La Haute Cour militaire a entendu le jeudi 3 septembre le réquisitoire de l'auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo dans la seconde affaire visant le lieutenant-général Philémon Yav Irung. Le lieutenant-général Lucien-René Likulia a requis la servitude pénale à perpétuité contre l'officier et son coaccusé, désigné sous le nom de Chauri, pour trahison et participation à un mouvement insurrectionnel, en demandant l'admission de circonstances atténuantes.

Deux réquisitoires de perpétuité en quatre mois

C'est la deuxième fois cette année que la peine maximale est requise contre le même officier. Le 7 mai 2026, dans une première affaire, le même auditeur général avait requis la servitude pénale à perpétuité pour trahison, assortie de vingt ans pour incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir. Cette première cause a été mise en délibéré et son jugement n'a pas été rendu public.

Les deux dossiers procèdent d'une même séquence, ouverte devant la Haute Cour militaire en décembre 2025. La défense, assurée par Me Parfait Kanyanga et Me Carlos Ngwapitshi, avait soutenu au printemps que le dossier reposait sur des rumeurs et qu'aucun territoire n'était tombé sous le commandement de l'officier. La pièce à charge citée à l'audience est un message retrouvé sur le téléphone de l'intéressé, attribué au général rwandais James Kabarebe.

Le 27 août, la Cour avait rejeté les demandes de la défense dans le procès des généraux. L'officier reste détenu.

Du commandement des opérations au banc des accusés

Philémon Yav Irung avait pris ses fonctions comme commandant des opérations au Nord-Kivu. Son arrestation avait été suivie d'une déclaration publique du président Félix Tshisekedi affirmant sa complicité avec le Rwanda, puis de la récupération d'armes lourdes détenues par ses proches. La Haute Cour militaire a ouvert deux affaires de trahison le concernant.

La qualification de trahison relève des articles du code pénal militaire réprimant les atteintes à la sûreté de l'État commises par des militaires. Elle emporte la peine capitale ou la servitude pénale à perpétuité. L'admission de circonstances atténuantes demandée par le ministère public écarte ici la première.

Ce que la procédure ne dit pas encore

Trois éléments manquent au dossier public. La date du délibéré et du prononcé dans la seconde affaire n'a pas été annoncée. L'identité complète et le grade du coaccusé désigné sous le nom de Chauri ne sont pas établis. Enfin, la qualification exacte des faits reprochés dans cette seconde cause, leurs dates et leurs lieux, n'a pas été rendue publique, et l'on ignore si elle recouvre ou non la chute de Goma.

Le jugement de la première affaire, mis en délibéré depuis mai, n'a pas davantage été publié. Un officier général peut ainsi faire l'objet de deux réquisitoires de perpétuité sans qu'aucune décision ne soit intervenue sur le premier.

La justice militaire congolaise juge par ailleurs, en parallèle, une série d'affaires de désertion, de lâcheté devant l'ennemi et de trahison ouvertes depuis la reprise des offensives à l'Est. Trois officiers ont été condamnés à mort à Beni pour désertion, dix-sept militaires jugés à Lubero dont treize condamnés à la peine capitale, quatre-vingt-quatre déférés au Sud-Kivu. Le dossier Yav est le sommet hiérarchique de cette série.

À lire aussi

The post Général Philémon Yav : perpétuité requise une deuxième fois en quatre mois appeared first on BETO.



Source : https://beto.cd/general-philemon-yav-perpetuite-requise-seconde-affaire/