Le gouverneur de Kinshasa a présidé le 31 août une réunion sur un nouveau plan général de circulation. Plus de 200 kilomètres de voiries pourraient être concernés, avec une phase pilote dans la commune de la Gombe et sur l'axe reliant l'aéroport international de N'Djili au centre-ville, selon Top Congo FM. Ce plan viendra s'ajouter à une série. Depuis 1967, la capitale congolaise a été dotée de quatre documents de planification urbaine ou de transport. Aucun n'a été appliqué.

1967 : le plan qui n'a jamais été approuvé

Le premier s'appelle le plan régional de 1967, dit plan Auguste Arsac, du nom de l'architecte qui l'a conduit. Son objet était de maîtriser l'extension de la ville. La zone urbanisable qu'il retenait couvrait 12 000 hectares.

Il n'a jamais été approuvé. " Plutôt qu'un rôle directeur, le plan urbain de 1967 joua simplement un rôle indicatif dans l'orientation morphologique de la ville ", écrit Gulain Amani Mushizi, doctorant en urbanisme à l'Université libre de Bruxelles et enseignant à l'Institut supérieur d'architecture et d'urbanisme de Kinshasa, dans une étude publiée en août 2022.

Huit ans plus tard, en 1975, l'occupation réelle atteignait 20 000 hectares. Le développement de Kinkole et du boulevard Lumumba s'est fait la même année indépendamment du plan.

1975 : le deuxième, non approuvé lui aussi

Le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme a été élaboré en 1975 et 1976 par le Bureau d'études d'aménagement urbain, avec l'appui de la Banque mondiale pour une version ultérieure. Il n'a pas connu un sort différent. " Comme pour le plan Arsac, il ne sera jamais approuvé ", note la même étude.

Les auteurs du plan suivant en ont tiré trois leçons, qu'ils ont écrites : le schéma directeur, " en dépit de sa pertinence, n'avait jamais été approuvé par l'autorité compétente et n'avait donc pas force de loi ", il y avait " le manque des moyens financiers pour exécuter les projets ", et " les faibles capacités du personnel des services en charge de la gestion urbaine ".

2015 : celui qui a été approuvé, et jamais financé

Le Schéma d'orientation stratégique de l'agglomération kinoise a rompu avec ses prédécesseurs sur un point : il a été approuvé. L'édit n° 0004/2015 du 11 août 2015 lui a donné force juridique, après vote de l'Assemblée provinciale.

Financé par l'Agence française de développement et réalisé par le groupement Groupe Huit-Arter, il fixait les lignes directrices de l'organisation de la ville pour quinze ans, jusqu'en 2030. Sur le transport, il retenait la création d'un réseau viaire hyper structurant et le développement de bus à haut niveau de service.

Son coût était chiffré : " L'investissement total nécessaire à la réalisation de ces équipements et infrastructures s'évalue autour de 4 700 millions de USD, soit une moyenne annuelle d'environ 300 millions USD échelonnés sur 15 ans. " Cette somme n'a pas été affectée.

Le constat de l'un des membres de l'équipe d'exécution du schéma, six ans après, est sans détour : " Avant SOSAK égale à après SOSAK. La ville se développe toujours à sa manière indépendamment du plan. " Il relève que le plan n'a pas été pris en compte lors des grands travaux du programme des cent jours, où il fut décidé de construire des sauts-de-mouton pour fluidifier la mobilité, alors que le schéma traitait cette question de manière transversale.

2019 : le plan directeur des transports, en attente d'application

Le quatrième document est le plus directement lié au sujet. Le Plan directeur des transports urbains de la ville de Kinshasa a été remis en avril 2019 par l'Agence japonaise de coopération internationale et le ministère des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction. Il comporte un plan d'aménagement routier, un plan de modernisation du chemin de fer et un développement du système de bus en site propre, à l'horizon 2030.

Six ans plus tard, un membre du gouvernement en réclamait publiquement l'application. " Le gouvernement avait déjà élaboré un plan directeur des transports dans la ville de Kinshasa avec l'Agence japonaise de coopération. Avec la situation des embouteillages monstres qui deviennent un problème épineux, il est urgent de mettre en œuvre ce plan directeur des transports en vue de trouver des pistes de solutions à ce casse-tête devenu récurrent ", déclarait Didier Tenge, ministre délégué chargé de la politique de la ville, en mai 2025.

Le chiffre qui déplace la question

Ce même plan directeur contient une donnée que peu de discussions sur les embouteillages kinois reprennent. Les mesures de trafic conduites par l'équipe japonaise établissent que la capacité théorique d'une route à plusieurs voies est de 1 800 à 2 000 unités de véhicule particulier par voie et par heure. À Kinshasa, les volumes maximums observés étaient de 1 400.

La conclusion du rapport est écrite noir sur blanc : " Cela montre que les capacités de trafic actuelles peuvent être améliorées si une gestion appropriée du trafic est mise en œuvre. "

C'est exactement l'objet d'un plan de circulation. Le diagnostic existe donc depuis sept ans, et il dit que la marge de manœuvre est réelle sans construire un kilomètre de route.

Sur quoi ce plan va s'appliquer

Le réseau, en revanche, est ce qu'il est. Le plan directeur de 2019 chiffre à 3 621 kilomètres la longueur totale des routes de Kinshasa, dont 3 370 kilomètres gérés par l'Office des voiries et drainage, soit 93 %. Le réseau primaire, à plus de quatre voies, ne représente que 69,67 kilomètres, soit 2,1 % du total. Le réseau local en compte 2 685, soit près de 80 %.

Sur la nature des chaussées, le rapport est plus net encore : 11,5 % d'asphalte, 0,5 % de béton, 0,1 % de pavé autobloquant et 88 % de sol. Quatre cinquièmes du réseau géré par l'Office des voiries ne sont pas bitumés.

Le trafic le plus lourd mesuré atteignait 35 749 véhicules en douze heures sur le boulevard du 30 juin. En octobre 2024, le vice-Premier ministre chargé des Transports faisait état de 56 carrefours dont l'engorgement empêche la fluidité.

Ce que la dernière tentative a produit

La circulation à sens unique alterné, expérimentée à partir du 27 octobre 2024, offre le cas d'école le plus récent.

Trois semaines après son lancement, le directeur technique de la Commission nationale de prévention routière en donnait une évaluation favorable. " Dans l'ensemble, nous sommes applaudis à 80 %. Jusque-là la situation est bonne, tout est devenu normal ", déclarait Valère Mfumukani à l'ACP le 3 novembre 2024.

Deux semaines plus tard, le ministre provincial des Transports annonçait un premier retrait. " Nous tendons vers la levée de la mesure de circulation à sens unique alterné sur la route Poids lourd, précisément le soir ", disait Bob Amisso Yoka Lumbila, recevant une pétition portée par la société civile. En décembre, un député provincial de la commune de Kinshasa écrivait au gouverneur pour demander le retrait de la mesure, estimant que cette approche " ne semble pas constituer une thérapie assez adéquate pour remédier à ce problème ".

La mesure a été suspendue le 19 février 2025, avec effet au 25, sur les avenues Nguma, du Tourisme, Mondjiba et Poids-lourds, le temps d'" une évaluation approfondie ". Elle a été réintroduite le 10 mars, exclusivement sur Nguma et du Tourisme. Aucun acte n'a été publié depuis.

Aucun bilan chiffré n'a jamais été rendu public. Ni temps de parcours, ni vitesse moyenne, ni comptage avant et après.

Le transport de masse, toujours annoncé

La gestion du trafic ne remplace pas l'offre de transport. Sur ce terrain, l'année 2026 a produit deux signaux contraires.

En août, la Société de transport au Congo a mis en vente 165 épaves de bus et minibus, destinées à la casse sur place. En mars, au moment de la nomination de nouveaux dirigeants intérimaires à la suite d'allégations de mégestion visant l'ancien comité de gestion, Radio Okapi décrivait un contexte de " carence de bus ".

En mai, le ministère des Travaux publics et Infrastructures annonçait l'accélération du projet Tramway Kinshasa, porté par l'État et un consortium associant Prime Tramways Kinshasa et Power China. Sept lignes intercommunales sont prévues. " Le premier grand signal de cette révolution interviendra dès 2026 avec la signature officielle du contrat, ouvrant la voie à la mise en service du tout premier tramway sur la ligne Gombe-Aéroport de N'djili en 2027 ", indiquait la cellule de communication du ministère.

C'est le même corridor, Gombe-aéroport de N'Djili, que Top Congo FM donne comme périmètre pilote du plan de circulation. Les deux projets sont distincts : l'un organise le trafic existant, l'autre construit une infrastructure nouvelle.

Ce que Beto n'a pas pu vérifier

Le contenu du plan général de circulation en préparation n'est pas public. Le kilométrage et le périmètre pilote rapportés par Top Congo FM ne figurent pas dans le communiqué de l'hôtel de ville tel que restitué par l'ACP, qui ne comporte ni calendrier ni financement. Le nombre de véhicules immatriculés à Kinshasa n'est publié par aucune source officielle. Aucune évaluation du coût économique des embouteillages de Kinshasa signée d'une institution n'a été retrouvée. Le nombre de bus Transco effectivement en circulation n'est pas connu. Beto n'a pas pu établir si le dispositif de mars 2025 sur les avenues Nguma et du Tourisme est encore appliqué.

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Source : https://beto.cd/kinshasa-quatre-plans-circulation-1967-2019-sosak-pdtk/