Une maternité qui disparaît ne coûte pas le prix du bâtiment. Elle coûte des kilomètres. Entre une femme qui entre en travail et le lieu où quelqu'un sait arrêter une hémorragie, il y a désormais, à Mosamba, une distance qui n'existait pas la semaine dernière.

La maternité de cette localité du Kwango a été détruite dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 septembre par de fortes pluies. Les femmes enceintes doivent désormais se rendre dans d'autres structures sanitaires de la région. C'est une phrase administrative. Voici ce qu'elle produit.

Un décès maternel pour 134 naissances vivantes

La troisième Enquête démographique et de santé, menée en 2023 et 2024, établit le ratio de mortalité maternelle en République démocratique du Congo à 746 décès pour 100 000 naissances vivantes sur les sept dernières années, avec un intervalle de confiance de 609 à 882.

Rapporté à l'échelle d'une localité, ce ratio signifie une femme morte pour 134 naissances vivantes. Dans une fourchette de 113 à 164 selon les bornes de l'intervalle. C'est la probabilité de fond, celle qui s'applique quand le dispositif fonctionne comme il fonctionne aujourd'hui.

La même enquête donne les deux chiffres qui expliquent l'essentiel de ce ratio. Au niveau national, 85 % des naissances sont assistées par un prestataire qualifié et 83 % ont lieu dans un établissement de santé. Les 17 % restants sont l'essentiel du risque.

Au Kwango, une naissance sur quatre a déjà lieu hors structure

La province où la maternité de Mosamba vient de disparaître est en dessous de la moyenne nationale. L'enquête y mesure 77 % d'accouchements en établissement de santé, contre 83 % pour l'ensemble du pays. Près d'une naissance sur quatre s'y déroule donc hors d'une structure, contre une sur six ailleurs.

Deux autres données du Kwango pèsent sur ce chiffre. L'indice synthétique de fécondité y atteint 6,3 enfants par femme, l'un des plus élevés du pays : la demande d'accouchements assistés y est mécaniquement supérieure à la moyenne. Et 6 % seulement des femmes en union y utilisent une méthode contraceptive moderne, contre 32,9 % de besoins non satisfaits en planification familiale.

Une province qui fait naître beaucoup, qui accouche déjà moins en structure que la moyenne, et à laquelle on retire une structure.

La distance est le facteur, pas la volonté

Les 23 % de naissances hors établissement au Kwango ne s'expliquent pas par un refus des soins. Ils s'expliquent par le temps qu'il faut pour y arriver. En milieu rural congolais, le transport sanitaire est rare, les routes de terre deviennent impraticables en saison des pluies, et une femme en travail parcourt la distance à pied ou portée.

Or les deux causes principales de décès maternel, l'hémorragie du post-partum et l'éclampsie, se jouent en heures. Ce sont des urgences où le délai décide. Ajouter des kilomètres à un trajet, dans une zone où ce trajet se fait déjà mal, ne réduit pas le confort des parturientes. Cela déplace une part d'entre elles de la colonne des accouchements assistés vers celle des accouchements à domicile, et une part des complications du côté où elles ne sont pas prises en charge.

Le précédent est documenté à quinze cents kilomètres de là

Le mécanisme n'est pas théorique. Nous l'avons établi en Ituri en août : les décès de femmes en couches y ont doublé depuis le début de l'épidémie d'Ebola. Non parce que le virus tue les parturientes, mais parce que les structures qui les accueillaient ont cessé de fonctionner normalement.

La cause du retrait de capacité diffère, une épidémie d'un côté, une nuit de pluie de l'autre. L'effet mesuré est le même. Un service de maternité qui s'arrête produit une surmortalité qui ne porte pas son nom, qui n'apparaît dans aucun bulletin épidémiologique, et que personne ne compte à l'échelle d'un village.

La gratuité de la maternité a trois ans aujourd'hui

Le président de la République a lancé la gratuité de la maternité et de la prise en charge du nouveau-né le 5 septembre 2023 à Kinshasa. Le dispositif couvre les consultations prénatales, les échographies obstétricales, les accouchements normaux et les césariennes, les soins au nouveau-né, la vaccination, les consultations postnatales et les médicaments essentiels. Il a été étendu depuis à d'autres provinces.

Trois ans jour pour jour après ce lancement, la destruction de Mosamba pose la limite de la mesure. La gratuité lève l'obstacle du prix. Elle ne lève pas celui de la distance. Un accouchement gratuit dans une maternité située à plusieurs heures de marche reste, pour la femme qui ne peut pas les faire, un accouchement qui n'aura pas lieu là.

Ce qui s'est passé à Mosamba

Outre la maternité, plusieurs habitations ont été emportées et la résidence du chef de secteur endommagée. De nombreuses familles se retrouvent sans abri. Aucune perte en vies humaines n'a été signalée dans l'épisode lui-même.

Les habitants demandent aux autorités provinciales et nationales ainsi qu'aux organisations humanitaires une assistance d'urgence et la réhabilitation des infrastructures de santé endommagées. Leur demande porte sur deux objets qui ne relèvent pas du même circuit : le secours immédiat aux familles sans abri, qui est de l'action humanitaire, et la reconstruction de la maternité, qui est une ligne d'investissement public.

Aucune autorité provinciale du Kwango ne s'est exprimée publiquement sur l'épisode à ce jour.

Une saison de quatre mois, et deux lignes budgétaires

L'épisode survient à l'ouverture de la saison des pluies dans le sud-ouest du pays. Les mois de septembre à décembre concentrent, année après année, les effondrements de maisons, les érosions et les destructions d'ouvrages dans les provinces du Kwango, du Kwilu et du Kongo-Central. Mosamba est le premier cas de la saison, pas le dernier.

Deux lignes du budget 2026 portent la prévention des catastrophes et la reconstruction des infrastructures détruites : 448 731 762 587 francs congolais pour la fonction protection de l'environnement, soit 0,92 % du budget général, et 280 889 041 639 francs pour la fonction logement et équipements collectifs, soit 0,57 %. Une reconstruction de maternité s'impute sur la seconde.

Pour 2027, l'exercice dont l'avant-projet doit être déposé au Parlement le 15 septembre, la lettre d'orientation budgétaire de la Première ministre place au rang des priorités de santé " la réhabilitation et l'équipement des hôpitaux de référence " et " l'extension progressive de la Couverture Santé Universelle ". Aucun montant n'y est attaché, et aucune enveloppe n'est publiée pour la réponse aux catastrophes naturelles.

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