Quelques jours auparavant encore, l'élu du Nord-Kivu s'exprimait publiquement sur la chaîne TV5 Monde, revendiquant avec une assurance déconcertante, la responsabilité des frappes de drones ayant coûté la vie à une ressortissante française à Goma.
Cette déclaration, lourde de conséquences diplomatiques et judiciaires, fut suivie d'une volte-face tout aussi spectaculaire : le même acteur politique s'est ensuite rétracté, affirmant désormais que ses propos auraient été manipulés.
Ce brusque retournement n'aura pas suffi à contenir les répercussions politiques de ses déclarations initiales. Dans un geste de désaveu expéditif, les Wazalendo, pourtant partenaires opérationnels des Forces armées de la République démocratique du Congo, ont annoncé sa radiation de leurs rangs. L'intéressé apparaît dès lors comme le bouc émissaire commode d'une séquence devenue embarrassante pour les autorités de Kinshasa.
Toutefois, cette tentative de dissociation tardive soulève une interrogation fondamentale. Il est difficile d'imaginer qu'un député national, connu pour sa proximité avec les cercles du pouvoir, se soit exprimé avec une telle précipitation sur une question d'une gravité extrême sans bénéficier, au préalable, d'un minimum d'assentiment ou de tolérance implicite de la présidence.
Depuis plusieurs mois, en effet, la coordination politique et opérationnelle des Wazalendo et de leurs alliés de circonstance parmi lesquels figurent notamment les FDLR ainsi que divers contingents de mercenaires étrangers semble relever d'une gestion centralisée émanant directement des cercles présidentiels.
Dans ce contexte, la rapidité avec laquelle Willy Mishiki est aujourd'hui sacrifié sur l'autel de la communication politique laisse transparaître une volonté manifeste de désamorcer les conséquences internationales de ses propos, alors même que la justice française entame ses investigations sur la mort de la ressortissante tuée à Goma.
La dérive milicienne du pouvoir
L'épisode Mishiki illustre surtout l'effritement accéléré de la galaxie armée que constituent les Wazalendo. Conçue initialement comme un dispositif d'" autodéfense populaire ", cette coalition de milices privées s'est progressivement muée en une constellation de groupes armés concurrents, dont les loyautés fluctuantes échappent de plus en plus au contrôle de leurs parrains politiques.
Plus troublant encore est l'annonce, à peine vingt-quatre heures après sa mise à l'écart, de la création par Willy Mishiki de sa propre milice armée. Une telle déclaration, émanant d'un député national en exercice, révèle un degré de banalisation de la violence politique particulièrement préoccupant.
Dans tout État attaché aux principes fondamentaux de la souveraineté et du monopole légitime de la force publique, l'aveu public de la constitution d'une force armée privée par un représentant de la nation devrait immédiatement susciter une réaction judiciaire et institutionnelle d'une extrême fermeté.
Des sources évoquent d'ailleurs une possible interpellation de l'intéressé par le Conseil national de la communication de la RDC, signe supplémentaire de la fébrilité qui semble gagner les cercles du pouvoir. Cette agitation politique ne fait qu'alimenter les soupçons entourant la gestion opaque de ces milices et pourrait, paradoxalement, faciliter le travail des juridictions étrangères qui s'intéressent désormais de près à la chaîne de responsabilités.
Plus largement, la multiplication de ces forces irrégulières révèle l'échec d'une stratégie sécuritaire fondée sur la fragmentation armée. En encourageant la prolifération de milices sous couvert de patriotisme ou d'autodéfense, le régime de Kinshasa contribue à entretenir le chaos qu'il prétend combattre, exposant les populations civiles à une insécurité permanente.
Dans ce paysage marqué par l'instabilité et la prolifération d'acteurs armés, la question centrale demeure celle de la refondation de l'État et du rétablissement d'une autorité publique cohérente, capable de restaurer la sécurité des citoyens et la crédibilité des institutions.
Car l'histoire contemporaine de la région l'a maintes fois démontré : la privatisation de la violence n'est jamais le prélude à la paix, mais bien l'antichambre d'une fragmentation toujours plus profonde de l'ordre politique.
Tite Gatabazi
0 Commentaires