Car ce qui fut présenté comme une offensive méthodique, savamment orchestrée contre Kigali, s'est mué en une séquence de déconvenues dont l'issue tranche avec les annonces martiales initiales.
La République démocratique du Congo a mobilisé des ressources considérables : financières, humaines, médiatiques pour plaider la cause de sanctions internationales contre le Rwanda. Des délégations ont sillonné les grandes capitales, multiplié les rencontres, enchaîné les conférences, activé des cabinets de lobbying et orchestré une campagne de communication soutenue.
Les chancelleries ont été sollicitées, les tribunes internationales investies, les opinions publiques interpellées. L'objectif était clair : obtenir un train de sanctions qui, tel un mécanisme irréversible, contraindrait Kigali à plier.
Or ce convoi diplomatique, que l'on disait engagé dans les méandres décisionnels de certaines administrations occidentales, plus particulièrement américaine a soudainement été relégué sine die. L'onde de choc annoncée s'est dissipée avant même d'avoir ébranlé les équilibres stratégiques. Le séisme diplomatique promis n'aura été qu'un frémissement. Ce qui devait constituer un tournant est demeuré un épisode.
Dans cette séquence, la figure du Président Kagame apparaît comme le contrepoint stratégique. Là où Kinshasa misait sur l'accumulation de pressions publiques, Kigali semble avoir privilégié la discrétion des canaux directs et la précision des interlocuteurs. " Savoir qui appeler et à quel moment " : la formule résume une diplomatie de réseaux, patiente, structurée, ancrée dans une lecture réaliste des rapports de force.
A l'inverse, la démarche congolaise a parfois donné l'impression d'une diplomatie incantatoire : dénoncer bruyamment pour contraindre moralement, espérer que l'émotion supplée au calcul, croire que la répétition d'accusations fracassantes suffira à infléchir des intérêts stratégiques solidement établis.
Mais la politique internationale n'est pas le théâtre des indignations ; elle demeure l'arène froide des intérêts.
Les promesses minières, brandies comme levier d'influence, n'ont pas fait pencher la balance. Les révélations médiatisées n'ont pas modifié les équations géopolitiques. Les tournées de plaidoyer, aussi coûteuses qu'intensives, n'ont pas débouché sur des résultats tangibles.
L'écart entre l'énergie investie et l'effet obtenu nourrit aujourd'hui un malaise perceptible : que reste-t-il, concrètement, de cette campagne ?
Le constat, pour beaucoup, est sans appel.
De la responsabilité politique et de l'exigence citoyenne : l'heure des comptes
La diplomatie n'est pas un exercice de communication intérieure ; elle engage la crédibilité d'un État sur la scène mondiale. Lorsqu'une stratégie échoue, il ne s'agit pas seulement d'un revers technique : c'est la réputation nationale qui se trouve exposée. L'épisode des sanctions avortées interroge donc moins la capacité d'indignation que la cohérence d'ensemble de la politique étrangère congolaise.
Un État peut perdre une bataille diplomatique ; nul n'est à l'abri d'un rapport de force défavorable. Mais il lui revient alors d'en analyser publiquement les causes, d'en tirer les leçons et d'ajuster sa trajectoire. Le silence, l'esquive ou la minimisation alimentent le soupçon d'improvisation. Or la confiance citoyenne repose sur la transparence et la reddition des comptes.
La question centrale devient alors politique : les Congolais accepteront-ils que des ressources publiques aient été engagées sans que les objectifs annoncés ne soient atteints ? Exiger des comptes n'est ni trahison ni faiblesse ; c'est l'expression même de la maturité démocratique. Un peuple lucide ne se contente pas d'adhérer aux proclamations ; il interroge les résultats.
Il convient également de s'interroger sur la stratégie choisie. En transformant un différend sécuritaire régional en croisade médiatique mondiale, Kinshasa a élevé le niveau des attentes au point de rendre toute issue intermédiaire illisible. Plus l'annonce est spectaculaire, plus l'absence de résultat est cuisante. La campagne de sanctions s'est ainsi effondrée sous le poids de ses propres excès, victime d'une surenchère verbale qui ne correspondait pas nécessairement aux dispositions réelles des partenaires internationaux.
La Maison Blanche, pour sa part, n'est pas gouvernée par l'émotion mais par des arbitrages stratégiques. Les alliances, les priorités globales, les intérêts économiques et sécuritaires priment sur les effets d'annonce. Penser que des déclarations retentissantes suffiraient à infléchir ces calculs relevait d'une lecture incomplète des dynamiques de pouvoir.
Au-delà de la rivalité régionale, c'est donc la méthode qui est en cause. Une diplomatie efficace exige constance, discrétion, alliances solides et compréhension fine des intérêts en présence. Elle se construit dans la durée, loin des emballements conjoncturels.
Reste, en définitive, la question de la lucidité collective. Une nation qui aspire à la stabilité et à la crédibilité internationale ne peut se satisfaire d'explications sommaires. Elle doit exiger des bilans, des audits, des réorientations. Non par esprit de polémique, mais par exigence de responsabilité.
Car la dignité d'un État ne réside pas seulement dans sa capacité à dénoncer, mais dans son aptitude à obtenir des résultats. Et lorsque les promesses solennelles se dissolvent dans les couloirs feutrés des administrations étrangères, il appartient aux citoyens de rappeler à leurs dirigeants que la politique étrangère n'est pas un théâtre, mais un art rigoureux dont chaque échec appelle une explication.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Une-diplomatie-incantatoire-et-desenchantement-strategique.html
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