Dire que Joseph Kabila et Félix Tshisekedi sont mortels n'est ni une provocation ni une banalité gratuite. C'est une vérité politique trop souvent occultée par l'ivresse du pouvoir et la ferveur aveugle des partisans.
En République démocratique du Congo, Pays riche de Patrice Lumumba, le pouvoir fabrique des statues avant même que l'histoire n'ait parlé.
Les hommes qui l'exercent finissent par être perçus comme des constantes, presque éternelles, alors qu'ils ne sont que des passants sur la scène nationale.
Joseph Kabila, longtemps présenté comme l'énigme indéboulonnable du système congolais, a incarné cette illusion de permanence.
Dix-huit années au sommet de l'État ont suffi pour confondre longévité et intouchabilité, silence et profondeur, immobilisme et sagesse.
Félix Tshisekedi, porté par l'espoir d'une rupture, n'a pas échappé à la tentation inverse, celle de l'héritier providentiel, investi d'une mission quasi messianique, censé réparer en quelques années ce que des décennies ont détruit.
Pourtant, l'un comme l'autre sont faits de la même chair fragile. Ils vieillissent, se trompent, calculent, hésitent.
Ils sont soumis au temps, à la maladie, à l'usure du pouvoir et, ultimement, à la fin que nul décret présidentiel ne saurait ajourner.
L'oubli de cette mortalité est dangereux. Il nourrit le culte de la personnalité, justifie les excès et anesthésie l'esprit critique. Un peuple qui sacralise ses dirigeants abdique, sans le savoir, une part de sa souveraineté.
Kabila n'était pas le Congo. Tshisekedi ne l'est pas davantage. Le pays les précède et leur survivra, avec ou sans leurs visions, leurs promesses, leurs stratégies et leurs silences.
L'histoire congolaise est jalonnée de dirigeants qui se croyaient indispensables.
Aucun n'a échappé au verdict du temps. Certains sont partis par la petite porte, d'autres sous les acclamations, mais tous ont fini par quitter le pouvoir, parfois malgré eux.
Rappeler leur mortalité, c'est aussi rappeler leur responsabilité. Parce qu'ils sont éphémères, leurs décisions doivent viser le durable.
Parce qu'ils passeront, les institutions doivent rester.
Le drame congolais n'est pas seulement celui des hommes au pouvoir, mais celui d'un système qui personnalise tout : les succès, les échecs, les espoirs et les colères. On adore ou on déteste des individus, au lieu d'exiger des règles.
Un président mortel devrait gouverner avec humilité. Il devrait savoir que chaque abus laisse une trace, que chaque injustice survit à son mandat, et que la mémoire collective est plus tenace que les discours officiels.
À ceux qui défendent Kabila comme une forteresse imprenable, à ceux qui protègent Tshisekedi comme une relique intouchable, l'histoire répondra avec la même indifférence le pouvoir passe, les bilans restent.
La maturité politique commence lorsque les citoyens cessent d'aimer ou de haïr aveuglément, et commencent à évaluer, questionner, contredire. La démocratie ne se nourrit pas de dévotion, mais d'exigence.
Joseph Kabila et Félix Tshisekedi sont mortels. Cette phrase n'enlève rien à leur importance, mais elle remet leur rôle à sa juste place : celle d'hommes appelés à servir, non à durer.
Et lorsque le rideau tombera définitivement, ce ne sont ni les slogans ni les portraits géants qui parleront pour eux, mais l'état du pays laissé derrière. C'est là, et seulement là, que les mortels deviennent, ou non, dignes d'histoire.
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Source : https://kivuavenir.com/edito-joseph-kabila-et-felix-tshisekedi-sont-aussi-mortels/
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