En affirmant que l'accord-cadre minier conclu avec les États-Unis ne serait qu'un simple socle de discussions, appelé à être rapidement matérialisé par des projets concrets sous peine d'être supplanté par d'autres partenariats, Kinshasa adopte un ton qui confine moins à la prudence stratégique qu'à une forme de sommation publique.
Ce positionnement tranche singulièrement avec l'euphorie officielle qui, hier encore, présentait ce rapprochement comme une victoire diplomatique majeure, presque comme un sceau de reconnaissance internationale.
Or, transformer ce qui fut chanté comme un triomphe en instrument de pression relève d'une dissonance politique préoccupante. La diplomatie, surtout lorsqu'elle engage des secteurs aussi structurants que les minerais stratégiques, ne saurait se réduire à une succession d'effets d'annonce suivis de mises en demeure à peine voilées.
Le pari risqué de la fébrilité stratégique
Certes, les résultats concrets attendus du soutien américain tardent à se manifester avec l'ampleur espérée. Mais cette déception, aussi légitime soit-elle, autorise-t-elle une démonstration publique d'humeur boudeuse, exposée sans filtre sur la place médiatique internationale ?
En diplomatie économique, la patience et la constance sont des vertus cardinales ; l'improvisation verbale, elle, en est souvent le poison.
En brandissant la menace d'un basculement vers d'autres partenaires, la capitale congolaise, Kinshasa, semble oublier que les alliances stratégiques ne se négocient ni dans l'urgence ni sous la pression du ressentiment.
Les propos tenus risquent d'éroder la crédibilité d'un État qui, pour attirer des investissements durables et structurants, doit offrir une lisibilité politique et une stabilité discursive irréprochables.
A trop vouloir convertir une frustration conjoncturelle en geste d'autorité, le pouvoir congolais s'expose à un double écueil : affaiblir la confiance de partenaires déjà acquis de haute lutte et projeter l'image d'une gouvernance oscillante entre exaltation triomphaliste et impatience stratégique.
Or, dans l'arène mondiale des minerais critiques, où la concurrence est féroce et la mémoire diplomatique tenace, ce genre de faux pas peut coûter plus cher que le silence qu'il aurait fallu observer.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Les-ambiguites-d-un-discours-minier.html
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