Plus de sept cents soldats sud-africains, jusqu'alors déployés dans l'Est congolais, seront ainsi rapatriés d'ici la fin de l'année. Cette décision, annoncée par le président Cyril Ramaphosa au secrétaire général des Nations unies lors d'un échange intervenu le 12 janvier, est officiellement motivée par des considérations budgétaires et par la nécessité, selon les termes de la présidence, de " réorganiser les ressources " de l'appareil militaire national.

En filigrane de cette justification comptable se dessine toutefois une réalité plus préoccupante : l'état de délabrement avancé d'une armée structurellement sous-financée, minée par un matériel obsolète, des capacités logistiques défaillantes et des dysfonctionnements récurrents, jusque dans le paiement des soldes et des allocations dues aux troupes projetées à l'étranger.

Ces fragilités, abondamment débattues au Parlement sud-africain et dans l'espace public, ont progressivement rendu politiquement intenable la poursuite d'un engagement extérieur coûteux, perçu comme disproportionné au regard des moyens disponibles et des bénéfices stratégiques escomptés.

Le traumatisme de Goma : évacuation humiliante, discrédit militaire et perte d'influence régionale

Ce retrait ne saurait cependant être compris sans évoquer le traumatisme profond qu'a constitué, pour l'armée sud-africaine et pour l'opinion nationale, la prise de Goma par l'AFC/M23.

Cet épisode, vécu comme une débâcle symbolique, a mis en lumière l'impuissance opérationnelle des forces internationales face à un mouvement déterminés, et a exposé crûment les limites de l'engagement sud-africain.

La mort de quatorze soldats sud-africains dans l'Est de la RDC a agi comme un électrochoc, cristallisant une indignation durable et nourrissant des appels pressants au rapatriement des troupes.

L'évacuation qui s'en est suivie, perçue par nombre d'observateurs comme empreinte d'une certaine humiliation, a profondément entamé le prestige militaire de Pretoria. Elle a également contribué à l'érosion de son influence au sein de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), où l'Afrique du Sud prétendait encore récemment jouer un rôle moteur en matière de sécurité collective et de gestion des crises régionales.

Aux yeux d'une opinion publique sud-africaine de plus en plus sceptique, l'engagement en RDC est désormais associé non à un leadership responsable, mais à une aventure coûteuse, mal préparée et politiquement disqualifiante.

Dans ce contexte, l'assurance donnée par Pretoria de continuer à " soutenir les efforts de paix " en RDC apparaît surtout comme une formule diplomatique destinée à masquer un recul stratégique assumé.

Le retrait des troupes sud-africaines de la Monusco consacre ainsi moins une simple réallocation de ressources qu'un moment de vérité : celui d'une puissance régionale contrainte de reconnaître les limites de ses ambitions militaires, sous le poids conjugué des contraintes budgétaires, du choc de Goma et d'un discrédit durable sur la scène régionale et nationale.

Pretoria a acté le retrait progressif de son contingent engagé au sein de la MONUSCO

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Le-desengagement-sud-africain-de-la-Monusco-ou-aveu-budgetaire-et-repli.html