La République démocratique du Congo mesure 2 345 409 kilomètres carrés. Le Groenland en mesure 2 166 086. Le pays est donc plus grand que la plus grande île du monde de 8 %, soit 179 323 kilomètres carrés, l'équivalent de trois fois le Togo.

Sur une carte de Mercator, le Groenland paraît aussi vaste que le continent africain tout entier, qui est en réalité quatorze fois plus grand que lui. C'est cette distorsion que la République démocratique du Congo a contribué à faire condamner le 4 septembre 2026 à New York, en figurant parmi les coauteurs du texte adopté par l'Assemblée générale des Nations unies.

Cinquante-cinq coauteurs, cinquante-quatre africains

Le document déposé le 4 août 2026 porte la liste de ses auteurs. Elle compte cinquante-cinq États, dont cinquante-quatre du continent, du Maroc à l'Afrique du Sud et de Cabo Verde à la Somalie. Le seul non-africain est les Bahamas.

La République démocratique du Congo y figure, sous ce nom dans la version française du texte et sous " Democratic Republic of the Congo " dans la version anglaise. Elle n'a pas rejoint le texte après coup : elle en est signataire dès le dépôt, un mois avant le vote.

Le texte a été porté et négocié par le Togo au nom du Groupe africain. Son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, l'a présenté en séance : " Cette question dépasse donc le champ strict de la cartographie : elle concerne la justice cognitive, la dignité des peuples, la mémoire historique et la lutte contre les représentations héritées qui influencent encore les perceptions. "

Le vote a donné 164 voix pour, une contre, celle des États-Unis, et six abstentions. La République démocratique du Congo n'a pas pris la parole en séance, et aucune de ses institutions n'a commenté le vote depuis.

Deuxième d'Afrique, onzième du monde

Les 2 345 409 kilomètres carrés du pays le placent au deuxième rang africain, derrière l'Algérie et ses 2 381 740 kilomètres carrés, soit un écart de 36 331 kilomètres carrés, moins de 2 %. À l'échelle mondiale, il occupe le onzième rang, derrière la Russie, le Canada, la Chine, les États-Unis, le Brésil, l'Australie, l'Inde, l'Argentine, le Kazakhstan et l'Algérie.

Rapporté au continent, le pays représente 7,7 % de la superficie africaine. L'Afrique fait 12,9 fois la République démocratique du Congo.

Une précision de méthode s'impose sur le chiffre lui-même. La fiche pays du ministère français des Affaires étrangères, mise à jour le 13 mai 2026, retient 2 345 409 kilomètres carrés. La Banque mondiale retient 2 344 860 kilomètres carrés pour la même année de référence. L'écart, 549 kilomètres carrés, relève des conventions de mesure des plans d'eau intérieurs.

Le pays n'est pas rétréci, il est le seul à ne pas être agrandi

La formulation courante veut que Mercator " rapetisse " l'Afrique. Ce n'est pas exact, et le cas congolais le montre mieux que tout autre.

La projection de Mercator, publiée en 1569, conserve les angles au prix des surfaces. Le facteur d'agrandissement des superficies vaut l'inverse du carré du cosinus de la latitude. Il vaut donc 1 à l'équateur, 2 à 45 degrés, 4 à 60 degrés, 8,55 à 70 degrés et 67 à 83 degrés.

La République démocratique du Congo s'étend d'environ 5 degrés 20 minutes nord à 13 degrés 27 minutes sud. Elle est à cheval sur l'équateur, dans la seule bande de latitude où Mercator ne déforme presque rien : son facteur d'agrandissement est compris entre 1 et 1,03.

Le Groenland, lui, s'étend d'environ 60 à 83 degrés nord. Il est agrandi d'un facteur qui passe de 4 à plus de 67 selon qu'on regarde sa pointe sud ou son extrémité nord.

Le pays n'est donc pas réduit. Il est rendu à sa taille réelle pendant que tout ce qui est loin de l'équateur enfle. Visuellement, le résultat est identique : à côté d'un Groenland multiplié par quatre à soixante-sept, un Congo à l'échelle 1 paraît petit.

Le comparatif que le ministre français a choisi

Le jour du vote, à Paris, le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé que son ministère abandonnait Mercator pour ses usages diplomatiques. Il a pris un exemple : " Le Groenland semble presque aussi vaste que l'Afrique, alors que l'Afrique est en réalité environ quatorze fois plus grande. "

Pour donner la mesure réelle du Groenland, il a cité deux pays : la République démocratique du Congo et l'Algérie. Ce sont en effet les deux seuls États du monde dont la superficie encadre celle de la grande île. Le Congo la dépasse de 8 %, l'Algérie de 10 %.

La formulation la plus répandue dans la littérature cartographique va dans le même sens : la superficie réelle du Groenland est comparable à celle de la seule République démocratique du Congo.

Une réserve doit être posée sur ce chiffre. Les 2 166 086 kilomètres carrés du Groenland comprennent la calotte glaciaire, environ 1,76 million de kilomètres carrés. La surface hors glace, celle que retient la Banque mondiale comme superficie du territoire, tombe à 410 450 kilomètres carrés. Rapporté à cette seule surface émergée, le pays est cinq fois et demie plus grand que le Groenland.

Le paragraphe qui engage Kinshasa

Le dispositif du texte compte dix-sept paragraphes. Un seul vise directement les pays dans la situation de la République démocratique du Congo, et il ne parle pas d'image.

Le paragraphe 14 encourage le renforcement des capacités dans les pays en développement, " en particulier les pays d'Afrique, les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral, les petits États insulaires en développement, les pays à revenu intermédiaire et les pays en proie à un conflit ou sortant d'un conflit ". Il énumère les domaines : cartographie, géomatique, géodésie, technologies géospatiales, transfert de technologies et infrastructures nationales d'information géospatiale.

C'est la contrepartie technique de la démarche symbolique. Elle porte sur la capacité d'un État à produire ses propres cartes, à mesurer son propre territoire et à en détenir les données.

Le sujet n'est pas théorique pour Kinshasa. Nous avons décrit ce que coûte à la République démocratique du Congo le fait de ne pas maîtriser ses propres données géologiques dans la compétition sur les minerais critiques. Le deuxième recensement général de la population et de l'habitat, dont le gouvernement mobilise les confessions religieuses, repose lui aussi sur un découpage cartographique national. Et le suivi de la couverture forestière, qui a établi la perte de 559 439 hectares de forêt primaire en 2025, s'appuie sur des données satellitaires produites hors du pays.

Ce que le texte ne fait pas

Une résolution de l'Assemblée générale n'est pas contraignante. Celle-ci encourage, invite, exhorte et préconise. Elle n'interdit pas Mercator, dont elle préserve expressément l'usage pour la navigation maritime et aérienne.

Elle ne fixe aucune date butoir aux États. Ses deux seules échéances portent sur le compte rendu du Secrétaire général et sur l'inscription d'un point à l'ordre du jour de la quatre-vingt-troisième session.

Deux pays ont annoncé des mesures concrètes le jour même : la France pour ses usages diplomatiques, le Togo pour ses supports scolaires de géographie d'ici la fin de l'année 2026. La Banque mondiale avait déjà engagé son basculement en août 2025. Aucune annonce congolaise n'a suivi le vote.

Le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a résumé l'enjeu au lendemain du scrutin : " L'Afrique doit être représentée telle qu'elle est réellement : dans ses vraies dimensions et à sa juste place dans le monde. "

Pour la République démocratique du Congo, ces vraies dimensions tiennent en un chiffre que le vote du 4 septembre remet en circulation : deuxième pays d'Afrique, onzième du monde, plus grand que le Groenland.

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