La messe, solennelle et profondément symbolique, rassemblait prêtres, religieux, autorités locales, familles et fidèles venus nombreux assister à l'engagement définitif de deux jeunes hommes au service de l'Église. Mais au fil de l'homélie, l'événement liturgique a épousé une dimension plus large, presque civique.
Dans un contexte où les tensions sécuritaires demeurent palpables dans plusieurs coins du pays, la parole de l'évêque s'est faite à la fois pastorale et prophétique.
Avec un ton posé mais ferme, Mgr Muyengo a rappelé la mission première des forces de défense et de sécurité : protéger la vie humaine, garantir la paix sociale, préserver les biens communs. " L'arme n'est pas un instrument de domination, encore moins d'oppression. Elle est confiée à des hommes et des femmes pour qu'ils assurent la sécurité de tous ", a-t-il insisté, suscitant des murmures approbateurs dans l'assemblée. Loin d'un discours polémique, son propos s'est voulu un appel à la conscience, une exhortation à la responsabilité morale.
L'évêque n'a pas séparé ce message du sens même de l'ordination diaconale. En consacrant deux nouveaux serviteurs de l'Église, il a souligné que toute autorité, qu'elle soit spirituelle ou institutionnelle, est d'abord un service. " Le Christ nous enseigne que la vraie grandeur réside dans le don de soi ", a-t-il rappelé. Ainsi, le port de l'uniforme comme celui de l'étole engage celui qui le revêt à une éthique exigeante, faite d'humilité, de justice et de respect de la dignité humaine.
Les deux ordonnés, visiblement émus, se sont prosternés devant l'autel au moment de la litanie des saints, symbole d'un abandon total à la volonté divine. Le geste, fort en symbolique, semblait faire écho aux paroles de leur évêque : toute mission authentique suppose une maîtrise de soi, un sens aigu du bien commun et un refus de la violence injuste.
Dans son homélie, Mgr Muyengo a d'ailleurs exhorté les nouveaux diacres à être " des artisans de paix, des ponts entre les communautés, des voix pour ceux qui n'en ont pas ".
Au sortir de la célébration, plusieurs fidèles confiaient avoir été marqués par la clarté du message. " Il a parlé comme un père qui rappelle à ses enfants leurs responsabilités ", glissait un paroissien. D'autres saluaient le courage d'une prise de position publique sur un sujet aussi sensible, estimant que l'Église joue pleinement son rôle de veille morale au sein de la société.
Dans une région où les populations aspirent avant tout à la stabilité et à la sécurité, les mots de l'évêque résonnent comme un plaidoyer pour une culture de protection plutôt que de confrontation. Ils rappellent que la paix ne se décrète pas uniquement par la force des armes, mais se construit par la justice, la discipline et le respect scrupuleux de la vie humaine.
En refermant la célébration par une bénédiction solennelle, Mgr Sébastien Muyengo a confié son diocèse à la protection divine, appelant chacun autorités, forces de sécurité, responsables communautaires et simples citoyens â" à devenir gardien de son frère. Dans la lumière déclinante de ce dimanche de février, la cathédrale Saint Paul d'Uvira a ainsi été le théâtre d'un double engagement : celui de deux diacres au service de l'Église, et celui, renouvelé, d'un appel à la responsabilité collective au service de la paix.
Â
L'article Uvira : " Une arme est faite pour protéger, non pour tirer sur la population ", martèle Mgr Sébastien Muyengo est apparu en premier sur Kivu-Avenir.
0 Commentaires