L'agence américaine de commerce et de développement a signé le 23 septembre, à New York, un accord avec Buenassa Resources S.A. pour financer une étude de préfaisabilité sur une raffinerie de cuivre et de cobalt dans la province du Lualaba. L'annonce a été relayée à Kinshasa par l'ambassade des États-Unis. Le premier objet de cette étude, selon le communiqué de l'agence, est d'évaluer les fournisseurs de matière première.
L'accord porte sur une étude de préfaisabilité, pas sur la construction. Le montant de la subvention n'est pas publié, et le prestataire qui réalisera l'étude n'est pas désigné. Le projet de raffinerie de Buenassa était annoncé, en mai 2024, comme opérationnel d'ici fin 2027, pour 30 000 tonnes de cathodes de cuivre et 5 000 tonnes de cobalt par an.
L'État congolais détient 10 % du capital de la société depuis juin 2025, et a versé 3,5 millions de dollars par le Fonds de promotion de l'industrie. Le régime de quotas de l'ARECOMS exclut du dispositif les raffineries sans activité minière, et prévoit le retrait du quota des entreprises qui traitent du cobalt de tiers.
La RDC raffine déjà son cuivre sur place, 2,8 millions de tonnes en 2025 selon l'institut géologique américain. Son cobalt, lui, part en hydroxyde, et 79 % du cobalt raffiné dans le monde l'est en Chine.
Ce que finance l'agence américaine, et ce que l'étude doit établir
La U.S. Trade and Development Agency ne construit pas. Elle finance le travail technique en amont, celui qui doit permettre à un projet d'aller chercher son financement et, au passage, ouvrir un marché aux fournisseurs américains. Son communiqué du 23 septembre décrit trois tâches pour l'étude : évaluer les fournisseurs de matière première, établir les spécifications de conception technique, et fixer les paramètres économiques et financiers du développement de la raffinerie.
" Le cuivre et le cobalt sont deux des minerais les plus vitaux pour que les États-Unis restent un leader mondial dans les secteurs de la technologie et de la défense ", déclare dans ce communiqué Thomas R. Hardy, directeur adjoint de l'agence. " En nous associant à Buenassa, nous élargissons l'accès des entreprises américaines aux chaînes d'approvisionnement en minerais critiques. "
Le ministre d'État à l'Industrie Justin Kalumba y est cité sur l'ambition congolaise de devenir un centre mondial de transformation des minerais, et présente la raffinerie comme une réponse concrète à cette ambition, ancrée sur le corridor de Lobito. Eddy Kioni, fondateur et directeur général de Buenassa, s'y dit fier d'être la première société congolaise privée à porter une raffinerie de cuivre et de cobalt de niveau mondial.
Au 28 septembre, l'appel à propositions destiné à recruter le cabinet qui réalisera l'étude n'était pas encore publié sur le portail de l'agence, où trois autres opportunités étaient ouvertes, dont l'électrification du corridor de Lobito côté angolais.
Quatre annonces en trois ans, et la même raffinerie
Le projet n'est pas neuf. En septembre 2023, Bloomberg le décrivait déjà : une raffinerie de 350 millions de dollars portée par une société congolaise privée détenue par Eddy Kioni, conseillée par le cabinet washingtonien Delphos International, en partenariat avec l'Entreprise générale du cobalt, avec une production initiale de 30 000 tonnes de cathodes de cuivre et 5 000 tonnes d'hydroxyde de cobalt par an.
En mai 2024, au Katanga Business Meeting, la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique annonçait une subvention de 3,5 millions de dollars du gouvernement congolais, via le Fonds de promotion de l'industrie, comme première tranche de la facilité de préparation du projet. Le document donnait la même capacité, situait l'usine dans la zone économique spéciale RDC-Zambie au Lualaba, et fixait la mise en service à fin 2027.
En juin 2025, l'État congolais est entré au capital de Buenassa Resources à hauteur de 10 %. En septembre 2025, la société signait avec le négociant américain Hartree Partners un accord portant sur la construction de cette raffinerie. Un an plus tard, l'étape annoncée est une étude de préfaisabilité.
Une divergence traverse ces documents et elle n'est pas de détail. Bloomberg écrivait hydroxyde de cobalt, un intermédiaire que la RDC produit déjà en quantité. La Commission économique pour l'Afrique écrivait sulfate de cobalt, un produit raffiné qui ne l'est pas sur le territoire congolais. Le communiqué de l'agence américaine ne tranche pas : il parle de raffinerie, sans préciser le produit fini.
La question que l'étude pose en premier : d'où viendra la matière
Un raffineur sans mine achète sa matière à d'autres. C'est le modèle de Buenassa, et c'est le premier point que l'étude doit examiner. Or le cadre congolais des exportations de cobalt, tel qu'il a été refondu en 2025, traite ce cas de figure de front.
Après la suspension totale des exportations décidée le 22 février 2025 par l'Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques, prolongée jusqu'au 15 octobre, un régime de quotas a pris le relais le 16 octobre 2025. La base des politiques de l'Agence internationale de l'énergie, qui restitue la décision n° 004/2025, indique que ce régime exclut les entreprises exploitant une raffinerie sans activité minière, et que l'autorité peut retirer son quota à une entreprise qui traite du cobalt appartenant à des tiers. Elle garde aussi la main sur un quota stratégique de 9 600 tonnes réservé aux projets d'intérêt national.
Kinshasa a montré qu'elle pouvait orienter ces volumes : en juin 2026, elle a confisqué les quotas non utilisés pour les rediriger vers la transformation locale. La question posée à l'étude n'est donc pas seulement technique. Elle est réglementaire, et la réponse appartient à l'État congolais.
Le cuivre se raffine ici, le cobalt part ailleurs
L'asymétrie est documentée. Pour le cuivre, l'institut géologique américain porte la production de raffinerie en RDC à 2 560 000 tonnes en 2024 et l'estime à 2 800 000 tonnes en 2025 : le métal rouge sort déjà du pays en cathodes. Pour le cobalt, la RDC a produit 230 000 tonnes en 2025 sur 310 000 dans le monde, mais l'institut note que la Chine demeure le premier producteur mondial de cobalt raffiné.
Le Cobalt Institute chiffre cette position : 79 % du cobalt raffiné dans le monde l'est en Chine, et 72 % du cobalt extrait en RDC en 2025 provenait d'actifs à majorité chinoise, dont 117 500 tonnes pour le seul groupe CMOC, soit 39,5 % de la production mondiale. C'est ce trou que la raffinerie prétend combler, et c'est celui que BETO décrivait en juillet en constatant que le pays reste, pour ce métal, un comptoir minier.
Ce que Washington met dans la balance
L'annonce s'inscrit dans une séquence. La veille, le 22 septembre, la même agence finançait une étude de faisabilité sur l'extension de la production hydroélectrique et la modernisation des réseaux de distribution au Lualaba et dans le nord-ouest de la Zambie, au bénéfice des opérations minières. En décembre 2025, la société américaine de financement du développement avait signé une lettre d'intention pour une coentreprise avec la Gécamines et Mercuria sur la commercialisation des minerais, et une autre portant sur la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, pour un montant pouvant atteindre un milliard de dollars. Le même mois, Kinshasa et Washington signaient un accord de partenariat stratégique.
Le corridor de Lobito est la pièce qui relie tout cela, et Kinshasa a rappelé cette semaine qu'un rail allant seulement de la mine au port " ne ferait que reproduire le passé ". Une raffinerie posée au bout de ce corridor est précisément ce qui distingue les deux scénarios.
Ni montant, ni prestataire
Le communiqué du 23 septembre ne donne pas le montant de la subvention. Il ne dit pas non plus qui réalisera l'étude, ni sur quelle durée. Le coût total du projet n'a pas été actualisé publiquement depuis les 350 millions de dollars de 2023. Et la raffinerie que la Commission économique pour l'Afrique annonçait opérationnelle d'ici fin 2027 n'a, à ce jour, pas franchi l'étape qui précède la faisabilité.
À lire aussi
The post RDC : la raffinerie de Buenassa, annoncée pour fin 2027, en est à l'étude de préfaisabilité appeared first on BETO.
Source : https://beto.cd/rdc-buenassa-raffinerie-lualaba-ustda-etude-prefaisabilite/
0 Commentaires