Invitée à s'exprimer sur la situation dans l'Est de la République démocratique du Congo, Me Néné Bintu Iragi a dressé un tableau particulièrement préoccupant de la situation sécuritaire, humanitaire et des droits humains dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l'Ituri.
" L'Est n'est plus en crise, il est en effondrement ", a déclaré la représentante de la société civile, selon le compte rendu de son intervention. Elle a notamment évoqué les violences contre les civils, les déplacements de populations, les restrictions des libertés ainsi que les difficultés d'accès à l'aide humanitaire.
Des minerais au cur du conflit
Au-delà des affrontements armés, Néné Bintu Iragi a insisté sur la dimension économique de la crise. Elle a dénoncé ce qu'elle présente comme une exploitation illicite des ressources naturelles susceptible d'alimenter les réseaux liés au conflit.
Devant les membres du Conseil de sécurité, elle a appelé à renforcer les mécanismes de traçabilité et d'enquête sur le commerce des minerais issus des zones affectées par les violences.
Elle a également demandé davantage de transparence de la part des entreprises internationales présentes dans les chaînes d'approvisionnement.
Son message est direct : la réponse internationale ne devrait pas se limiter à l'assistance humanitaire, mais également s'attaquer aux mécanismes économiques qui, selon elle, contribuent à prolonger la crise.
Protection des civils et dialogue inclusif
La représentante de la société civile a formulé plusieurs recommandations au Conseil de sécurité. Elle a notamment plaidé pour une protection renforcée des populations civiles, un accès humanitaire sans restriction et une attention particulière aux défenseurs des droits humains exposés aux menaces dans les zones de conflit.
Elle a également appelé à un processus de paix davantage ouvert aux populations directement concernées, avec une participation accrue des femmes, des jeunes et des organisations de la société civile.
Sur le plan économique, elle a demandé un soutien accru aux initiatives locales portées notamment par les femmes, les jeunes et les agriculteurs, estimant que le développement d'activités génératrices de revenus peut contribuer à réduire la vulnérabilité des jeunes face au recrutement par les groupes armés.
Une tribune internationale pour le Sud-Kivu
Cette intervention constitue un moment particulier pour Me Néné Bintu Iragi, avocate et figure de la société civile du Sud-Kivu. Son engagement en faveur des droits humains avait déjà été distingué en 2025 par le Prix international Daniele Po, qui récompense des engagements en faveur des droits humains et de la construction d'une culture de paix.
Sa prise de parole intervient alors que le Conseil de sécurité examinait précisément, ce 29 septembre, la situation en République démocratique du Congo.
Selon le programme officiel des Nations unies, une réunion consacrée à la RDC s'est tenue mardi, avec notamment un briefing sur la situation dans le pays et le travail de la MONUSCO.
De Bukavu à Goma, en passant par les territoires affectés par les violences, cette intervention aura ainsi permis de porter jusque dans la salle du Conseil de sécurité des préoccupations longtemps exprimées au niveau local.
Pour la société civile congolaise, l'enjeu ne se résume toutefois pas à être entendue. Il consiste désormais à voir les appels lancés à New York se traduire en mesures concrètes sur le terrain : protection des civils, accès humanitaire, lutte contre l'exploitation illicite des ressources et implication réelle des communautés dans la recherche de la paix.
À New York, Néné Bintu Iragi a donc parlé du Kivu. Reste désormais à savoir jusqu'où cette parole sera suivie d'effets.
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