Telle est l'interrogation politique centrale qui s'impose aujourd'hui, à mesure que s'accumulent les alertes, les témoignages et les mobilisations d'une communauté qui affirme ne plus vouloir être reléguée aux marges de l'indifférence internationale.

A Minembwe, dans le Sud-Kivu, les Banyamulenge ont donné de la voix, non par goût de la confrontation, mais par nécessité vitale, sous une pluie battante devenue le symbole d'une détresse persistante et d'une patience épuisée.

La manifestation organisée le 6 février 2026 par la communauté banyamulenge de Minembwe s'inscrit dans une longue litanie de dénonciations demeurées sans réponse effective. Les participants ont évoqué, documents et témoignages à l'appui, des destructions de maisons, d'églises et d'écoles, des déplacements forcés de populations, ainsi qu'un blocus humanitaire prolongé, présenté comme asphyxiant pour les civils.

Ces accusations, répétées depuis plusieurs mois par des acteurs locaux et des organisations communautaires, dessinent le tableau d'une politique de contrainte collective dont les premières victimes sont les populations civiles.

Dans un mémorandum transmis au Département d'État américain, les signataires appellent à une réévaluation du soutien accordé aux autorités de Kinshasa, face à ce qu'ils qualifient de bombardements indiscriminés, de pillages massifs de bétail et de violences sexuelles.

Quelles que soient les qualifications juridiques ultimes de ces faits, leur récurrence et leur concentration géographique interrogent profondément la responsabilité de l'État dans la protection de tous ses citoyens, sans distinction d'origine ou d'appartenance communautaire.

L'aveu public attribué au porte-parole de l'armée burundaise, revendiquant sur les ondes de la BBC un blocus de Minembwe, a ajouté une dimension régionale à une crise déjà explosive.

Un tel blocus, s'il est avéré et maintenu, constituerait une violation grave du droit international humanitaire, en ce qu'il affecte directement des populations civiles privées d'accès aux biens essentiels. La gravité de ces allégations impose, à tout le moins, une enquête indépendante et transparente.

Indignation sélective et silence coupable : la faillite morale de la communauté internationale

La colère exprimée par les Banyamulenge ne vise pas uniquement les autorités de Kinshasa ; elle s'adresse aussi à une communauté internationale perçue comme complaisante, voire indifférente.

La réaction de l'Union africaine, vivement critiquée pour ce que les manifestants qualifient d'" indignation sélective ", cristallise ce malaise. Là où certaines frappes, notamment à l'aéroport de Kisangani, suscitent communiqués et condamnations rapides, Minembwe, Masisi et d'autres zones endeuillées semblent condamnées à l'invisibilité diplomatique.

Ce différentiel de traitement nourrit le sentiment d'une hiérarchisation des vies et des souffrances, incompatible avec les principes proclamés de protection des civils et de prévention des crimes de masse.

Les Banyamulenge, rejoints dans leurs appels par l'AFC/M23, réclament des enquêtes internationales indépendantes, l'ouverture immédiate de couloirs humanitaires et une posture impartiale des acteurs internationaux, seule à même de créer les conditions d'une paix durable dans l'Est de la République démocratique du Congo.

En filigrane, c'est la question de l'épuration ethnique qui est posée, non comme une qualification juridique arrêtée, mais comme une alerte politique et morale face à des violences ciblées et répétitives.

Le silence prolongé, l'absence de mécanismes d'alerte efficaces et la réticence à nommer les faits contribuent à banaliser l'inacceptable. Or, l'histoire récente de la région des grands lacs a tragiquement montré que l'indifférence est souvent le prélude aux pires catastrophes.

Ainsi, la mobilisation de Minembwe n'est ni un cri isolé ni une manœuvre opportuniste ; elle est l'expression d'un ras-le-bol collectif face à une persécution perçue comme systémique et à une communauté internationale sommée de choisir entre le confort du silence et le courage de la vérité.

Car lorsque les alertes se multiplient et que les victimes parlent d'une même voix, l'inaction cesse d'être une neutralité : elle devient une responsabilité.

A Minembwe, dans le Sud-Kivu, les Banyamulenge ont donné de la voix, non par goût de la confrontation, mais par nécessité vitale

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Minembwe-ou-la-politique-de-l-etouffement.html