Deux versions s'opposent désormais, au sommet, sur la mort de Manassé Lomboto. Le président Félix Tshisekedi affirme que le militant de l'ADDCongo a succombé à une maladie. Martin Fayulu soutient qu'il est mort des suites de l'agression du 15 septembre.

Le chef de l'État s'est exprimé le premier, devant la diaspora congolaise en Russie, le 30 octobre 2026. Martin Fayulu lui a répondu ce dimanche 1er novembre sur son compte X.

Ce qu'a dit Félix Tshisekedi

Revenant sur la procédure visant l'opposant Prince Epenge, le président de la République a affirmé que Manassé Lomboto, dont la mort est au cœur du dossier, est décédé d'une maladie.

Il s'en est pris directement au porte-parole de Lamuka. " Pourquoi veux-tu aller en Europe, viens expliquer tes mensonges ", a-t-il lancé à son sujet.

Le chef de l'État a également soutenu que, depuis son arrivée au pouvoir, aucun manifestant n'est mort au cours d'une manifestation. Il a ajouté que " l'opposition est faible ".

La réponse de Martin Fayulu

" Que le pouvoir de Kinshasa l'entende clairement : Manassé Lomboto est mort des suites de l'agression du 15 septembre, attribuée à la milice 'Force du progrès' de l'UDPS Tshisekedi ", écrit le président de l'Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé).

" Aucune intimidation ne fera taire la vérité ! Cessez de harceler les membres de Lamuka et de la C64. Nous exigeons une enquête indépendante et la justice pour Manassé ! " Le message se termine par le mot-dièse LibérezPrinceEpenge.

Trois jours plus tôt, Martin Fayulu avait déjà réclamé une enquête " indépendante, impartiale et approfondie " sur cette mort. Il demandait alors que la lumière soit faite sur les circonstances du décès. Ce dimanche, il pose le lien de cause à effet comme acquis.

Ce qui est établi sur la mort de Manassé Lomboto

Manassé Lomboto Bomengala, chargé de la sécurité de Prince Epenge, président de l'ADDCongo, est décédé à l'hôpital Olympic le 15 septembre 2026, après avoir été grièvement blessé devant le siège de l'UDPS, à Limete. L'Agence France-Presse a rapporté sa mort le jour même.

L'opposition faisait alors état d'une cinquantaine de blessés. Martin Fayulu, lui-même blessé ce jour-là, déclarait à l'AFP : " ce que j'ai vu aujourd'hui est extrêmement grave ".

Deux jours plus tard, la C64 publiait un communiqué en treize points dans lequel elle imputait cette mort à la " Force du progrès ", qu'elle présente comme une milice liée à l'UDPS, et tenait le président Tshisekedi pour responsable sur le plan politique et pénal.

Aucun rapport d'autopsie ni certificat médical n'a été rendu public par l'une ou l'autre partie. Ni la version de la maladie ni celle des suites de l'agression ne sont étayées à ce jour par un document médical versé au débat public.

Ce que disait la police en septembre

La version officielle est constante depuis le premier jour. Le 15 septembre, des sources sécuritaires citées par Radio Okapi indiquaient qu'aucun mort n'avait été enregistré. Le lendemain, le commandant de la police de la ville de Kinshasa, le commissaire divisionnaire Israël Bankulu Kantu, faisait état d'un bilan sans " perte en vies humaines ni aucun dégât matériel important ", propos rapportés par l'Agence congolaise de presse.

Depuis, aucune autorité judiciaire n'a annoncé l'ouverture d'une enquête sur cette mort. Les réponses apportées par l'État à la marche du 15 septembre ont varié d'une province à l'autre.

" Dictateur " : Tshisekedi renvoie Kabila à son bilan

Dans le même échange, le chef de l'État a rejeté les accusations de tyrannie et de dictature formulées contre lui par Joseph Kabila. Il a accusé son prédécesseur d'avoir fait tuer des chrétiens jusque dans les églises, ainsi que des adeptes de Bundu dia Kongo.

Ces deux séquences ont été documentées en leur temps par le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme : les opérations menées contre Bundu dia Kongo dans le Bas-Congo en 2007 et 2008, puis la répression des marches de chrétiens organisées par le Comité laïc de coordination entre décembre 2017 et février 2018.

Le même jour, le président accusait Paul Kagame d'avoir menacé un chef d'État africain prêt à accueillir des combattants FDLR.

La " Force du progrès ", une accusation qui revient depuis juillet

Ce n'est pas la première fois que cette structure est mise en cause par l'opposition. Le 9 juillet 2026, le cortège de Martin Fayulu avait été attaqué à la Gombe à la sortie d'une conférence de presse de la C64, faisant trois blessés parmi les militants de Lamuka. Prince Epenge avait désigné la Force du progrès, présentée comme une structure de jeunesse de l'UDPS.

L'UDPS avait alors annoncé avoir saisi la justice contre des " éléments incontrôlés " de cette structure impliqués dans des actes de violence, tout en rejetant une partie des accusations de l'opposition. Le parti présidentiel n'a pas réagi publiquement au message de ce dimanche.

Dans sa déclaration de Rome du 27 octobre, la C64 était allée jusqu'à demander la dissolution de cette structure sur le fondement de l'article 190 de la Constitution, qui interdit toute formation militaire ou paramilitaire non prévue par la loi.

Prince Epenge, l'autre dossier

Prince Epenge, deuxième vice-président et porte-parole de Lamuka, membre de la C64, a été déféré devant le parquet près le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe après quarante-huit heures de détention au Conseil national de cybercriminalité. La suite donnée à cette procédure n'a pas fait l'objet d'une communication judiciaire publique depuis.

Ce qui reste à établir

  • la cause médicale du décès de Manassé Lomboto, qu'aucun document public ne documente à ce jour ;
  • l'identité des auteurs de l'agression du 15 septembre et leur rattachement éventuel à une structure constituée ;
  • l'existence d'une saisine judiciaire effective après la plainte annoncée par les avocats de la C64 ;
  • l'état exact de la procédure visant Prince Epenge, et les faits qui lui sont reprochés.

Tant qu'une juridiction n'a pas tranché, les deux versions restent des déclarations, l'une du chef de l'État, l'autre d'un responsable de l'opposition.

Rédaction

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