La deuxième réunion de la Task Force RDC-USA, présidée le lundi 12 octobre 2026 à Kinshasa par la Première ministre Judith Suminwa, a porté notamment sur " l'identification des projets prioritaires et des actifs stratégiques proposés à la partie américaine ", selon la Primature. Cette liste n'est pas nouvelle : elle a été remise à Washington le 5 février 2026. Huit mois plus tard, voici ce qu'elle contient et où en est chaque dossier.

Une liste remise le 5 février, sous le nom de réserves stratégiques d'actifs

Le document a une existence officielle. Le Département d'État américain a confirmé que la RDC avait présenté une première liste de réserves stratégiques d'actifs lors de la réunion du 5 février à Washington, sans en dévoiler le contenu.

Le contenu de cette liste a été établi à partir d'un document gouvernemental consulté par Reuters. Il comprend Rubaya, le lithium de Manono, le complexe cuivre-cobalt Chemaf, l'expansion des capacités de germanium et de gallium de STL à Lubumbashi, des projets de raffineries de cobalt, et des infrastructures énergétiques et ferroviaires liées au corridor de Lobito.

La contrepartie est écrite dans l'accord-cadre conclu en décembre 2025. Les entreprises américaines bénéficient d'un accès préférentiel à ces projets.

Un accès préférentiel n'est pas une cession. C'est une priorité d'entrée dans la négociation, et ce que chaque actif rapporte à l'État dépend ensuite du contrat signé, actif par actif.

Rubaya : l'actif phare se trouve hors du contrôle de l'État

La mine de coltan de Rubaya, au Nord-Kivu, représente environ 15 % de la production mondiale. Le tantale qu'elle livre entre dans les semi-conducteurs, l'aéronautique et les turbines à gaz.

Le site est tenu par l'AFC/M23, soutenu par le Rwanda selon les Nations unies. Un rapport onusien évalue à au moins 800 000 dollars par mois les taxes que ce groupe prélève sur la production et le commerce du coltan de Rubaya.

La situation n'a pas changé depuis février. L'AFC et le M23 ont installé une administration parallèle, avec ses nominations et son code fiscal, que le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a déclarée nulle et dépourvue de tout effet juridique.

Kinshasa chiffrait entre 50 et 150 millions de dollars l'investissement nécessaire pour relancer une production commerciale à Rubaya, et mettait en avant la perspective d'une source " entièrement traçable et sans conflit ".

Proposer un actif que l'on n'administre pas revient à demander à l'autre partie de contribuer à le récupérer. C'est la lecture qu'en faisait déjà un responsable du M23 interrogé par Reuters.

Manono : le lithium dont l'État ne détient que 10 %

Le deuxième actif de la liste pose une question de part, pas de contrôle territorial. Manono est l'un des plus grands gisements de lithium du monde, et l'État congolais n'en possède que 10 %.

Le dossier est par ailleurs encombré. Un contentieux à un milliard de dollars est pendant, et le prix du lithium s'est effondré de 85 % par rapport à son sommet.

Un actif offert à 10 % ne produit pas la même recette publique qu'un actif majoritairement détenu. La part de l'État dans chaque projet de la liste n'est pas rendue publique.

Chemaf : le seul actif de la liste qui a changé de mains

Un dossier a abouti. L'américain Virtus Minerals a finalisé le rachat de Chemaf en février 2026, le complexe cuivre-cobalt installé au Haut-Katanga et au Lualaba.

C'est, à ce jour, la traduction la plus concrète de l'accès préférentiel prévu par l'accord-cadre. Le montant de la transaction et les engagements pris par l'acquéreur en matière d'emploi et de transformation locale n'ont pas été publiés.

Les raffineries : encore au stade de l'étude

Le volet transformation avance plus lentement que les annonces. L'agence américaine de commerce et de développement a signé le 23 septembre 2026 un accord pour financer une étude de préfaisabilité sur une raffinerie de cuivre et de cobalt au Lualaba.

Le projet, dont l'État congolais détient 10 %, était annoncé en mai 2024 comme opérationnel d'ici fin 2027. Deux ans plus tard, il en est à établir d'où viendra la matière première.

L'écart entre l'annonce et l'étape atteinte est l'indicateur à suivre sur l'ensemble de la liste.

Lobito et Inga : les deux infrastructures

Les deux autres lignes de la liste ne sont pas des mines. Le corridor de Lobito doit sortir les minerais du Katanga vers l'Atlantique par l'Angola, et le programme Inga porte l'énergie nécessaire à toute transformation locale.

Inga a sa propre échéance. Une réunion consacrée au programme se tiendra à Paris du 25 au 27 octobre, en présence du sous-secrétaire d'État adjoint au Trésor américain et de la haute hiérarchie de la Banque mondiale.

L'histoire du barrage invite à la prudence. Inga III a derrière lui quinze ans d'études, des milliards promis et pas une turbine supplémentaire.

Ce qu'il faudra établir

Sept éléments manquent et sont établissables auprès de la Primature, du ministère des Mines et du Portefeuille. La liste officielle et complète des actifs stratégiques transmis à Washington, et ses mises à jour depuis le 5 février. La part détenue par l'État dans chacun de ces actifs. Les critères retenus pour qualifier un projet de prioritaire. Les contrats déjà signés au titre de l'accès préférentiel, leurs montants et leurs contreparties. Le traitement réservé à Rubaya tant que le site échappe à l'administration congolaise. La nature et le montant de l'assistance technique américaine. Et la date du comité de pilotage conjoint annoncé par la Primature.

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