L'organisation Journaliste en danger (JED) a présenté son rapport annuel 2026 le lundi 2 novembre à l'Hôtel Memling, à Kinshasa. Le ministère de la Communication et Médias y était représenté par le directeur de cabinet du ministre, Me Nicolas Lianza Likwale, Patrick Muyaya Katembwe étant en déplacement. La date n'est pas fortuite : le 2 novembre est la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes.

Selon le ministère, la rencontre était placée sous le thème " Combattre les rumeurs sur Ebola : transparence sanitaire, confiance des communautés et dialogue avec les médias ". Le rapport de JED, lui, est intitulé " Rumeurs, légendes et complotisme sur Ebola : les médias sous pression face au virus de la désinformation ".

Ce que le ministère engage

Dans le message lu par son directeur de cabinet, le ministre de la Communication et Médias affirme que la désinformation autour de la maladie à virus Ebola compromet les efforts de prévention, alimente la méfiance envers les structures sanitaires et fragilise la riposte épidémique. Il met en avant le rôle des radios communautaires, qui travaillent en langues locales et au plus près des populations, et dit poursuivre avec le ministère de la Santé publique une communication sanitaire régulière et accessible.

Sur la liberté de la presse, le texte cite les menaces, les arrestations arbitraires, les intimidations et les pressions subies par les journalistes, en particulier dans l'est du pays. Le ministère encourage JED et les organisations professionnelles à renforcer la documentation des violations, en garantissant la confidentialité des témoignages, l'anonymat des personnes exposées et la sécurité des sources.

Deux engagements concrets sortent de ce message. Le premier porte sur la carte d'identité professionnelle du journaliste : le ministère annonce un accompagnement technique à l'Union nationale de la presse du Congo (UNPC) pour en numériser et en dématérialiser la délivrance, dans le respect de l'autonomie de l'organisation et des textes en vigueur, dont l'ordonnance-loi du 13 mars 2023 qui fixe les modalités de l'exercice de la liberté de la presse. Ce texte aura trois ans et près de huit mois au 2 novembre 2026, et la carte n'est toujours pas délivrée sous forme dématérialisée.

Le second engagement porte sur le Mécanisme de protection des journalistes initié par JED. Le ministère se dit disponible pour y contribuer, notamment par une meilleure coordination entre institutions, et invite les organisations professionnelles à pousser les journalistes à obtenir leur carte, afin de faciliter le traitement des alertes. Le dispositif avait déjà été approuvé au Conseil des ministres du 23 octobre, sur présentation des conclusions de la table ronde nationale " Médias, Justice, Sécurité " du 12 octobre.

Cette table ronde avait dégagé trois priorités : la responsabilité éditoriale et pénale, l'identification professionnelle des journalistes et leur protection. Le ministère indique que les recommandations doivent désormais être traduites en actions concrètes par les institutions concernées. Onze jours séparent la table ronde du Conseil des ministres, dix de plus la présentation du rapport de JED.

" C'est le journalisme qui est en danger ", déclare Patrick Muyaya dans ce message. Il y rappelle que la liberté de la presse, garantie par la Constitution, s'exerce dans le respect de la loi, de l'éthique et de la déontologie, et que les autorités ont l'obligation de garantir la sécurité des journalistes.

Ce que demande JED

Du côté de l'organisation, le rapport recense plusieurs cas de menaces, de pressions économiques et d'agressions contre des journalistes. Selon Radio Okapi, les incidents signalés à Mwenga, au Sud-Kivu, et à Kalemie, au Tanganyika, illustrent pour JED la vulnérabilité persistante des professionnels des médias dans certaines régions. L'organisation salue aussi le travail de vérification des faits mené par une partie de la profession face aux rumeurs sur Ebola.

JED formule quatre demandes : l'instauration d'un mécanisme national de protection des journalistes, l'ouverture d'enquêtes sur les violences dont ils sont victimes, un meilleur accès aux données publiques et un soutien économique transparent aux médias locaux. Sur le premier point, la demande et l'engagement du gouvernement se rejoignent. Les trois autres restent sans réponse publique à ce stade.

L'organisation formait en septembre les journalistes de Beni aux réflexes de protection en milieu hostile. Le ministre, de son côté, appelait le 25 octobre les communautés du Nord-Kivu à combattre la désinformation. Le cadre légal invoqué pour la carte de presse date du même jour que le code du numérique, le 13 mars 2023.

Rédaction

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