La situation de la République démocratique du Congo et, par extension, de l'ensemble de la région des Grands Lacs, illustre avec une acuité saisissante cette tentation d'une solution de façade, affairiste et cosmétique dont l'unique horizon semble être l'accès aux ressources plutôt que la stabilisation durable des sociétés.

Or, toute entreprise sérieuse de pacification impose de remonter aux racines du mal. Trois foyers structurants de déstabilisation s'imposent aujourd'hui à l'analyse, et leur occultation méthodique condamne d'avance toute initiative diplomatique à l'impuissance, sinon à la duplicité.

Le premier tient à la persistance des FDLR, dont la matrice idéologique, héritée d'un passé génocidaire, demeure intacte. Leur présence active dans l'Est congolais, et les allégations récurrentes de leur coopération avec des forces régulières, participent d'une insécurité chronique dont les populations civiles paient le tribut le plus lourd.

Feindre d'ignorer cette réalité reviendrait à tolérer, dans l'architecture même des dispositifs sécuritaires, un ferment de violence systémique.

Le deuxième relève de la gouvernance interne de l'État congolais. Sous l'autorité de Félix Tshisekedi, de nombreuses voix critiques dénoncent une dérive caractérisée par la prédation économique, le détournement des ressources publiques, ainsi qu'une instrumentalisation du tribalisme comme mode de gestion politique.

A cela s'ajoutent des accusations d'atteintes aux libertés fondamentales, marquées par des arrestations arbitraires d'opposants et d'acteurs de la société civile, lesquelles traduisent une fragilisation préoccupante de l'État de droit.

Le troisième foyer de tension concerne la question des droits des minorités, notamment celle des populations tutsies congolaises. Leur stigmatisation, nourrie par des amalgames identitaires et des discours de haine, constitue un facteur aggravant de conflictualité. Lorsqu'un État peine à garantir l'égalité et la protection de tous ses citoyens, il s'expose à voir se déliter le pacte national qui fonde sa légitimité.

La paix confisquée par les intérêts et le silence des puissances

À la lumière de ces éléments, toute démarche qui reléguerait ces enjeux au second plan pour privilégier une stabilisation superficielle apparaît non seulement insuffisante, mais potentiellement pernicieuse.

Car derrière certaines initiatives présentées comme des efforts de paix, se profile parfois une logique extractive : celle d'un accès sécurisé aux ressources minières stratégiques, au prix d'un compromis tacite avec les causes mêmes de l'instabilité.

Il incombe dès lors à la Organisation des Nations unies et à l'ensemble de la communauté internationale de dépasser cette grille de lecture réductrice. La crise congolaise ne saurait être appréhendée à l'aune exclusive de ses richesses naturelles, comme si celles-ci constituaient la clé unique de compréhension et d'intervention.

Une telle approche, en réduisant la complexité politique et sociale à une variable économique, entretient les conditions d'une instabilité prolongée.

Plus inquiétant encore est le sentiment d'un silence international face aux alertes émanant de la société congolaise elle-même. Si les accusations de répression, de purges internes ou de marginalisation de certaines composantes de l'appareil d'État trouvent confirmation, alors l'inaction ou la réserve excessive des puissances extérieures pourraient être interprétées comme une forme d'acquiescement tacite.

Une telle posture n'est pas sans conséquence. En différant le traitement des causes profondes, elle laisse s'enraciner des dynamiques de violence qui, à terme, risquent d'échapper à tout contrôle. La région des Grands Lacs, déjà marquée par une histoire douloureuse, ne saurait se permettre une nouvelle dérive vers l'irréparable.

Ainsi, l'exigence d'une paix véritable commande de rompre avec les illusions commodes et les compromis intéressés. Elle appelle à une lucidité sans concession, à une impartialité rigoureuse et surtout à une volonté politique authentique de traiter, enfin, les causes profondes d'une crise qui ne cesse de se réinventer faute d'avoir été véritablement résolue.

Quand la diplomatie ignore les causes profondes, elle cesse de promouvoir la paix et devient l'alibi du désordre

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Illusion-extractive-et-cecite-strategique.html