Les autorités administratives et sanitaires du Nord-Kivu ont interdit le mardi 6 octobre 2026 l'utilisation de l'eau de la rivière Semuliki, dans la commune frontalière de Kasindi-Lubirigha, à environ 90 kilomètres de Beni. Plusieurs carcasses d'hippopotames ont été retrouvées dans le lit du cours d'eau, et les services vétérinaires et d'hygiène attribuent leur mort au charbon bactérien, rapporte Radio Okapi.

Ce que le charbon bactérien fait à une rivière

La mesure ne vise pas une pollution ordinaire. Le charbon bactérien, aussi appelé anthrax, est provoqué par une bactérie, Bacillus anthracis, dont la particularité est de produire des spores.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la décomposition des carcasses libère ces spores, qui peuvent survivre de longues années dans l'eau et dans les sédiments. C'est ce qui distingue cette interdiction d'une mesure de quelques jours : la contamination ne s'évacue pas avec le courant.

La maladie se transmet à l'homme par contact avec un animal infecté ou ses produits, par ingestion, et plus rarement par inhalation. Elle touche d'abord les éleveurs, les bouchers et ceux qui manipulent des carcasses.

Une localité qui n'avait que cette eau

La localité de Kambo dépendait presque exclusivement de la Semuliki pour boire, cuisiner et faire le ménage. Ihunga figure aussi parmi les localités les plus touchées.

La conséquence est immédiate et elle pèse sur les mêmes personnes. Des femmes et des jeunes filles feraient chaque jour six à sept kilomètres aller-retour pour s'approvisionner au centre de Kasindi.

Aucune date de fin n'a été fixée. L'interdiction est présentée comme temporaire, sans que les conditions de sa levée aient été publiées.

Des sources existent, les moyens manquent

L'Association des consommateurs d'eau potable de Kasindi-Lubirigha signale des sources naturelles exploitables sur la chaîne montagneuse qui surplombe la commune.

Elle dit manquer des moyens logistiques et financiers pour étendre son réseau vers Kambo et Ihunga, et demande avec les acteurs locaux des fonds aux autorités provinciales et aux partenaires humanitaires pour accélérer les adductions.

L'écart entre la ressource disponible et le réseau qui la distribue est le problème structurel du pays. La RDC promet 60 % d'accès à l'eau en 2035 sans base chiffrée de départ, et la REGIDESO ne dessert qu'un habitant sur dix à Kindu.

Le risque épidémique en aval

Une population privée de son point d'eau habituel se rabat sur des sources non contrôlées, et c'est ainsi que s'ouvrent les flambées hydriques. Le choléra a déjà tué 3 124 personnes dans seize provinces, selon des décomptes officiels qui ne concordent pas.

Le Nord-Kivu cumule par ailleurs les urgences sanitaires, entre l'épidémie d'Ebola et plus de 33 000 patients pris en charge pour malnutrition entre janvier et août dans les structures soutenues par Médecins sans frontières.

La Semuliki, enfin, n'est pas une rivière intérieure. Elle marque la frontière avec l'Ouganda et traverse un corridor de faune, ce qui pose la question d'une surveillance vétérinaire conjointe entre les deux pays.

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