En 2025, l'État congolais a encaissé 28 294,8 milliards de francs congolais de recettes et de dons, et dépensé 33 592,6 milliards. Les recettes ont progressé de 7,3 % par rapport à 2024, les dépenses de 16,1 %. L'écart entre les deux courbes s'appelle le solde des opérations financières de l'État, et il s'est établi à moins 5 297,8 milliards de francs congolais. Ces chiffres figurent dans le rapport sur la politique monétaire publié par la Banque centrale du Congo, qui les tire du plan de trésorerie de l'État produit par la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique.
Ils permettent de mesurer ce que la mobilisation des recettes, érigée en axe central de l'action gouvernementale, a effectivement produit, et ce qu'elle n'a pas suffi à couvrir.
Ce que les trois régies ont réellement encaissé
Le détail par administration financière, pour 2025, rapporté aux montants programmés :
- Direction générale des impôts : 16 507,3 milliards de francs congolais réalisés, soit 107,1 % de la programmation et une hausse de 10,3 % sur 2024.
- Direction générale des douanes et accises : 6 857,3 milliards, soit 95,5 % de la programmation et une hausse de 18,7 %.
- Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations : 4 414,9 milliards, soit 97,9 % de la programmation et une hausse de 6,0 %.
- Dons et autres recettes : 515,4 milliards, contre 1 026,5 milliards en 2024.
Le total, 28 294,8 milliards, dépasse de 3,3 % la programmation annuelle de 27 401,2 milliards. La performance de 2024 avait été supérieure : 26 381,3 milliards encaissés pour 24 339,5 milliards programmés, soit 108,4 %. Rapportée non plus à la programmation de trésorerie mais au budget voté, l'exécution 2024 s'établit à 35 524 089 126 272 francs congolais mobilisés sur 44 410 055 921 911 votés, soit 80,0 %. Devant l'Assemblée nationale, en novembre 2025, le ministre des Finances avait présenté ce taux de réalisation de 79,97 % en précisant que les administrations financières " ont mobilisé les recettes internes à 95,45 % des assignations ".
Les dépenses de sécurité ont plus que doublé
Du côté des dépenses, 2025 se lit en un seul chiffre. Les dépenses sécuritaires ont atteint 8 599,1 milliards de francs congolais, soit 145,8 % de ce qui avait été programmé pour l'année, et une progression de 119,2 % sur 2024. Aucune autre ligne ne connaît une telle évolution. Les salaires, deuxième poste, s'établissent à 12 044,0 milliards, soit 89,0 % de la programmation, avec une hausse de 31,4 %. Le total des dépenses, amortissement de la dette compris, atteint 33 592,6 milliards contre 32 829,7 programmés, soit 102,3 %.
L'année 2025 est celle de la prise d'Uvira par l'AFC/M23 en décembre, après celles de Goma et de Bukavu. Le plafond de déficit budgétaire fixé dans le programme conclu avec le Fonds monétaire international a été dépassé d'environ 0,6 point de produit intérieur brut à fin décembre 2025, dépassement que le chef de mission du Fonds a rattaché au coût du conflit dans l'Est.
7 018 milliards de francs congolais d'exonérations
Le rapport sur les dépenses fiscales annexé à la loi de finances 2026 chiffre pour l'exercice 2024 le manque à gagner de l'État au titre des exonérations, régimes dérogatoires et taux réduits : 7 018,4 milliards de francs congolais, soit 3,4 % du produit intérieur brut. C'est l'équivalent de 26,6 % de tout ce que l'État a effectivement encaissé cette année-là.
La répartition est documentée. Par administration : 4 137,4 milliards pour les douanes, 2 638 milliards pour les impôts, 243 milliards pour la DGRAD. Par impôt : 3 005,86 milliards au titre de la taxe sur la valeur ajoutée, soit 43 % du total, 2 294,71 milliards au titre de l'impôt sur les bénéfices et profits, soit 37 %, et 543,1 milliards au titre des droits de douane, soit 8 %. Quatre-vingt-trois pour cent du total provient des régimes dérogatoires, dont 2 243,7 milliards pour le seul Code minier et 836 milliards pour le contrat chinois.
La facture normalisée, deux moratoires et 4 000 dispositifs
La réforme censée fermer l'écart sur la TVA est celle de la facture normalisée. Son architecture juridique est ancienne : l'obligation d'utiliser des dispositifs électroniques fiscaux date des articles 59 ter et 59 quater créés par la loi de finances n° 17/005 du 23 juin 2017, avec une amende de 10 millions de francs congolais pour défaut d'utilisation et, depuis la loi de finances n° 18/025 du 13 décembre 2018, une amende de 5 millions pour corruption délibérée du dispositif, triplée en cas de récidive. Le décret n° 23/10 du 3 mars 2023 en règle les modalités, complété par trois arrêtés ministériels du 23 octobre 2023.
La généralisation a été déclenchée le 1er août 2025 et l'obligation est effective depuis le 1er décembre 2025. Deux tolérances ont suivi. Le ministère des Finances les décrit ainsi : " Alors que le Gouvernement pouvait appliquer immédiatement les sanctions prévues par la loi, un moratoire de deux mois a été accordé à la demande de la FEC. À son terme, de nouvelles harmonisations et clarifications ont été apportées avec les organisations professionnelles, ouvrant une ultime période de trente jours pour permettre aux entreprises de se mettre en règle. " Pour accompagner cette phase, l'État a acquis sur fonds propres 4 000 dispositifs fiscaux.
Le 6 août, à la clôture des cliniques fiscales au Centre culturel de Kinshasa, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi a fermé la séquence. " Avec ces Cliniques fiscales, nous sifflons la fin des moratoires ", a-t-il déclaré. Et, à l'adresse des opérateurs : " Nous connaissons aujourd'hui le niveau des écarts de tout un chacun. Si les sanctions tombent, que personne n'évoque le climat des affaires. "
Quatre mois d'exécution 2026, et zéro sur ressources extérieures
Sur les recettes, le début de l'exercice 2026 tient ses assignations. À la clôture de l'échéance fiscale du 30 avril, la Direction générale des impôts avait mobilisé 3 538 435 459 101 francs congolais contre 3 489 784 592 398 assignés, soit 101,39 %. Les trois régies réunies avaient encaissé 4 754 846 407 615 francs contre 4 635 283 403 191 assignés, soit 102,58 %. Le ministère rattache cette performance à deux mesures : l'institutionnalisation du dialogue pré-déclaratif, consacrée par l'article 18 de la loi de finances 2026, et la neutralité fiscale face aux fluctuations du taux de change, encadrée par l'arrêté ministériel n° 029 du 31 mars 2026, qui oblige les entreprises à déclarer leurs revenus et à imputer leurs acomptes dans la même monnaie que celle de la tenue de leur comptabilité. " Nos encouragements aux femmes et hommes de la Direction générale des impôts pour ces résultats qui vont nous aider à projeter la fin de l'année et à financer les différents projets de développement ", commentait alors le ministre des Finances.
Sur les dépenses, le dernier état de suivi budgétaire mis en ligne par le ministère du Budget, celui de fin avril, donne un tableau différent. Le budget général a été exécuté à hauteur de 7 469,8 milliards de francs congolais contre des prévisions linéaires de 16 323,1 milliards, soit 45,8 %. Sur ressources propres, le taux est de 59,8 %. Sur ressources extérieures, il est de 0,0 %. Les rémunérations sont exécutées à 92,3 %, avec 4 168,5 milliards versés sur 4 517,5 prévus. La rétrocession aux administrations financières, qui finance leur fonctionnement, atteint 284,9 milliards, soit 47 % de la prévision, dont 44,3 % pour les impôts, 54,5 % pour la DGRAD et 43,6 % pour les douanes.
Le déficit, de 5 500 à 1 200 milliards
Réuni le 17 juin sous la présidence de la Première ministre, le comité de conjoncture économique a entendu le ministre des Finances sur la trajectoire de l'année. " Alors qu'un objectif de déficit budgétaire inférieur à 5 500 milliards de francs congolais avait été défini, le Gouvernement a consenti des efforts notables pour contenir ce déficit, lequel pourrait être ramené à environ 1 200 milliards de francs congolais ", a-t-il indiqué, en précisant que " le Gouvernement a déjà financé à hauteur de 50 millions de dollars américains le plan de riposte élaboré par le Ministre de la Santé ".
Le mois d'août a ramené le Trésor à un déficit de trésorerie. La note hebdomadaire de la Banque centrale du Congo pour la semaine du 7 au 14 août attend pour le mois " un déficit de trésorerie de 774,0 milliards de CDF, consécutif à des recettes de l'ordre de 2 274,5 milliards et des dépenses de 3 048,6 milliards ".
Ce que le programme avec le Fonds a décaissé
Le 26 juin, le conseil d'administration du Fonds monétaire international a achevé la troisième revue de la facilité élargie de crédit et la deuxième revue de la facilité pour la résilience et la durabilité. Le décaissement s'est élevé à 348,5 millions de dollars, dont 258,2 millions au titre de la première facilité et 90,3 millions au titre de la seconde. Les deux accords, approuvés le 15 janvier 2025 pour trois ans, portent respectivement sur 1,73 et 1,04 milliard de dollars. À l'issue de la deuxième revue, en décembre 2025, le total décaissé depuis le début du programme approchait 780 millions de dollars.
La mission de revue avait séjourné à Kinshasa du 23 avril au 6 mai. Son chef, Calixte Ahokpossi, en avait tiré un satisfecit assorti d'une réserve : " L'inflation annuelle est restée contenue à 2,5 % ou en deçà depuis octobre 2025, bien en dessous de l'objectif de 7 %, mais pourrait augmenter dans les prochains mois à la suite de la hausse des prix des carburants due aux répercussions du conflit au Moyen-Orient. " Il appelait à une " utilisation transparente et efficace des produits de l'Eurobond " et à des " efforts supplémentaires pour renforcer la transparence et l'efficacité dans l'utilisation plus large des ressources publiques ".
Le 17 juillet, le comité de politique monétaire de la Banque centrale a abaissé le taux directeur de 13,5 % à 12,5 % et le taux de la facilité de prêt marginal de 17,5 % à 16,5 %. Il a relevé une inflation en cumul annuel de 4,8 % à fin juin, contre 2,3 % à fin mars, un taux de change de 2 244,0 francs pour un dollar au marché interbancaire, et des réserves internationales de 8 184,61 millions de dollars, soit 3,12 mois de couverture des importations de biens et services. La note du 14 août porte l'inflation cumulée à 6,3 % et situe le franc à 2 265,56 pour un dollar au taux indicatif.
Entre-temps, du 5 au 10 juillet, la cellule de renseignement financier congolaise a été admise au Groupe Egmont lors de la plénière de Bakou, qui porte à 186 le nombre de ses membres, aux côtés de celles de l'Eswatini, de Madagascar et du Rwanda.
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