Il y a cinquante-deux ans, une sélection congolaise découvrait pour la première fois une Coupe du monde, et le monde la découvrait elle. En 1974, en Allemagne, le Zaïre devenait la première nation d'Afrique subsaharienne à disputer la phase finale du tournoi. L'aventure, sur le terrain, vira au calvaire : défaite contre l'Écosse (0-2), humiliation devant la Yougoslavie (0-9, l'une des plus lourdes de l'histoire de l'épreuve), puis revers face au Brésil (0-3). Trois matches, aucun but marqué, quatorze encaissés.

De ce Mondial, le monde n'a longtemps retenu qu'une image : celle de Mwepu Ilunga, défenseur zaïrois, sortant du mur sur un coup franc brésilien pour dégager le ballon loin devant, sous les rires des tribunes. On en fit la preuve qu'une équipe africaine ignorait les règles. La vérité, racontée bien plus tard par l'intéressé, était tout autre : un geste délibéré, en signe de protestation contre un régime qui n'avait pas versé les primes promises et menaçait les familles des joueurs. Derrière la farce, il y avait la peur, et Mobutu.

Le sort des héros de 1974 acheva de noircir le tableau. Ndaye Mulamba, meilleur buteur de la Coupe d'Afrique des nations remportée la même année, a fini sa vie dans le dénuement en Afrique du Sud. La première épopée congolaise s'était muée en avertissement.

Cinquante-deux ans plus tard, la RD Congo a refermé cette parenthèse. En battant l'Ouzbékistan 3-1, les Léopards se sont qualifiés pour les seizièmes de finale du Mondial 2026, le premier tour à élimination directe de leur histoire. Là où le Zaïre n'avait connu que des défaites, la RDC a renversé un match qu'elle devait gagner, et s'est offert l'Angleterre, le 1er juillet, pour la suite.

Entre les deux générations, un même mot revient : l'histoire. " Demain, c'est notre finale pour entrer dans l'histoire ", lançait Sébastien Desabre avant le match décisif. L'un de ses attaquants, Fiston Mayele, l'avait dit autrement avant le tournoi : " On veut rentrer dans l'histoire en qualifiant le Congo à la Coupe du Monde. " Le pays, lui, attendait avec ses propres mots : " Déception ya Léopards eleki déception ya mobali ", la déception des Léopards dépasse celle d'un homme trahi.

1974 et 2026 ne se ressemblent pas. L'une fut une humiliation maquillée en folklore, l'autre une délivrance. Mais d'un Mondial à l'autre, c'est le même peuple qui regarde, le même maillot, et la même envie d'exister sur la plus grande scène. Cette fois, les Léopards y restent un tour de plus.

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