S'exprimant publiquement sur la plateforme X, le chef de la diplomatie rwandaise a rappelé un principe d'une évidence stratégique : la pérennité de l'engagement militaire du Rwanda dans la lutte contre le terrorisme ne saurait reposer indéfiniment sur les seules ressources nationales, si légitime et nécessaire que soit cette mission. Elle suppose, pour être durable, un financement adéquat, prévisible et conforme à l'ampleur des responsabilités assumées sur le terrain.

A cet égard, il a souligné que la contribution européenne, notamment par l'intermédiaire de la Facilité européenne pour la paix, demeure à ce stade modeste au regard de l'effort réel consenti par Kigali. Environ vingt millions d'euros ont été versés jusqu'à présent, alors même que le coût global supporté par l'État rwandais serait, selon ses estimations, au moins dix fois supérieur.

Cette disproportion financière, a-t-il laissé entendre, ne saurait occulter une réalité plus grave encore : le prix humain payé par les soldats des Forces de défense rwandaises, dont certains ont consenti le sacrifice ultime dans l'exercice de cette mission.

Un engagement africain au service de la stabilité

Il convient en effet de rappeler que l'intervention des Forces de défense rwandaises au Cabo Delgado ne procède nullement d'une logique mercenaire ni d'un calcul financier opportuniste. Elle s'inscrit d'abord dans une démarche de solidarité régionale, répondant à l'appel officiel du gouvernement du Mozambique en 2021, au moment où cette province stratégique était gravement déstabilisée par l'insurrection djihadiste affiliée à l'orbite de État islamique.

Le ministre Olivier Nduhungirehe l'a rappelé sans détour : lorsque Kigali décida d'intervenir, l'argent n'était pas la considération première. La priorité résidait dans l'assistance apportée à un pays africain frère, confronté à une menace terroriste susceptible de déstabiliser durablement toute la région.

Les résultats de cet engagement sont aujourd'hui largement reconnus. Dans plusieurs zones autrefois ravagées par la violence, les populations civiles ont pu regagner leurs habitations, les écoles ont rouvert leurs portes et l'activité économique a progressivement repris.

Plus significatif encore, les opérations menées par les Forces de défense rwandaises ont contribué à sécuriser des investissements internationaux majeurs dans l'exploitation du gaz naturel liquéfié, secteur crucial pour l'avenir énergétique et économique du Mozambique.

Dans cette perspective, soutenir l'effort militaire rwandais ne saurait être perçu comme une faveur consentie à Kigali. Il s'agit, au contraire, d'un investissement collectif dans la stabilité régionale, dont bénéficient à la fois la population mozambicaine et les partenaires économiques engagés dans cette région stratégique.

Le propos du chef de la diplomatie rwandaise se conclut par une remarque d'une sobriété lourde de sens : si le commandement des Forces de défense rwandaises venait à considérer que l'ampleur de son engagement n'est ni reconnue ni soutenue à sa juste mesure, il serait parfaitement légitime de recommander au gouvernement rwandais de mettre un terme à cet accord bilatéral et de retirer ses troupes.

Une telle hypothèse, si elle devait se concrétiser, rappellerait une vérité trop souvent négligée dans les débats internationaux : la stabilité sécuritaire dont bénéficient aujourd'hui certaines régions du Mozambique repose en grande partie sur l'engagement déterminé d'un État africain qui a choisi d'assumer, au-delà de ses frontières, une responsabilité décisive dans la lutte contre le terrorisme.

Le chef de la diplomatie rwandaise a rappelé que la pérennité de l'engagement militaire du Rwanda contre le terrorisme ne peut reposer indéfiniment sur les seules ressources nationales, malgré la légitimité de cette mission

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Clarte-diplomatique-et-rappel-des-realites.html