Elle est silencieuse,
presque discrète. Et pourtant, elle concentre à elle seule une épaisseur théologique et spirituelle qui plonge ses racines aux origines mêmes du christianisme.

Pour certains fidèles, ce baiser peut surprendre. Pourquoi embrasser un objet matériel ? Pourquoi poser un geste si chargé d'affectivité sur un meuble liturgique ? À première vue, l'acte pourrait sembler purement symbolique, voire décoratif. En réalité, il n'a rien d'accessoire. Il appartient à la tradition la plus ancienne de l'Église et exprime, dans un langage du corps, une confession de foi.

Un langage universel assumé par la foi

Bien avant d'entrer dans la liturgie chrétienne, le baiser était déjà un signe universel. Dans les civilisations antiques, il manifestait le respect, l'hommage ou la communion. On embrassait la main d'un roi, les pieds d'une statue divine, ou un objet sacré.

Le geste traduisait extérieurement une adhésion intérieure : reconnaissance d'une autorité, vénération d'une réalité tenue pour sainte.
Le christianisme n'a pas rejeté ces expressions humaines. Fidèle à sa logique d'incarnation, il les a assumées et purifiées. La foi chrétienne ne méprise pas les gestes ; elle les transfigure.

Dès les premiers siècles, embrasser l'Évangéliaire, les reliques des martyrs ou l'autel devient un acte liturgique. Non pour confondre la matière avec Dieu, mais pour reconnaître que la grâce passe par des signes visibles.

Dans la liturgie, le corps prie autant que l'esprit. Les inclinations, les génuflexions, les signes de croix et les baisers composent une grammaire sacrée. Le baiser de l'autel appartient à ce langage où la foi se fait geste.

L'autel, figure du Christ

Pour comprendre la profondeur de ce rite, il faut saisir ce que représente l'autel dans la tradition chrétienne. Il ne s'agit pas d'un simple mobilier. L'autel est le centre de l'église, le point vers lequel convergent les regards et les prières. Il est surtout le signe du Christ lui-même.

La théologie des Pères de l'Église l'affirme avec force : le Christ est à la fois prêtre, victime et autel du sacrifice nouveau. C'est par lui, avec lui et en lui que l'Église offre l'Eucharistie au Père. L'autel devient ainsi le symbole vivant de cette médiation unique.

Le Missel romain le rappelle explicitement : l'autel est " le centre de l'action de grâce qui s'accomplit par l'Eucharistie ". En l'embrassant, le prêtre ne rend pas hommage à une matière inerte. Il salue le Christ dont l'autel est le signe. Avant même d'adresser la parole à l'assemblée, il manifeste que la messe ne commence pas par une initiative humaine, mais par une rencontre avec Celui qui en est la source.
Ce baiser inaugural est une confession silencieuse : le cœur de la célébration n'est ni le célébrant ni l'assemblée, mais le mystère du Christ offert et vivant.

La mémoire des martyrs

À cette dimension christologique s'ajoute une mémoire plus ancienne encore, celle des martyrs. Dans les premiers siècles, les chrétiens célébraient l'Eucharistie sur les tombes de ceux qui avaient donné leur vie pour le Christ. Le sacrifice du martyr était perçu comme uni au sacrifice du Seigneur.

De cette pratique est née la tradition d'insérer des reliques dans les autels. Encore aujourd'hui, lors de la dédicace d'un autel, l'Église peut y déposer les reliques de saints. Le geste du baiser prend alors une résonance supplémentaire : il honore la mémoire de ceux dont le témoignage a scellé la foi au prix du sang.
L'autel devient ainsi un lieu de convergence. Il unit le sacrifice unique du Christ, la fidélité héroïque des martyrs et la prière actuelle de l'Église. En l'embrassant, le prêtre s'inscrit dans cette continuité apostolique et rappelle que l'Eucharistie n'est jamais célébrée isolément, mais en communion avec l'Église du ciel.

Un geste ecclésial, du début à l'envoi

Le baiser de l'autel n'est pas un acte privé. Il est accompli au nom de toute l'assemblée. Lorsque le diacre est présent et qu'il embrasse lui aussi l'autel, la communion des ministres ordonnés se manifeste visiblement. Tous sont au service du même mystère.
Ce geste encadre la célébration : l'autel est embrassé au début, puis à la fin de la messe. Il est salué comme lieu du sacrifice et source de la mission. Ce double mouvement dit quelque chose d'essentiel : l'Eucharistie n'est pas un moment isolé du reste de la vie. Elle est un passage. De l'autel, les fidèles sont envoyés vers le monde.

Ainsi, ce baiser, si discret qu'il passe parfois inaperçu, relie la liturgie céleste et la vie quotidienne. Il rappelle que le mystère célébré n'est pas enfermé dans les murs de l'église, mais appelé à irriguer l'existence des croyants.
Un geste simple, une foi incarnée
Embrasser l'autel au début de la messe n'est ni une survivance archaïque ni un simple usage culturel. C'est un acte chargé de sens. Il exprime la vénération du Christ, la mémoire des martyrs, la communion de l'Église et le caractère sacrificiel de l'Eucharistie.

Dans une époque marquée par la rapidité et l'efficacité, ce geste silencieux peut sembler dérisoire. Il est pourtant l'un de ces signes qui disent l'essentiel sans bruit. À chaque célébration, lorsque le prêtre se penche pour embrasser l'autel, l'Église entière est invitée à reconnaître dans ce lieu le Christ vivant, présent et agissant Celui qui rassemble son peuple et l'introduit dans le mystère de son sacrifice rédempteur.
Un baiser sur la pierre, et c'est toute une foi qui s'exprime.

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Source : https://kivuavenir.com/eglise-catholique-pourquoi-le-pretre-embrasse-lautel-au-debut-de-la-messe/