Joseph Kabila ne se contente plus de critiquer la gestion de Félix Tshisekedi. Dans son discours du 9 octobre 2026, l'ancien président de la République démocratique du Congo va plus loin. Il affirme qu'il n'y a plus rien à attendre du pouvoir actuel pour résoudre la crise que traverse le pays. Il accuse son successeur de rechercher la soumission plutôt que le dialogue et annonce de prochaines initiatives pour sauver le Congo. À l'écouter attentivement, son discours ressemble à une déclaration de guerre politique.
" Il n'y a rien, mais alors rien du tout à attendre du pouvoir actuel ", déclare Joseph Kabila, après avoir accusé Félix Tshisekedi de ne pas rechercher une solution à la crise, mais " la soumission, sans discussion ni condition de tous ceux qui ne partagent pas ses idées et ses méthodes ".
Ces propos marquent un durcissement de sa position. L'ancien chef de l'État ne se limite plus à dénoncer les insuffisances du gouvernement. Il remet en cause sa capacité à trouver une issue à la crise politique, sécuritaire et économique du pays.
Mais une question se pose : si Joseph Kabila estime qu'il n'y a plus rien à attendre du pouvoir actuel, quelle place reste-t-il au dialogue qu'il réclame ?
L'ancien président annonce des initiatives dans les heures, les jours ou les mois à venir pour sauver le Congo. Mais comment entend-il sauver le pays d'un gouvernement dont il affirme qu'il ne faut plus rien attendre ? Et surtout, comment y parvenir sans écarter ce gouvernement du pouvoir ?
C'est ici que son discours prend toute sa dimension politique.
Joseph Kabila présente Félix Tshisekedi comme le principal obstacle à la résolution de la crise congolaise. Pourtant, son propre bilan à la tête du pays mérite d'être confronté aux accusations qu'il formule aujourd'hui.
L'ancien président a dirigé la RDC de 2001 à 2019, soit dix-huit années au pouvoir. Durant cette période, l'Est du pays n'a jamais été durablement pacifié.
Les accords de Sun City et la transition de 2003 ont permis de mettre fin à la guerre régionale ouverte et d'engager la réunification institutionnelle du pays. Mais ils n'ont pas mis fin aux violences dans l'Est.
Sous Joseph Kabila, le Nord-Kivu a connu la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), puis celle du M23 en 2012. Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), les Forces démocratiques alliées (ADF) et plusieurs groupes Maï-Maï ont également poursuivi leurs activités. Les déplacements de populations, le trafic de minerais et les difficultés de professionnalisation des FARDC sont restés des défis majeurs.
Les relations avec Kigali et Kampala, malgré les accords conclus, n'ont pas non plus permis d'installer une paix durable dans cette partie du pays.
Dès lors, entendre Joseph Kabila se présenter en 2026 comme celui qui aurait légué un pays réunifié, pacifié et une armée engagée vers la professionnalisation appelle une confrontation avec les faits de sa propre présidence.
Car ces dix-huit années ont aussi été marquées par les accusations de corruption structurelle, les tensions politiques et le glissement du calendrier électoral qui a prolongé son maintien au pouvoir au-delà de décembre 2016.
D'où, Joseph Kabila ne peut pas analyser les échecs de son successeur en faisant abstraction des problèmes sécuritaires et institutionnels qui existaient déjà sous son propre régime.
L'autre passage important de son discours concerne l'accord sur les minerais critiques avec les États-Unis.
Joseph Kabila affirme que Félix Tshisekedi aurait tort de croire que cet accord lui garantit le soutien inconditionnel de Washington.
" Il oublie en effet qu'il s'agit d'un accord entre États et que les droits et obligations des parties au terme de pareils accords sont garantis par le principe de la continuité de l'État et non par la pérennité d'un régime en place ", soutient-il.
Ce passage mérite une attention particulière.
En réalité, Joseph Kabila rappelle à Félix Tshisekedi que les États-Unis ne signent pas un accord pour assurer son maintien au pouvoir. Washington défend d'abord ses intérêts stratégiques.
Ces intérêts concernent notamment le cuivre, le cobalt, le lithium et les corridors permettant de sécuriser leur acheminement. Ils s'inscrivent également dans une compétition économique avec la Chine pour l'accès aux minerais critiques.
Autrement dit, dans la lecture que l'on peut faire de ce passage, les Américains ne sont pas engagés pour sauver politiquement Félix Tshisekedi. Ils recherchent un accès sécurisé aux ressources minières congolaises et des conditions permettant leur exploitation et leur exportation.
C'est le message que Joseph Kabila semble vouloir adresser à son successeur : un partenariat stratégique avec Washington ne constitue pas une garantie de survie politique.
Mais ce rappel intervient dans un discours où l'ancien président affirme également qu'il n'y a plus rien à attendre du pouvoir actuel. De ce fait, il annonce, dans les heures, jours et semaines à venir, des initiatives pour sauver le pays.
À ce stade, le dialogue semble perdre sa place dans le raisonnement de l'ancien président. Ce qui se dessine, c'est une logique de rapport de force.
Joseph Kabila ne parle plus seulement de discuter avec Félix Tshisekedi. Il laisse entendre que la solution à la crise ne peut plus venir de lui.
La confrontation politique entre les deux hommes prend alors une autre dimension. Il ne s'agit plus simplement de divergences sur la manière de gouverner, mais de deux positions qui paraissent de plus en plus difficiles à concilier.
En affirmant qu'il n'y a plus rien à attendre du pouvoir et en annonçant des initiatives pour sauver le Congo, Joseph Kabila place la question du maintien de Félix Tshisekedi au centre de son discours, sans annoncer explicitement les moyens par lesquels il entend agir.
En définitive, à écouter Joseph Kabila, le dialogue semble désormais céder la place au rapport de force. Les deux hommes ne paraissent plus envisager la sortie de crise dans les mêmes termes.
Christian Okende
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