Présente à l'Euro-Africa Investment Forum, organisé du 30 septembre au 2 octobre à Bruxelles, la Fédération des entreprises du Congo (FEC) n'a pas seulement présenté les opportunités économiques de la RDC aux investisseurs européens. Son administrateur délégué, Thierry Ngoy, a également exposé les contraintes qui continuent de peser sur les entreprises congolaises. Six domaines ont été mis en avant : les infrastructures, l'accès au financement, la mobilité et les corridors, l'accès aux marchés et aux débouchés, les compétences et services techniques ainsi que la prévisibilité des procédures fiscales, réglementaires et douanières.
Le premier obstacle est celui des infrastructures. Pour une entreprise, produire en RDC implique encore de composer avec les difficultés d'accès à l'électricité, l'état des routes, les coûts logistiques ou certaines insuffisances des infrastructures numériques. Ces contraintes augmentent le coût de production avant même que la marchandise n'arrive sur le marché. Le constat rejoint celui dressé récemment par la FEC : malgré des perspectives de croissance proches de 7 % en 2026, l'économie congolaise reste confrontée à des contraintes structurelles, notamment dans les infrastructures et le cadre fiscal.
Financement, corridors et marchés : produire ne suffit pas
Deuxième obstacle : l'accès au financement. Le sujet a occupé une place importante au forum de Bruxelles, particulièrement pour les PME et les start-up. Pour attirer des capitaux, une entreprise doit pouvoir démontrer la viabilité de son marché, disposer d'un modèle économique solide, présenter un plan financier crédible et établir sa capacité de remboursement. Or l'accès au capital reste précisément l'une des difficultés régulièrement soulevées dans le dialogue entre le gouvernement et le secteur privé congolais. En mai dernier, la Primature reconnaissait déjà que le financement des entreprises figurait parmi les principaux dossiers soumis au cadre de concertation avec la FEC et la COPEMECO.
Le troisième verrou concerne la mobilité et les corridors. Pour les entreprises congolaises, la compétitivité dépend autant du coût de production que du coût nécessaire pour acheminer une marchandise vers Matadi, Lobito, Dar es-Salaam ou Durban. La FEC dénonce notamment depuis plusieurs mois le poids des péages sur le transport routier. Dans la zone Sud-Est, le patronat affirme que les entreprises de droit congolais ne détiennent qu'environ 3 % du marché du transport routier, contre 97 % pour des entreprises utilisant des véhicules immatriculés à l'étranger, une situation qu'il associe notamment au poids cumulé des péages et aux problèmes de compétitivité.
Quatrième obstacle : l'accès aux marchés et aux débouchés. Une entreprise peut disposer d'une usine et produire localement sans nécessairement accéder facilement aux grands marchés intérieurs ou internationaux. C'est précisément l'un des enjeux de la ZLECAf, présentée vendredi à Bruxelles par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, comme une possibilité d'élargir le marché accessible aux industriels africains. Pour Kinshasa, la transformation locale des matières premières et l'industrialisation ne pourront devenir compétitives que si les entreprises congolaises peuvent vendre au-delà de leur marché immédiat.
La distance entre les textes et leur application
Le cinquième obstacle identifié par le patronat concerne les compétences et les services techniques. Pour attirer des investissements industriels à forte valeur ajoutée, il ne suffit pas de disposer de cuivre, de cobalt, de terres agricoles ou d'un marché de plus de 100 millions d'habitants. Les entreprises doivent également trouver des techniciens, ingénieurs, cadres et prestataires capables de faire fonctionner durablement les investissements. La disponibilité de ces compétences devient particulièrement importante à mesure que Kinshasa veut développer la transformation minière, les zones économiques spéciales et de nouvelles chaînes industrielles.
Le sixième obstacle est probablement le plus directement lié au climat des affaires : la prévisibilité fiscale, réglementaire et douanière. Les entreprises veulent savoir à l'avance quelles taxes elles devront payer, quelles procédures respecter et combien de temps celles-ci prendront. Or Félix Tshisekedi reconnaissait encore fin septembre la persistance de difficultés dans ce domaine. La première édition du Baromètre national du climat des affaires n'avait obtenu qu'un score de 37 %, traduisant une perception jugée peu satisfaisante de l'environnement économique. Le chef de l'État a depuis ordonné le lancement d'une deuxième édition et demandé une évaluation des réformes qui tardent à produire leurs effets.
Les évaluations de la Banque mondiale montrent précisément le décalage entre les règles adoptées et leur application concrète. Dans B-READY 2025, la RDC obtenait 63,3 % pour son cadre réglementaire, mais seulement 26,6 % pour les services publics et 47 % pour l'efficacité opérationnelle. L'évaluation infranationale portant sur Kinshasa, Matadi, Kananga et Kisangani relève également des délais importants : la création effective d'une entreprise peut prendre entre 41 et 117 jours, tandis qu'un transfert de propriété peut nécessiter entre 49 et 84 jours selon la ville étudiée.
Le diagnostic présenté à Bruxelles montre ainsi que la bataille pour attirer les investisseurs ne se joue pas seulement dans les forums internationaux. La RDC peut mettre en avant ses minerais stratégiques, son marché intérieur, ses terres agricoles et son potentiel énergétique ; les entreprises regardent également le prix de l'électricité et du transport, l'accès au crédit, la qualité de la main-d'uvre, les délais administratifs et la stabilité des règles fiscales. Le prochain Baromètre national du climat des affaires constituera donc un test : déterminer si les réformes annoncées ont commencé à réduire ces six obstacles ou si les entreprises continueront à les présenter aux investisseurs comme les principaux coûts cachés du marché congolais.
Odon Bakumba
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