Une vache coûtait 500 dollars au marché de Sake. Elle en coûte aujourd'hui 850 à 900, et jusqu'à 1 100. Le prix a doublé au plafond, dans un groupement du territoire de Masisi où le pouvoir d'achat, lui, s'est effondré.

Le bétail est l'un des rares biens dont le prix se lit directement dans une économie de guerre. Il se déplace à pied, il traverse les lignes, il se compte à l'unité. Quand il devient rare, ce n'est pas la demande qui a monté.

De cinq bêtes par jour à une introuvable

Élisabeth Furaha, commerçante au marché de Sake, dans le groupement de Kamuronza, décrit la chute par son propre volume d'abattage : " Avant, j'abattais quatre à cinq vaches par jour. Aujourd'hui, réussir à en trouver une seule est un vrai problème. "

Quatre à cinq bêtes par jour ramenées à moins d'une : le secteur de la boucherie de Sake tourne au ralenti. Les conflits armés ont décimé une partie du cheptel local. Face à la rareté, certains vendeurs se tournent vers les pays voisins pour s'approvisionner.

Un éleveur de la zone déplore que des décennies de travail disparaissent en quelques heures lors des affrontements.

Ce que la hausse représente

De 500 à 875 dollars, prix moyen de la fourchette actuelle, la hausse est de 75 %. De 500 à 1 100 dollars, elle est de 120 %. Aucune période de référence n'est attachée au mot " avant " dans les témoignages recueillis à Sake, ce qui interdit de calculer un rythme annuel.

Le prix d'une bête au marché n'est pas seulement celui de la viande. Dans les hautes terres du Masisi, le bétail est une épargne. Il se vend pour payer une scolarité, une hospitalisation, un déplacement. Une hausse du prix de la vache signifie donc deux choses en même temps : la viande devient inaccessible à l'acheteur, et l'éleveur qui a perdu son troupeau a perdu sa réserve de valeur.

Ce que Sake a connu depuis dix-huit mois

Sake est situé sur l'axe qui relie Goma au territoire de Masisi. La localité est un point de passage et un point d'arrivée des déplacements de population du Nord-Kivu.

Les combats de la fin du mois d'août se sont tenus plus au nord, dans une zone où les affrontements entre Wazalendo et AFC/M23 se répètent depuis des mois : les groupements d'Ufamandu I et II, dans le territoire de Masisi, et Biriko, à la limite du territoire de Walikale. Radio Okapi rapportait le 30 août, en s'appuyant sur des sources locales, que " les groupements d'Ufamandu I et II sont aujourd'hui presque entièrement vidés de leurs populations ".

Le 4 septembre, le chef du groupement de Waloa Loanda, Mafuluko Mwiyanya, décrivait l'arrivée de ces populations dans son groupement : " Toute la population est aujourd'hui en difficulté à cause de l'arrivée massive de déplacés en provenance des groupements d'Ufamandu I et II. " Huit blessés avaient été recensés à Busurungi.

Un cheptel qui disparaît dans les groupements d'altitude et des marchés de plaine qui n'ont plus de bêtes à abattre décrivent le même mouvement, vu de deux endroits.

Deux contraintes sur les mêmes routes

La note de sécurité alimentaire publiée le 31 août 2026 sur la République démocratique du Congo, avec des données arrêtées au 25 août, nomme les deux contraintes qui pèsent simultanément sur les circuits d'approvisionnement de l'Est.

La première est le conflit : " Les conflits continueront de perturber les moyens d'existence, les marchés et les commerces. Ces perturbations devraient accroître les déficits de consommation et le recours des ménages aux stratégies d'adaptation négatives, telles que l'endettement et la vente d'actifs productifs, et entrainer une soudure précoce à partir de septembre. "

La seconde est sanitaire : " Les mesures imposées pour la lutte contre la propagation de cette maladie, notamment les fermetures de frontières et les barrières routières, réduisent les flux transfrontaliers par endroit et la circulation des personnes, fragilisant les systèmes d'échanges. "

Les vendeurs de Sake qui se tournent vers les pays voisins pour s'approvisionner rencontrent donc, sur les mêmes axes, les barrières érigées contre Ebola.

La même note projette le maintien de résultats de crise, phase 3 de la classification intégrée, jusqu'en janvier 2027 dans l'est du pays, et des résultats d'urgence, phase 4, pour les ménages situés à proximité des lignes de front où la mobilité est fortement restreinte.

Un cheptel jamais recensé depuis le début du conflit

Aucun recensement du cheptel du territoire de Masisi n'a été publié depuis le début du conflit. Aucun volume d'abattage n'est tenu à l'échelle du marché de Sake. L'inspection provinciale de l'agriculture, pêche et élevage du Nord-Kivu n'a diffusé aucune série de prix du bétail.

Le prix d'une vache au marché de Sake est, en l'état, le seul indicateur disponible sur l'élevage d'un territoire qui en vivait.

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