Ce renoncement se manifeste par une étonnante propension à faire de la déloyauté un point d'honneur, de l'opportunisme un mode de gouvernance et de l'inconséquence un instrument de légitimation.
Le réflexe, désormais, a supplanté la réflexion. Les décisions politiques se prennent au gré de contingences immédiates, guidées par l'instinct ou par le calcul partisan le plus immédiat, au détriment de l'analyse rigoureuse et de la prospective stratégique.
Dans ce contexte, la pensée structurée, fondement de toute action responsable se voit remplacée par des slogans, des formules convenues et des postures théâtrales qui prétendent masquer l'absence de vision.
Ce glissement intellectuel n'est pas neutre : il fragilise l'État, réduit la crédibilité des institutions et installe dans l'opinion publique un sentiment de défiance et d'abandon. La compétence, la nuance et la prudence, qui devraient présider à l'exercice du pouvoir, cèdent la place à l'impulsivité et à la démonstration, quand ce n'est pas à la flatterie des passions populaires.
La méchanceté travestie en intelligence : un fléau moral et politique
Plus inquiétant encore est le fait que, dans ce paysage, la malveillance qu'il s'agisse de critiques destructrices, de calomnies ciblées ou de manuvres visant à déstabiliser l'adversaire tente de se faire passer pour de l'intelligence.
L'art de gouverner, qui exige discernement, analyse et stratégie, est trop souvent remplacé par la brutalité du langage, la ruse ou la provocation. La subtilité de la pensée politique est ainsi sacrifiée sur l'autel d'une rhétorique qui confond habileté et perfidie.
Cette confusion entre intelligence et méchanceté constitue un double péril. D'une part, elle corrompt l'exercice de la politique en banalisant le cynisme et en normalisant la tromperie. D'autre part, elle désoriente le citoyen, qui, face à des discours manipulatoires et des postures agressives, perd ses repères et sa confiance dans l'action publique.
L'exigence éthique et intellectuelle est ici non seulement absente, mais stigmatisée. Gouverner, dans ces conditions, devient une performance de pouvoir plutôt qu'un service rendu à la Nation.
La réhabilitation de la réflexion, de la loyauté et de la rigueur morale est donc non seulement souhaitable, mais urgente : sans elle, la politique congolaise risque de s'enfoncer dans un cycle permanent de médiocrité, d'hostilité et de désaffection populaire.
En somme, cette RDC d'aujourd'hui nous rappelle que le malheur ne réside pas seulement dans la pauvreté matérielle ou les crises institutionnelles, mais dans l'appauvrissement moral et intellectuel de ceux qui prétendent la diriger.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/La-faillite-intellectuelle-de-la-classe-politique-en-RDC.html
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