Trois mille trois cent quarante-neuf sites hydroélectriques identifiés, pour un potentiel estimé à 167 200 mégawatts. Ce sont les deux chiffres que la République démocratique du Congo met en ligne ce lundi 21 septembre, avec le lancement officiel par le ministre des Ressources hydrauliques et de l'Électricité, Molendo Sakombi, du portail HYDRO-RDC, plateforme dédiée à la consultation des sites recensés. Cinq jours plus tôt, un arrêté ministériel avait fait de cette carte la condition d'accès à toute concession hydroélectrique.
Ce que pèsent 167 200 mégawatts
Le chiffre ne prend sa mesure que rapporté à ce qui existe. Le site d'Inga, le plus grand du pays, dispose d'une capacité installée de 1 775 mégawatts, selon la Banque africaine de développement, qui évalue par ailleurs le potentiel du seul site d'Inga à environ 40 000 mégawatts. Inga 3, le projet phare du pays, porte sur 4 800 mégawatts.
Autrement dit, la carte mise en ligne annonce l'équivalent de trente-cinq Inga 3, et environ quatre fois le potentiel attribué au site d'Inga lui-même. Ce n'est pas une capacité disponible, ni même financée : c'est un inventaire de sites, dont la plupart n'ont jamais fait l'objet d'une étude de faisabilité. Mais c'est la première fois que ce total est publié sous une forme consultable.
Le portail arrive dans un secteur où les demandes s'accumulent. En cent jours d'activité, l'Autorité de régulation du secteur de l'électricité avait examiné quarante-sept projets susceptibles de mobiliser 2,3 milliards de dollars. Le 1er septembre, le ministre recevait les représentants de Stargate et du groupe belge BESIX autour de la centrale des Portes de l'Enfer, à Kongolo, projetée à 132 mégawatts.
Une carte devenue obligatoire
Le portail n'est pas seulement un outil de promotion. Il est adossé à une règle contraignante, posée par l'arrêté ministériel CAB-M/RHE/ASM/257/2026 signé le 16 septembre à Kinshasa.
Son alinéa 2.1 dispose que " l'octroi de concession et licence dans le domaine de l'hydroélectricité ne se fera que sur la base de la cartographie des sites hydroélectriques de République démocratique du Congo, disponible et mise à jour ". L'alinéa suivant ajoute un second filtre, en soumettant l'octroi à " la planification du secteur reflétée dans le Plan Directeur National d'Electrification ainsi que dans le Plan Directeur d'Electrification Rurale et Périurbaine ".
Deux conditions cumulatives, donc : figurer parmi les 3 349 sites, et entrer dans la planification nationale. Un promoteur qui repérait un site par ses propres moyens et déposait ensuite une demande n'a plus ce chemin.
Ce que le portail doit contenir
L'arrêté décrit HYDRO-RDC comme un " portail unique " permettant " l'accès aux informations techniques des sites identifiés et cartographiés en République démocratique du Congo ". Son article 1er définit l'objet du dispositif : mettre à la disposition du gouvernement, des investisseurs, des développeurs de projets et des autres parties prenantes " un outil moderne d'aide à la décision, permettant d'identifier les sites les plus attractifs pour le développement de l'hydroélectricité sur l'ensemble du territoire national ".
L'article 3 fixe la méthode : identifier et consolider les informations déjà disponibles à partir des différentes bases de données existantes, puis constituer une base de données géographiques centralisée, un système d'information géoréférencé.
Pour les développeurs, c'est la contrepartie de la contrainte. Jusqu'ici, les données techniques sur les sites congolais étaient dispersées entre administrations, études de bailleurs et archives d'opérateurs, chaque porteur de projet devant reconstituer l'information à ses frais.
La carte ne part pas de zéro
Le travail s'appuie sur des inventaires antérieurs. La Banque mondiale a fait produire en mai 2021 un rapport de cartographie des sites hydroélectriques et solaires photovoltaïques potentiels de la RDC, réalisé par le bureau SHER Ingénieurs-Conseils en association avec ARTELIA. La consolidation annoncée par l'arrêté consiste donc d'abord à rassembler et à rendre publiques des données déjà produites.
Le chantier est par ailleurs adossé à un financement existant. Parmi les visas de l'arrêté figure l'accord de crédit et de don conclu le 1er juin 2022 entre la RDC et l'Association internationale de développement, pour financer le Projet d'accès, de gouvernance et de réformes des secteurs de l'électricité et de l'eau, AGREE. La Banque mondiale enregistre ce projet sous la référence P173506, avec la même date de signature, et en confie la mise en uvre au ministère des Ressources hydrauliques et de l'Électricité.
Le texte de référence porte la date de 2025
L'arrêté fonde tout son dispositif sur l'article 47 de l'ordonnance-loi n° 25/025 sur le secteur de l'électricité, qu'il cite trois fois et qu'il date du 5 février 2026.
Dans le registre de l'Autorité de régulation du secteur de l'électricité, qui met ce texte en ligne, la même ordonnance-loi n° 25/025 porte la date du 5 février 2025. Elle modifie et complète la loi n° 14/011 du 17 juin 2014 relative au secteur de l'électricité, déjà modifiée par la loi n° 18/031 du 13 décembre 2018. La numérotation va dans le même sens : un texte enregistré sous le préfixe 25 est un texte de 2025. Le même arrêté désigne d'ailleurs ce texte " ordonnance loi " dans ses considérants et " loi " dans ses articles 1er et 2.
The post HYDRO-RDC : 3 349 sites, 167 200 mégawatts, et une carte désormais obligatoire appeared first on BETO.
Source : https://beto.cd/hydro-rdc-3349-sites-hydroelectriques-167200-megawatts-portail-cartographie/
0 Commentaires