L'ancien président de la République revient au premier plan sous la bannière d'un mouvement politico-militaire. Annoncée ce lundi 12 octobre à Goma, la création du FRN place Joseph Kabila au sommet d'une structure réunissant notamment Bertrand Bisimwa et Corneille Nangaa. Après avoir dirigé l'État congolais, il assume désormais la direction politique d'un front comprenant des responsables de la rébellion.

Selon l'organigramme transmis à la rédaction, Bertrand Bisimwa occupe la première vice-présidence et Corneille Nangaa la deuxième, tandis que Sultani Makenga est désigné chef d'état-major. Freddy Kaniki assure le secrétariat général, secondé par Benjamin Mbonimpa. Désiré Rukomera devient secrétaire permanent du collège des fondateurs. Le rang exact attribué à Makenga reste à préciser.

Tshisekedi accusait déjà son prédécesseur de soutenir la rébellion

Les accusations de Félix Tshisekedi contre Joseph Kabila remontent notamment au 6 août 2024. Dans un entretien accordé à Top Congo depuis Bruxelles, le président congolais avait accusé son prédécesseur de préparer une insurrection après avoir boycotté le processus électoral de 2023. Il lui attribuait alors un rôle central dans l'Alliance fleuve Congo : " AFC, c'est bien lui ", affirmait-il.

Le 14 février 2025, à Munich, Tshisekedi avait renouvelé ses accusations, présentant Kabila comme le commanditaire d'une opposition armée ayant, selon lui, fomenté avec le Rwanda une entreprise contre la République. " Le vrai commanditaire de cette opposition c'est mon prédécesseur, c'est Joseph Kabila ", avait-il déclaré. Le camp Kabila avait rejeté ces accusations, notamment par la voix de Ferdinand Kambere, cadre du PPRD. La prise de tête du FRN donne aujourd'hui un relief nouveau à cette confrontation, sans établir à elle seule l'ensemble des responsabilités passées alléguées.

Ce retour à la rébellion renvoie aussi aux origines du parcours de Joseph Kabila. En 1996, il avait rejoint l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), menée par son père Laurent-Désiré Kabila contre le régime de Mobutu. Il s'était notamment vu confier la direction des opérations sur l'axe Kisangani. Près de trente ans plus tard, il retrouve le terrain politico-militaire, cette fois à la tête de sa propre structure.

Une appellation sans légitimité constitutionnelle

La qualification de " mouvement politico-militaire " ne confère toutefois aucun statut constitutionnel au FRN. L'article 6 de la Constitution reconnaît le pluralisme politique et encadre l'activité des partis dans le respect de la loi, de l'ordre public et des principes démocratiques. Il ne leur accorde aucun droit à disposer d'une branche armée. La direction politique d'un mouvement ne saurait donc constituer, en elle-même, une justification de son organisation militaire.

L'article 190 interdit explicitement, sous peine de haute trahison, l'organisation de formations militaires, paramilitaires ou de milices privées, ainsi que l'entretien d'une jeunesse armée. L'installation d'un président, de vice-présidents et d'un secrétariat général ne soustrait pas une organisation à cette interdiction. Pour Joseph Kabila, la présidence du FRN marque ainsi un changement de rôle public : l'ancien chef de l'État prend désormais la direction d'une structure politique dotée d'un commandement militaire.

Odon Bakumba

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