Depuis l'adresse à la Nation du 27 août, les réactions se multiplient autour du Dialogue national lancé par Félix Tshisekedi. Certains partis de la majorité ont apporté leur soutien, tandis que la Coalition Article 64 a opposé un refus catégorique. Mais au milieu de cette agitation politique, une absence de réaction retient particulièrement l'attention : celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Au 3 septembre, aucune position officielle des évêques catholiques sur l'initiative présidentielle n'a été rendue publique.
D'acteur pivot à simple partie prenante
Ce silence surprend parce que la CENCO, aux côtés de l'Église du Christ au Congo, n'était pas un acteur périphérique du processus. Le 17 juillet, après une rencontre avec le chef de l'État, le cardinal Fridolin Ambongo avait lui-même annoncé que Félix Tshisekedi avait " levé l'option " d'un dialogue entre Congolais. Les deux Églises avaient alors accepté une mission de médiation et poursuivi leurs consultations auprès des forces politiques et sociales. Elles apparaissaient ainsi comme les principales architectes de la concertation nationale. BETO relevait déjà le pari risqué pris par les Églises en acceptant de se placer au centre de la crise politique.
Leur implication avait produit un premier effet concret. À la demande de la CENCO et de l'ECC, la Coalition Article 64 avait reporté sa marche prévue le 22 juillet afin de donner une chance au dialogue. En obtenant cette suspension, les confessions religieuses avaient engagé leur crédibilité auprès d'une opposition méfiante et d'une opinion publique en attente de décrispation. Elles ne peuvent donc être considérées comme de simples observatrices d'un processus dont elles ont contribué à créer les conditions.
Or, l'architecture présentée par Félix Tshisekedi semble avoir replacé l'État au centre du jeu. Le chef de l'État a annoncé deux ordonnances : la première instituera un Comité d'organisation et la seconde convoquera formellement le Dialogue tout en créant une Commission préparatoire. Les confessions religieuses sont citées parmi les composantes appelées à participer aux forums provinciaux, mais aucun rôle de médiation ou de facilitation ne leur est expressément attribué. Même le " Pacte national " devant sanctionner les travaux rappelle le " Pacte social " porté par la CENCO et l'ECC, sans que l'articulation entre les deux initiatives soit clairement établie.
Une réserve stratégique ou un malaise réel
L'absence de réaction des évêques ouvre ainsi la voie à plusieurs interprétations. La CENCO attend-elle la publication des ordonnances avant de se prononcer ? Se concerte-t-elle avec l'ECC afin de préserver l'unité de leur démarche ? Ou son silence traduit-il un malaise devant un processus dont les objectifs reprennent une partie de ses propositions, mais dont la conduite semble désormais lui échapper ? À ce stade, aucune de ces hypothèses ne peut être présentée comme un fait. Mais plus ce silence dure, plus il nourrit les interrogations.
La question de l'inclusivité pourrait également expliquer cette prudence. Félix Tshisekedi a exclu du Dialogue ceux qui combattent l'ordre constitutionnel par les armes, occupent une partie du territoire ou agissent pour le compte d'une puissance étrangère. Une ligne rouge défendable au regard de la souveraineté nationale, mais qui ne correspond pas entièrement à la conception très large du dialogue défendue jusque-là par plusieurs acteurs proches de la démarche CENCO-ECC. La C64 réclame d'ailleurs une médiation indépendante confiée aux deux Églises, alors que celles-ci n'ont pas encore indiqué si elles acceptaient la nouvelle architecture présidentielle.
La CENCO devra donc sortir de sa réserve. Non pour approuver ou condamner mécaniquement l'initiative de Félix Tshisekedi, mais pour préciser si elle demeure médiatrice, simple participante ou porteuse d'une démarche parallèle. Après avoir demandé à l'opposition de suspendre ses actions et invité les Congolais à croire au dialogue, elle ne peut durablement laisser le pouvoir et les partis politiques définir seuls le sens du processus. Dans cette séquence, son silence n'est déjà plus une absence de parole : il est devenu un fait politique.
Odon Bakumba
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