2026 dans la capitale botswanaise, le panel a adopté une feuille de route de six mois couvrant la période de juillet à décembre 2026. Elle compte sept axes de travail : coordination et appui stratégique, analyse politique, questions militaires et sécuritaires, accès humanitaire, dialogue avec les groupes armés, coopération économique régionale et ressources naturelles, société civile et réconciliation.

Le communiqué, rédigé en anglais, précise que ce cadre doit soutenir l'engagement du médiateur auprès des parties et comprend des " field-level engagements ", autrement dit des déplacements sur le terrain. Une seule date y figure : une session d'harmonisation à Arusha, en Tanzanie, avant la fin de l'année.

La feuille de route était elle-même la réponse à un constat que les trois organisations avaient écrit noir sur blanc à Gaborone : les cessez-le-feu qu'elles ont obtenus ne tiennent pas.

Deux mois plus tard, le constat n'a pas changé

Dans sa note de septembre consacrée à la République démocratique du Congo, l'organisation de recherche Security Council Report relève que les accords signés par les parties ne se sont pas traduits par une baisse des hostilités sur le terrain. Le diagnostic de juillet vaut toujours en septembre.

Les deux processus parallèles ont pourtant continué de tourner. À Doha, le gouvernement et l'AFC/M23 se sont retrouvés en Suisse du 17 au 21 août pour évaluer l'exécution des engagements, dont le taux d'exécution s'établissait à 18,6 % treize mois après la signature du cadre. À Washington, le mécanisme conjoint de coordination sécuritaire a tenu sa septième session à Genève les 16 et 17 septembre, sans lever les deux engagements non exécutés.

Le mécanisme élargi de vérification conjointe a mené deux missions, à Minembwe les 24 et 25 août et à Masisi du 10 au 12 septembre. Entre les deux, les combats ont repris sur les axes Walikale et Masisi.

Octobre et décembre, deux échéances

Une conférence trilatérale de planification réunissant la RDC, le Rwanda et les États-Unis est annoncée pour octobre, sur le désarmement, la démobilisation et la réinsertion. C'est précisément l'objet du message que Floribert Anzuluni est allé porter à Lomé.

En décembre, le mandat de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo doit être renouvelé. Kinshasa demande que la surveillance des Forces démocratiques de libération du Rwanda y soit explicitement inscrite. Cent vingt personnes ont été rapatriées au Rwanda le 8 septembre au titre du protocole du 30 mai, et la Première ministre a soutenu devant l'Assemblée générale que la question des FDLR ne saurait plus servir de prétexte au maintien d'une présence militaire étrangère sur le territoire congolais.

Entre les deux, la session d'Arusha. La présidence du Conseil togolaise écrit que le médiateur, depuis le début de sa mission, " multiplie les consultations avec les dirigeants et les acteurs concernés ".

Ce qu'il faudra établir

Quatre éléments manquent et sont établissables auprès du département Paix et Sécurité de l'Union africaine et du bureau du médiateur à Lomé. Le programme des déplacements de terrain prévus par la feuille de route, et notamment s'il inclut des localités que l'AFC/M23 administre en lieu et place de l'État. La date de la session d'Arusha, seule échéance inscrite dans le document. Les moyens financiers et logistiques dont le panel dispose réellement pour ses sept axes. Et le mécanisme par lequel il rend compte publiquement de l'exécution de sa propre feuille de route, à mi-parcours comme à son terme.

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