BUNIA — Ce 10 juin, dans le village de Tutu, en territoire d'Irumu, une équipe de surveillance venait suivre un cas suspect. Une visite de routine, croyaient-ils. L'homme les a reçus, puis est rentré chez lui. Il en est ressorti avec une arme à feu et une machette. Le médecin Tibasima Pascal, qui avait fui dans la brousse, a été rattrapé, ligoté, et n'a dû la vie qu'à l'arrivée des forces de sécurité.

" Nous pensions à une simple visite de contrôle. Il nous a accueillis normalement, puis est entré dans la maison. Quelques secondes après, nous avons entendu le bruit d'une arme ", a raconté un membre de l'équipe. " C'était la panique totale. Nous avons tous fui vers le véhicule. Le médecin, lui, a pris une autre direction dans la brousse. C'est là qu'il a été intercepté, ligoté et presque tué par les assaillants. Sans l'intervention rapide des services de sécurité, nous aurions perdu notre collègue. " Cinq personnes, dont une femme, ont été arrêtées ; le principal suspect reste en fuite.

L'agression de Rwampara n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une série d'attaques visant, en quelques jours, les structures et les agents de la riposte dans les deux Kivu et en Ituri. Le 15 juin, à Butembo, des hommes armés d'armes blanches ont attaqué l'hôpital adventiste de Wanamahika Mutiri et emporté un enfant testé positif au virus, selon l'alerte de la Division provinciale de la santé. Quelques jours plus tôt, un début d'incendie avait visé le centre de traitement Ebola de Katwa, maîtrisé de justesse par la police et le personnel soignant.

Dans la nuit du 17 au 18 juin, c'est le centre de santé de Kabasha, en territoire de Beni, qui a été saccagé par des inconnus après l'évacuation d'un cas confirmé. Les vitres ont été brisées et la rampe d'approvisionnement en eau détruite, privant d'eau potable une localité en pleine alerte épidémique. La société civile locale a condamné un acte qui, dit-elle, entrave les efforts communautaires contre la maladie.

Ces violences frappent le maillon le plus stratégique de la lutte. Ce sont les équipes de surveillance qui retrouvent les contacts, transfèrent les cas suspects vers l'isolement et organisent les enterrements sécurisés — exactement les gestes qui cassent les chaînes de transmission. Quand ces équipes ne peuvent plus travailler, le virus circule sans témoin. Au 23 juin, le suivi des contacts plafonnait à 77,1 % pour 8 346 personnes recensées dans les trois provinces.

Le chef de mission de l'ONG ALIMA à Goma, Barry Mamadou Kaba, décrivait récemment une hostilité devenue routine. " Les équipes communautaires en charge des suivis des cas contacts, de la récupération et du transfert des cas suspects sont toujours agressées au niveau communautaire ", expliquait-il. " Il y a des endroits où parler de Ebola signifierait souhaiter que la maladie s'y implante. " Le déni nourrit la violence, et la violence aveugle la surveillance.

La RDC connaît ce scénario. Lors de la flambée du Nord-Kivu, entre 2018 et 2020, les attaques contre les centres et les agents avaient lourdement freiné la riposte. Au 23 juin 2026, le pays comptait 1 118 cas confirmés et 291 décès. Chaque centre saccagé, chaque équipe mise en fuite, ajoute une variable que les chiffres officiels ne mesurent pas encore : le temps perdu sur un virus qui, lui, ne s'arrête pas pour négocier.

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