Le message adressé au président Félix Tshisekedi par les femmes Banyamulenge s'inscrit dans cette dynamique de dévoilement et d'interpellation morale. Qu'elles aient choisi de s'exprimer en tshiluba, langue maternelle du chef de l'État, ne relève ni de l'anecdote ni du simple symbole : c'est un geste d'une portée politique et éthique considérable.

Par ce choix, elles abolissent toute distance linguistique, refusent toute échappatoire à l'incompréhension, et placent leur cri au plus près de la conscience même de celui à qui il est destiné.

Ce geste est d'autant plus saisissant qu'il s'inscrit dans une séquence de mobilisation transnationale d'une ampleur remarquable. Après les rassemblements puissants au Kenya, l'élan de solidarité exprimé à Londres, puis la marée humaine observée à Washington, c'est désormais depuis le Canada que s'élève cette parole, grave et résolue.

A travers ces manifestations, une diaspora longtemps dispersée se constitue en sujet politique, articulant une mémoire commune et une exigence de reconnaissance face à ce qu'elle désigne comme une entreprise d'épuration ethnique dans les Hauts Plateaux. Loin de toute agitation circonstancielle, cette mobilisation dessine les contours d'une conscience collective en éveil, déterminée à inscrire sa cause dans l'espace public international.

De la dénonciation à l'exigence de justice : une interpellation qui ne saurait être ignorée

Ce qui se joue ici dépasse de loin le registre de la plainte. Les femmes Banyamulenge, en prenant la parole, ne se contentent pas de relater des souffrances ; elles formulent une accusation grave, articulée autour de la persistance de violences ciblées et d'un sentiment d'abandon institutionnel. Leur discours, empreint de dignité et de retenue, n'en est que plus redoutable : il oblige à regarder en face une réalité que les logiques diplomatiques et les calculs politiques tendent trop souvent à diluer.

A cet égard, leur appel ne s'adresse pas uniquement aux autorités congolaises, mais à l'ensemble de la communauté internationale, trop souvent prompte à s'émouvoir sans agir. Car il ne suffit plus d'écouter ; il faut entendre. Il ne suffit plus de reconnaître ; il faut répondre.

L'histoire récente a démontré, à maintes reprises, que l'indifférence ou la minimisation des violences à caractère ethnique constituent les premiers jalons de tragédies irréversibles.

Ainsi, la parole des femmes Banyamulenge s'impose aujourd'hui comme une épreuve de vérité. Elle met au défi les responsables politiques, les institutions régionales et les acteurs internationaux de sortir des ambiguïtés et des prudences calculées.

Car dans cette parole, il y a plus qu'un témoignage : il y a une exigence. Celle de la justice, de la protection, et, par-dessus tout, celle de la reconnaissance pleine et entière d'une humanité trop longtemps contestée.

Le message des femmes Banyamulenge au président Félix Tshisekedi s'inscrit dans une dynamique de dévoilement des vérités longtemps tues et d'interpellation morale

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/La-parole-irrevocable-des-femmes-Banyamulenge.html