Depuis la reprise de cet axe par les forces favorables au gouvernement après le retrait de l'AFC/M23, des usagers dénoncent la présence de multiples points de contrôle tenus notamment par des combattants Wazalendo.

Long d'environ 60 kilomètres, le tronçon reliant Luvungi à Uvira constitue un passage important pour les populations locales, les commerçants, les étudiants et les voyageurs se rendant au Burundi voisin. Mais plusieurs témoignages recueillis par nos confrères de DeboutRDC font état de sommes réclamées aux passagers à différents endroits.

Les montants évoqués varient selon les témoins, avec des paiements pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de francs congolais au cours d'un même trajet.

Des voyageurs affirment également avoir subi des intimidations ou des mauvais traitements lorsqu'ils contestaient ces exigences.

Pour certains habitants, le coût du déplacement a ainsi fortement augmenté.

Un passager affirme qu'un trajet qui lui revenait auparavant à environ 25 000 francs congolais peut désormais lui coûter jusqu'à 100 000 francs, en additionnant les différents prélèvements et frais de transport.

La situation est particulièrement préoccupante pour les personnes qui dépendent de cette route pour leurs activités quotidiennes.

Petits commerçants, familles endeuillées, étudiants, enseignants ou malades doivent, eux aussi, franchir ces différents points de contrôle.

" On ne peut pas sécuriser la population en l'appauvrissant ", déplore Jackson Kalimba, député provincial élu de Bukavu. Selon lui, plusieurs barrières seraient installées sur cet axe par les FARDC et les Wazalendo, avec des sommes réclamées aux passagers.

L'élu affirme avoir saisi le gouverneur du Sud-Kivu, Jean Jacques Purusi afin de demander la suppression des postes où des paiements seraient imposés, tout en maintenant ceux nécessaires à la sécurité.

Des conséquences qui peuvent devenir dramatiques

Au-delà de la question financière, les témoignages font état de conséquences beaucoup plus graves.

Le 4 août 2026, deux nouveau-nés prématurés sont morts alors qu'ils étaient transportés dans une ambulance de l'Hôpital général de référence de Lemera. Selon André Byadunia Mashaka, acteur de la société civile d'Uvira, le véhicule, en provenance de Luvungi, aurait été arrêté à Kigwena par deux hommes présentés comme des Wazalendo.

Une altercation aurait opposé ces derniers au chauffeur, provoquant un retard dans l'acheminement des nourrissons vers Lemera. Les deux enfants sont décédés durant cet incident, selon le récit publié sur les réseaux sociaux et consulté par DeboutRDC.

Une intervention d'éléments des FARDC aurait ensuite permis de maîtriser les deux hommes et de les conduire à Lemera.

Cet épisode, s'il est confirmé par les autorités compétentes, illustre les risques que peuvent représenter des contrôles non coordonnés sur un axe emprunté par des ambulances et d'autres véhicules transportant des personnes vulnérables.

Des combattants qui disent manquer de moyens

Les Wazalendo concernés justifient, pour leur part, l'existence de certains postes par leurs besoins matériels.

Dans une vidéo consultée par DeboutRDC, le général autoproclamé Mzalendo Alexis Mwamba Dunia reconnaît la présence de nombreuses barrières sur la RN5. Il affirme que 19 postes avaient initialement été installés et que 15 auraient ensuite été supprimés.

Il explique que les quatre postes maintenus servent notamment à soutenir plusieurs structures Wazalendo présentes entre Luvungi et Uvira.

Le responsable met également en avant l'absence d'approvisionnement et d'assistance qu'il attribue au gouvernement. Selon lui, après avoir reçu des vivres et d'autres appuis, les combattants ne bénéficieraient plus du même accompagnement.

Cette justification soulève toutefois une question fondamentale : le financement ou la prise en charge des groupes armés engagés aux côtés des forces régulières peut-il être transféré aux voyageurs et aux populations civiles ?

Pour les organisations de la société civile, la réponse est non.

Dans une correspondance adressée au ministre national de la Défense, la structure " Jeunes Nous Pouvons " alerte sur la situation des passagers reliant Uvira à Bukavu.

Elle affirme que des voyageurs seraient contraints de payer plusieurs milliers de francs à certains postes et que des personnes auraient même été bloquées plusieurs jours à Luvungi avant de poursuivre leur route.

La population prise entre sécurité et tracasseries

Le problème dépasse désormais la seule question des barrières. Il touche directement à la capacité des autorités à garantir un déplacement sûr et régulier aux civils dans une zone marquée par des années de conflit.

La présence d'hommes armés à différents endroits de la RN5, l'existence de prélèvements multiples et les accusations de violences contre certains passagers alimentent un sentiment d'abandon chez les habitants.

Les autorités provinciales et nationales sont, pour l'heure, interpellées afin de clarifier le statut de ces postes, leur mission, leur mode de fonctionnement et les éventuels paiements qui y sont exigés.

Dans un contexte où la population d'Uvira et de la plaine de la Ruzizi sort à peine de plusieurs mois de guerre et de déplacements, la multiplication des contraintes sur les routes risque d'aggraver une précarité déjà profonde.

La Constitution congolaise garantit pourtant, à son article 30, le droit de toute personne présente sur le territoire national de circuler librement, d'y établir sa résidence, de quitter le pays et d'y revenir.

Le droit international humanitaire accorde également une protection particulière aux populations civiles dans les situations de conflit.

La sécurisation d'un axe routier ne devrait donc pas se transformer en mécanisme de prélèvement sur les civils. Si des contrôles sont nécessaires pour des raisons de sécurité, ils doivent relever d'une chaîne de commandement clairement établie, respecter les droits des voyageurs et ne pas devenir une source de revenus imposés à une population déjà éprouvée par la guerre.

Sur la RN5, la question n'est plus seulement de savoir combien de barrières séparent Luvungi d'Uvira. Elle est de savoir combien de temps encore les populations civiles devront payer pour avoir simplement le droit de rentrer chez elles, de travailler, d'étudier ou de se faire soigner.

L'article Uvira : sur la RN5, les barrières des Wazalendo transforment les déplacements en épreuve pour les voyageurs est apparu en premier sur Kivu-Avenir.



Source : https://kivuavenir.com/uvira-sur-la-rn5-les-barrieres-des-wazalendo-transforment-les-deplacements-en-epreuve-pour-les-voyageurs/