S'exprimant jeudi à Kigali, à l'occasion de l'ouverture de l'Africa CEO Forum 2026, dans un échange avec Eleni Gabre-Madhin, le Chef de l'État a abordé les tensions géopolitiques auxquelles font face le Rwanda et plusieurs pays africains, inscrivant la question des sanctions dans un schéma plus large de contrôle des ressources du continent.

Le Président Kagame a expliqué que ces mesures sont souvent motivées par des intérêts économiques plutôt que par des principes.

" Parfois, les sanctions sont simplement appliquées en faveur de celui qui offre le moins. Elles bénéficient donc au plus offrant. Lorsqu'une partie sait qu'elle pourra extraire davantage de ressources d'un certain endroit, elle tend à lui être plus favorable, même lorsqu'elle est dans l'erreur ", a-t-il déclaré, affirmant que ces dynamiques de pouvoir ne sont désormais plus dissimulées.

" Les puissances en place détiennent un levier de pression et l'utilisent pour sanctionner qui elles souhaitent. Elles n'agissent plus de manière dissimulée, mais au grand jour. "

Le Président de la République a également dénoncé ce qu'il considère comme l'hypocrisie de certaines puissances occidentales, estimant qu'elles donnent des leçons de démocratie et de droits humains tout en exploitant les ressources africaines.

" Ces puissances qui viennent ici donner des leçons de démocratie et de droits humains agissent d'une main tout en prenant de l'autre ce qui appartient aux populations. "

Appelant à une posture plus ferme du continent, il a ajouté : " Nous ne pouvons pas rester des acteurs passifs qui attendent d'être dépouillés par ceux qui disposent de l'habileté et de la puissance nécessaires pour le faire. Nous devons être en mesure de dire non. "

S'agissant de la situation du Rwanda, actuellement sous sanctions américaines depuis mars en lien avec le conflit en République démocratique du Congo, Paul Kagame a affirmé que toute idée de capitulation était exclue. " Je n'ai jamais capitulé, même dans des circonstances bien plus pire ", a-t-il fait savoir.

" Ce n'est pas une situation particulièrement grave en soi. Elle est certes éprouvante, et c'est précisément son but… Toutefois, je pense que nous serions plus affectés si nous ne poursuivions pas nos objectifs ", a indiqué le Président, estimant que refuser des accords jugés injustes implique un coût immédiat mais peut répondre à des intérêts à long terme.

" Dire non est en réalité moins difficile que de consentir à ce qui est mauvais, qui s'avère bien plus coûteux. "

Le chef de l'État a par ailleurs cité plusieurs exemples de pays africains ayant résisté à des accords miniers déséquilibrés liés à des infrastructures ou à des programmes sociaux, mentionnant notamment le Zimbabwe, la Zambie et le Ghana.

Il a appelé à un renforcement de l'unité africaine ainsi qu'à la mise en place de mécanismes de coordination plus solides afin de mieux défendre les intérêts du continent.

" Ces pressions ne sont pas uniquement défavorables. Je pense qu'elles poussent l'Afrique à se tourner davantage vers elle-même. "

Le Président Kagame a conclu son intervention en exprimant sa confiance dans le long terme, estimant que les arrangements considérés comme exploitants ne sauraient perdurer.

Par ailleurs, Jean-Guy Afrika, directeur général du Rwanda Development Board (RDB), a souligné la nécessité pour l'Afrique d'accélérer la mise en œuvre de ses projets et renforcer la coopération entre les gouvernements et le secteur privé afin de transformer le potentiel du continent en véritable puissance économique.

Il a salué l'accent mis par le Président Paul Kagame sur la notion de propriété partagée, estimant que les ambitions africaines ne peuvent être réalisées par des efforts isolés, mais nécessitent une action coordonnée et une coopération transfrontalière.

Jean-Guy Afrika a également insisté sur la réduction des obstacles à l'investissement, l'amélioration de la prévisibilité et le renforcement des marchés régionaux afin de soutenir la croissance.

" L'Africa CEO Forum est devenu une plateforme où les dirigeants des secteurs public et privé africains se réunissent pour définir un agenda commun de croissance, d'investissement, de partenariat et de mise en œuvre ", a-t-il notamment indiqué.

L'édition 2026 de l'Africa CEO Forum se tient les 14 et 15 mai au Centre des congrès de Kigali. Elle réunit plus de 2 000 participants issus de plus de 75 pays, parmi lesquels des PDG, investisseurs, chefs d'État, ministres et représentants d'institutions de financement du développement.

Placée sous le thème " The Scale Imperative : Why Africa Must Embrace Shared Ownership ", cette rencontre est consacrée aux enjeux de croissance, d'investissement et de coopération économique sur le continent africain.

Le Président Paul Kagame a vivement remis en cause les sanctions internationales, qu'il a présentées comme des instruments opérant " au profit du plus offrant "
Le Président Kagame s'exprimait à l'occasion de l'ouverture de l'Africa CEO Forum 2026, lors d'un échange avec Eleni Gabre-Madhin
Le Chef de l'État a évoqué les tensions géopolitiques auxquelles font face le Rwanda et plusieurs pays africains, inscrivant la question des sanctions dans une logique plus large de contrôle des ressources du continent

IGIHE



Source : https://fr.igihe.com/Le-President-Kagame-denonce-les-sanctions-internationales-et-appelle-a-une-plus.html